Rechercher
Rechercher

Culture - Patrimoine

Plonger dans le passé du « khan Sacy » et dans les peintures « sidoniennes » de Chucrallah Fattouh

Sortir de Beyrouth le temps d’une virée dans les vieux souks de Saïda, où se niche un lieu hors du temps. Un khan qui remonterait à l’époque croisée, que la Fondation Sacy a transformé en espace d’exposition et de culture. Voilà qui vous change un peu de la monotonie ambiante.

Plonger dans le passé du « khan Sacy » et dans les peintures « sidoniennes » de Chucrallah Fattouh

L’autoroute du Liban-Sud est dégagée en ces temps de flambée des prix de l’essence. Pourquoi ne pas en profiter pour s’offrir (en covoiturage, évidemment) une virée hors de Beyrouth, pour une petite parenthèse de dépaysement. Direction Saïda, ses vieux souks populaires, son château de la Mer, ses anciennes demeures transformées pour certaines en musées ouverts au public, dont le magnifique palais arabo-ottoman des Debbané, le musée du Savon de la Fondation Audi ainsi que le moins connu mais tout aussi intéressant à visiter khan Sacy.

Situé au-dessous du « Kasr Sacy » au cœur de la vieille ville, sur l’axe qui reliait dans le passé le château de la Mer au château de la Terre, ce dernier lieu, ancien caravansérail à usage privatif, remonterait dans ses parties les plus anciennes au temps des croisades. Soit entre le XIIe et le XIIIe siècles. Il a repris vie en 2017, à l’initiative d’Antoine et Nicole Sacy, lesquels après l’avoir restauré ont décidé d’en faire un espace dédié aux événements culturels de la ville. On y accède par une petite entrée discrète rue al-Moutrane, dans la prolongation du très populaire souk al-Bazerkane. Outre le fait que s’y tient actuellement une exposition consacrée à une série de peintures inspirées de Saïda de Chucrallah Fattouh, additionnées de quelques toiles de son fils Nicolas Fattouh et de sculptures de son épouse Samia Basbous, il vaut en lui-même le déplacement. Pour les traces de l’histoire de cette antique ville côtière qu’il concentre au sein de ses différents niveaux.

Sous un palais scindé en deux…

Composé d’une série de pièces en voûte découvertes en 2008 lors des travaux de renforcement du Kasr Sacy, il offre à ses visiteurs une brève incursion dans le quotidien des ancestraux habitants de cette ville côtière, parmi les plus anciennes, avec Tyr et Byblos, du littoral libanais. Et cela à travers les trois puits, le four à pain et les hammams qui y ont été excavés de sous d’épaisses couches de remblai. « Ce khan a été initialement construit au temps des croisades », indique Nicole Sacy. « On le reconnaît à l’architecture des arcs qui sont des achromates utilisés à cette époque ainsi qu’au triangle inversé marqué sur l’un des murs qui signe le passage des Templiers. Par la suite, les mamelouks y ont laissé leur architecture propre, dont un hammam parfaitement carré avec ses niches symétriques, ses corniches et son dôme éclairé par des puits de lumière. Puis, au fil du temps et de leurs besoins, les occupants successifs de ce lieu y ont apporté des rajouts », poursuit l’épouse de l’actuel propriétaire.

On retrouve ainsi dans l’aile droite du khan plusieurs chambrettes et petits hammams ainsi que deux puits, « témoins de l’exceptionnelle richesse en nappes phréatiques de la ville », une salle de réserves et un four à pain, entre autres vestiges de la période médiévale, que les travaux d’excavation, de plus de 3 mètres et demi sous le niveau du sol, ont mis au jour. Tandis que l’aile gauche, occupant un palier plus élevé, a révélé un troisième puits d’une architecture différente. Ce dernier, datant de la période ottomane, servait à alimenter en eau le « kasr » qu’avait fait construire au-dessus, en 1730, Abdel Agha Hammoud, le percepteur des impôts de l’Empire ottoman. Un palais qui sera scindé en deux demeures distinctes, à partir de 1793, lors du rachat par les Sacy de l’aile est, qui correspondait au « hammamlek », la partie privative réservée aux femmes et, quelques années plus tard, par les Débanné de l’aile ouest, qui était celle des pièces de réception.


