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Nos Lecteurs ont la Parole

Un Noël loin de Beyrouth

C’est un lundi soir pareil aux autres lundis, rien de spécial. Je suis chez moi derrière mon ordinateur, j’ai ma musique dans mes écouteurs, ma cigarette dans le cendrier, j’observe la lumière de ma cuisine et je réfléchis. Je réfléchis à ma vie !

Suis-je ce que mon passé a fait de moi ? Suis-je ces moments chaotiques d’autrefois ? Suis-je la décharge de ce terrain troublant de haine et de désarroi ? Qu’est devenue ma vie ? Qu’est devenu mon nid ? Qu’est devenu ce jeune homme qui n’avait pas peur du défi ?

Dehors les gens se baladent, discutent et partagent un bon moment autour d’un vin chaud et des bretzels. Les premiers flocons de neige tombent sur les passants et la magie de Noël opère. Les cloches de la cathédrale crient comme une grand-mère qui demande à ses petits-enfants de se mettre à table. L’odeur des marrons chauds arrive à parfumer les narines malgré l’épaisseur des masques. Tout est beau, on est à Strasbourg; c’est la capitale de Noël. On dirait un conte de fées mais cette fois je ne suis pas le fétard, et cette magie ne m’empêche pas de rester cloué sur le canapé.

Je repense à tout, à cette famille éparpillée partout aux quatre coins de la terre, à ces voisins privés de bûches et de desserts, à cette gamine qui écrit au père Noël qui ne passera malheureusement pas cette année, à cette décoration triste du village qui ne verra jamais la lumière, à ce chien qui ne mettra plus son museau devant le feu brillant de la cheminée, à ces messes de minuit vides et à cette mère qui attend le retour de son enfant pour qu’il lui fasse la surprise.

Je fais partie de cette famille, je connais ces voisins, cette petite fille n’est autre que ma cousine, c’est la décoration de mon village, c’est mon chien, ce sont les églises de mon quartier, c’est ma mère et c’est mon histoire à moi, identique à celle de tout autre Libanais.

Oui, je suis ce que mon passé a fait de moi !

Oui, je suis ces moments chaotiques d’autrefois !

Oui, je suis la décharge de ce terrain troublant de haine et de désarroi !

Mais, certes, je suis une version améliorée de tout ça !

Je me retourne, soudainement, vers le cendrier, il n’y a plus qu’un petit mégot qui attendait désespérément à ce que quelqu’un le fume. J’éteins la lumière de la cuisine, je prends ma veste et je sors chercher un peu de chaleur humaine dans ce marché de Noël très loin de Beyrouth.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


C’est un lundi soir pareil aux autres lundis, rien de spécial. Je suis chez moi derrière mon ordinateur, j’ai ma musique dans mes écouteurs, ma cigarette dans le cendrier, j’observe la lumière de ma cuisine et je réfléchis. Je réfléchis à ma vie ! Suis-je ce que mon passé a fait de moi ? Suis-je ces moments chaotiques d’autrefois ? Suis-je la décharge de ce terrain troublant...

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