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Politique - Éclairage

Le Liban politique dans l’attente du cinquième acte

Le pays du Cèdre a connu quatre grandes phases depuis l’indépendance, mais ne parvient pas aujourd’hui à entamer une nouvelle étape.

Le Liban politique dans l’attente du cinquième acte

Des députés libanais dans un bus au retour de Taëf, en octobre 1989. Photo d’archives L’OLJ

La crise que traverse le Liban est en grande partie la résultante d’un système politique à bout de souffle et incapable de se réinventer. La gouvernance est paralysée depuis des années et les sujets les plus importants ne sont pas abordés par les principaux acteurs qui craignent tous qu’un éventuel renversement de la table se fasse à leurs dépens. On peut dater l’origine de cette crise à l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri en 2005, qui rend le système Taëf caduc, sans pour autant être en mesure de donner naissance à une alternative fonctionnelle. Dans son histoire, le pays du Cèdre a déjà fait face à des situations similaires qui l’ont contraint à revoir le « pacte » politique fondateur.

On peut considérer que le pays a vécu quatre actes politiques en plus de 75 ans. Le premier commence en 1943 au moment de l’indépendance et du pacte entre Béchara el-Khoury et Riad el-Solh. Il repose sur une alliance entre des groupes politiques traditionnels et des hommes d’affaires ou personnalités influentes dans la structure économique, tels que des propriétaires de banques et de grandes entreprises. Les deux parties avaient besoin l’une de l’autre, pour assurer à la fois la stabilité et la prospérité du pays. C’est l’âge d’or du maronitisme politique. Mais qui est rapidement menacé par les déséquilibres qu’il implique et par les soubresauts qui agitent la scène régionale. Le leader druze Kamal Joumblatt s’allie à Camille Chamoun pour renverser le président Béchara el-Khoury en 1952. Chamoun accède à son tour à la présidence, mais l’alliance avec Joumblatt fait long feu. L’arrivée au pouvoir de Nasser en Égypte fait rapidement du Liban un théâtre de confrontation régionale qui se répercute en divisions internes. Chamoun défend une ligne pro-occidentale incarnée d’abord par le pacte de Bagdad (qu’il renoncera au final à rejoindre), puis par la doctrine Eisenhower, qui place sous parapluie américain plusieurs pays arabes, tandis que Joumblatt et ses alliés sunnites adhèrent au nationalisme arabe promu par Nasser. Les tensions sont si fortes qu’une guerre civile éclate entre partisans et alliés du président Chamoun, d’un côté, et forces pro-Nasser de l’autre. Washington ordonne, le 15 juillet 1958, le débarquement de milliers de marines américains sur la plage de Khaldé, la première intervention américaine au Moyen-Orient. S’ensuit une crise avec l’Égypte de Nasser qui ne trouvera une issue que par un compromis entre les deux puissances sur l’arrivée au pouvoir de Fouad Chéhab, alors chef de l’armée.

Eclairage

Les scénarios de sortie de crise qui se préparent pour le Liban

C’est le début du deuxième acte politique qui se caractérise par une distanciation vis-à-vis des axes régionaux, facilitée par un contexte moins conflictuel qu’auparavant. Le mandat de Fouad Chéhab est celui du renforcement des institutions et permet d’introduire un nouvel élément dans la structure politique libanaise, qui avait été construite par le haut : la classe moyenne. Elle comprend des fonctionnaires, des professeurs d’université et d’école qui commencent à former des syndicats et à peser politiquement. L’ère chéhabiste se poursuit jusqu’en 1969-1970, date de la signature de l’accord du Caire, qui autorise les Palestiniens à mener des actions armées depuis le territoire libanais.

L’ère du chiisme politique
Commence alors le troisième acte politique, marqué par une forte période d’instabilité et de conflits. Les divisions qui étaient apparues durant la crise de 1958 se renforcent et éclatent au grand jour, autour cette fois-ci de la question de la présence armée palestinienne au Liban. Les trois principaux leaders chrétiens, Pierre Gemayel, Camille Chamoun et Raymond Eddé, qui ont créé l’alliance du « Helf » dans les années 1960 en opposition à Fouad Chéhab, permettent à Sleiman Frangié d’accéder à la présidence en 1970. Mais l’époque n’est plus à l’opposition entre « Helf » et « Nahj » (les chéhabistes). Les opérations de la guérilla palestinienne à partir du Liban-Sud et les représailles israéliennes déchirent les Libanais sur une ligne confessionnelle, ce qui mènera au conflit qui éclate en 1975. Le Liban plonge dans quinze ans de guerre civile de laquelle aucune partie ne sortira gagnante. Mais le pays a profondément changé : les massacres, les interventions étrangères, syrienne et israélienne, l’exode d’une partie de la population, et les conflits intra et intercommunautaires le marquent au fer rouge. La guerre se termine par un règlement régional et international qui aboutit à l’accord de Taëf en 1989. C’est le début du quatrième acte. Celui de la perte d’une partie du pouvoir des maronites au profit des sunnites, et de la prise de l’État par les seigneurs de guerre. Taëf est une sorte de compromis entre les dirigeants traditionnels et les nouveaux chefs de guerre, sous la tutelle syrienne et avec la couverture saoudo-américaine. Avec Michel Aoun en exil et Samir Geagea en prison, les chrétiens ont un rôle de second plan sur la scène politique pendant plusieurs années. C’est l’âge d’or du sunnisme politique incarné par Rafic Hariri.