Des vestiges médiévaux et une aventure empreinte de nostalgie

C’est donc un petit pan de l’histoire de Saïda et de ses habitants que raconte la visite de ce khan resurgi, comme un trésor caché, des fouilles menées dans les couches souterraines d’une séculaire propriété privée.

Une histoire qui chuchote ses éternels récits de passage des envahisseurs et des occupants, de départs et de retours... Mais qui témoigne aussi de l’indéfectible attachement au pays de l’enfance.

Car toute cette « aventure », comme le dit Antoine Sacy, a découlé du serment qu’il s’était fait de récupérer un jour l’ancienne demeure familiale à Saïda. Et de la réhabiliter. « Dix-sept familles s’y étaient succédé depuis le tremblement de terre de 1956, lorsque notre tante, craignant qu’elle ne s’effondre, n’a plus voulu y habiter », raconte-t-il. Désertée par la famille, abandonnée à la négligence des ex-locataires puis aux squatteurs durant la guerre, la bâtisse du XVIIIe siècle était dans un état de délabrement avancé. Ce qui nécessitait sa réfection de fond en comble. De retour au Liban en 2008, après de nombreuses années passées en France, Antoine Sacy se lance dans les travaux de renforcement pour remettre en état le bâtiment et l’adapter aux normes de sécurité. Et c’est en forant pour s’assurer de la solidité des fondations qu’il va découvrir, dans les soubassements, ce khan « où s’étaient déversées durant des décennies les évacuations sanitaires de tout le quartier », raconte-t-il. « La mise au jour des vestiges croisés et mamelouks a été une surprise totale. D’autant qu’ils étaient ensevelis sous 30 000 sacs de détritus », confie Antoine Sacy. Qui choisit alors de restaurer d’abord ce khan, avant de s’attaquer à la restauration de la maison au-dessus qu’il compte – toujours et en dépit de toutes les crises – transformer en maison d’hôtes, « dans un délai de deux à trois ans », assure-t-il.


Aux couleurs de l’espoir

Depuis la fin des travaux de déblaiement du khan en 2016, le couple Sacy – qui s’est donné pour mission d’œuvrer au développement social, économique, culturel et humanitaire de Saïda et sa région, créant à cet effet, dès 2011, une fondation éponyme – organise entre ses murs divers événements artistiques à titre gracieux : expositions, conférences et concerts, dont en 2018 un récital de piano du grand Abdel Rahman el-Bacha… Après une mise entre parenthèses de toute programmation pour cause de crise sanitaire, les activités viennent d’être relancées par cette exposition de peintures et sculptures des Fattouh qui se tient jusqu’au 10 décembre, et dont les bénéfices seront dédiés à l’éducation en soutien au Lycée Saint-Nicolas de Aïn el-Mir, dans la région de Saïda. Ensuite, le khan ouvrira ses portes à une série d’évènements de Noël, dont le concert de la chorale du même lycée le 22 décembre.

Certes, il faut encore mettre au point les signalétiques explicatives des différentes salles et des artefacts (fresques, mosaïques, amphores et fragments de terre cuite…) qui se trouvent dans ce khan. En attendant, une brochure mise à disposition des visiteurs y supplée. Mais le lieu vaut le déplacement. Tant il évoque, dans sa simplicité même, le brassage passé de cette cité marchande. Cette Sidon où « le bleu de la mer rencontre la ville et le soleil qui se promène entre les marchés et le château », dixit Chucrallah Fattouh, qui en recrée les « atmosphères » dans ses peintures aux volumes géometrico-abstraits, où le bleu dominant s’allie toujours à des tonalités chaudes et solaires. Comme l’espoir…

Ouvert tous les jours de 9h à 18h. Jusqu’au 10 décembre. Tél. : 07/725 822.


L’autoroute du Liban-Sud est dégagée en ces temps de flambée des prix de l’essence. Pourquoi ne pas en profiter pour s’offrir (en covoiturage, évidemment) une virée hors de Beyrouth, pour une petite parenthèse de dépaysement. Direction Saïda, ses vieux souks populaires, son château de la Mer, ses anciennes demeures transformées pour certaines en musées ouverts au public, dont le...

commentaires (0)

Commentaires (0)

Retour en haut