Après l’assassinat de ce dernier, le Liban entre dans une nouvelle phase de transition qui consacre la division entre le 8 et le 14 Mars. Tous les développements qui viendront plus tard sont le résultat de cette scission, au cours de laquelle le Hezbollah œuvre à renforcer sa position politique, surtout après les événements du 7 mai 2008, quand le parti chiite et ses alliés ont envahi plusieurs quartiers de Beyrouth et de la Montagne. Les Libanais concluent à Doha un accord qui donne au parti chiite le pouvoir de bloquer le gouvernement. Le Hezbollah s’emploie du coup à rompre l’équilibre qui prévalait, de sorte que le 14 Mars se désintègre. La formation pro-iranienne consolide sa suprématie politique en élisant Michel Aoun à la présidence de la République en 2016 et en contraignant Saad Hariri à opter pour une politique de modus vivendi à son égard. Le parti chiite, qui détient grâce à ses alliances la majorité parlementaire, peut se targuer d’avoir un allié à Baabda et un autre à la tête du Parlement, ainsi qu’un partenaire au Sérail. C’est le début de l’ère du chiisme politique. Mais cette phase prend rapidement fin avec l’effondrement du pays et le soulèvement du 17 octobre.

Retour au point de départ. Le Liban est englué dans une crise existentielle dont il ne parvient pas à se sortir. Quelle nouvelle formule peut-il inventer ? Quels équilibres pourraient permettre de rendre la gouvernance plus fonctionnelle ? Cela passera-t-il par une conférence internationale ? Par une reconnaissance institutionnelle d’un pouvoir aux mains des chiites ? Tout cela demeure très flou, mais fait déjà l’objet de nombreuses prospectives à l’intérieur comme à l’extérieur du Liban.

La crise que traverse le Liban est en grande partie la résultante d’un système politique à bout de souffle et incapable de se réinventer. La gouvernance est paralysée depuis des années et les sujets les plus importants ne sont pas abordés par les principaux acteurs qui craignent tous qu’un éventuel renversement de la table se fasse à leurs dépens. On peut dater l’origine de cette...
commentaires (6)

On peut évoquer mille et un scénario qui ont fait que ce pays est instable et en proie aux barbares qui ne veulent pas de paix ni de prospérité pour sa population. Mais le fait est, qu’il existe des factions traîtres et prêtes à tout pour endoctriner les faibles d’esprit dans la population pour les diviser sous prétexte de défendre leur religion ou leurs droits de citoyens tout en les affamant et les humiliant prouve que le pays restera un pays faible et jamais une nation forte de son peuple uni. Conclusion, tous les libanais se sentent vulnérables face aux conflits extérieurs de leur pays parce qu’ils n’ont jamais voulu regarder leurs zaims avec leur vrai visage, ils les perçoivent masqués et croient en leur bonne foi même s’ils se rendent à l’évidence que depuis le temps que ça dure les seuls victimes de cette machination machiavélique sont eux qui sont en première ligne et qui paient le prix fort de la trahison de leurs leaders politiques qui prospèrent et s’enrichissent pendant que le peuple est affamé et sacrifié pour des mauvaises raisons. Mais ils persistent et signent et continuent de servir leurs intérêts, aveuglés par la haine de l’autre qu’on leur a inculquée au lieu de se retourner contre eux les fossoyeurs du pays et des droits humains qu’ils leur servent dans tous leurs discours sans jamais les laisser en bénéficier. Le problème du Liban ce sont ses propres enfants et non ses politiciens vendus qui sans la connivence du peuple n’existeraient pas.

Sissi zayyat

10 h 52, le 03 décembre 2021

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Commentaires (6)

  • On peut évoquer mille et un scénario qui ont fait que ce pays est instable et en proie aux barbares qui ne veulent pas de paix ni de prospérité pour sa population. Mais le fait est, qu’il existe des factions traîtres et prêtes à tout pour endoctriner les faibles d’esprit dans la population pour les diviser sous prétexte de défendre leur religion ou leurs droits de citoyens tout en les affamant et les humiliant prouve que le pays restera un pays faible et jamais une nation forte de son peuple uni. Conclusion, tous les libanais se sentent vulnérables face aux conflits extérieurs de leur pays parce qu’ils n’ont jamais voulu regarder leurs zaims avec leur vrai visage, ils les perçoivent masqués et croient en leur bonne foi même s’ils se rendent à l’évidence que depuis le temps que ça dure les seuls victimes de cette machination machiavélique sont eux qui sont en première ligne et qui paient le prix fort de la trahison de leurs leaders politiques qui prospèrent et s’enrichissent pendant que le peuple est affamé et sacrifié pour des mauvaises raisons. Mais ils persistent et signent et continuent de servir leurs intérêts, aveuglés par la haine de l’autre qu’on leur a inculquée au lieu de se retourner contre eux les fossoyeurs du pays et des droits humains qu’ils leur servent dans tous leurs discours sans jamais les laisser en bénéficier. Le problème du Liban ce sont ses propres enfants et non ses politiciens vendus qui sans la connivence du peuple n’existeraient pas.

    Sissi zayyat

    10 h 52, le 03 décembre 2021

  • Chapeau Mr Rabih ! Parvenir en quelques dizaines de lignes à résumer objectivement 3/4 d'un siècle de complexités libanaises, est, à mon avis, une formidable prouesse. Merci.

    Sidaoui Paul

    07 h 39, le 03 décembre 2021

  • Il n’y a eu ni sunnisme politique entre 1990 et 2005, ni chiisme politique entre 2005 et 2019, de même que la guerre de 1975-1990 n’était pas civile à proprement parler. Il y a occupation du Liban par l’empire néo-safavide qui a commencé dès les accords du Caire en 1969 et qui dure jusqu’à maintenant. Dès les années soixante le régime syrien alaouite pré-Assad a commencé à implémenter à l’échelle de la Syrie et du Liban le même projet néo-safavide qu’aujourd’hui le régime iranien impose au Moyen-Orient. Comment cela ? En armant les palestiniens du Liban pour qu’ils s’opposent à l’armée libanaise et aux chrétiens, et sous prétexte de lutte contre Israël constituent au Liban un état dans l’état. En quoi cette subversion pré-assadienne des années 60 et assadienne des années 70 préfigure le projet impérialiste néo-safavide ? De même que les safavides originaux d’origine anatolienne ont pris l’Iran en otage et l’ont converti de force au chiisme pour assurer leur propre survie, les néo-safavides au pouvoir en Iran ont des pieds en argile, ils ne peuvent pas assurer leur propre survie en se défendant uniquement chez eux, ils doivent absolument se défendre aussi chez leurs voisins en les déstabilisant afin d’y entretenir des milices chiites dévouées. C’est exactement ce qu’a fait au Liban depuis les années 60 le régime alaouite syrien incapable de se défendre seulement chez lui, dès ce moment il utilisait la carte palestinienne pour armer en fait les chiites.

    Citoyen libanais

    07 h 23, le 03 décembre 2021

  • L'accord de Taëf a été concocté pour asseoir la mainmise syrienne sur le Liban. La répartition des pouvoirs entre les trois pôles représentant les trois principales communautés a été très habilement faite de façon à ce qu'en cas de divergence , un recours l à un arbitre extérieur - la Syrie en l'occurrence - soit indispensable. Un fois le pays libéré de l'occupation syrienne, il aurait fallu procéder à une révision de la Constitution. Mais, bien évidemment, personne n'était prêt à abandonner la moindre part de ses prérogatives.

    Yves Prevost

    07 h 18, le 03 décembre 2021

  • Le Hezbollah, à défaut de pouvoir une république islamique au Liban qui demeure son projet d’origine, cherche à prendre la totalité du pouvoir directement ou indirectement grâce à des alliés du style CPL. Le Hezbollah sait très bien que cette équation ne tiendra, il reviendra alors à la question des trois tiers qui nous assurera un nouveau répit de quelques années jusqu’à la crise d’après. Aucun système politique n’est viable au Liban tant que les libanais ne forment pas une nation. Or les leaders politiques, pour conserver le pouvoir et les avantages financiers qui vont avec, feront tout pour alimenter la fibre confessionnelle au détriment de la nation. Sauf qu’il n’y a plus rien à voler dans les caisses de l’Etat, ils vont donc continuer à voler directement la population.

    Lecteur excédé par la censure

    06 h 28, le 03 décembre 2021

  • Le pauvre Liban est aux mains du Hezbollah et de l’ Iran ???

    Eleni Caridopoulou

    00 h 57, le 03 décembre 2021

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