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Nos Lecteurs ont la Parole

Élections au Liban : quatre mois et trois urgences

Nous avons a priori une chance que des élections législatives se tiennent dans quatre mois au Liban.

La première urgence c’est de convaincre tout le monde d’aller voter. De grâce, arrêtons le fatalisme ! Peu importe nos doutes sur l’intégrité du scrutin, qu’il y ait des morts qui votent, que des urnes soient bourrées. Cela existe dans beaucoup de démocraties mais en réalité, c’est la participation qui compte vraiment. Plus les gens vont voter, moins la triche fonctionne bien. Plus les gens sont désabusés et restent chez eux, plus il est facile d’influencer les résultats avec des achats de voix ou autres manipulations dont nos zaïms sont des experts avertis. Votre cynisme fait le jeu de vos bourreaux depuis des décennies. Pour illustrer l’urgence de participer : en 2018 seulement 49 % des électeurs avaient voté au Liban et moins de 50 000 à l’étranger. Avec les résultats catastrophiques que l’on sait et un des leaderships politiques les plus incompétents de la planète. Après l’effondrement du pays, la faillite du système bancaire et l’explosion du 4 août, tous imputables à l’incurie de nos dirigeants, on peut espérer que bien plus de Libanais présents au Liban se déplaceront et rempliront leur devoir de citoyen en 2022. Et à l’étranger près de 200 000 Libanais de la diaspora se sont déjà inscrits, ce qui représente près de 10 % du corps électoral ! Il y a un petit espoir. Saisissons l’ensemble. La deuxième urgence peut-être encore plus importante c’est d’avoir des candidats d’avenir et des listes unifiées, une seule par circonscription. Cela veut dire qu’il est urgentissime pour les partis issus de la révolution d’octobre 2019 de créer une « Union sacrée » derrière trois ou quatre leaders charismatiques et non sectaires qui ont une chance de faire rêver les Libanais. Et cela, au plus vite. Aucune élection ne peut être gagnée sans une dimension de rêve. Aucun siège de député ne peut être emporté face à la mafia au pouvoir sans un vrai projet crédible et positif. Rejeter la classe dirigeante est un bon début mais cela ne suffira pas. Il faut trouver et très rapidement un vrai programme et un slogan qui rassemble. Parler d’un Liban uni, tolérant, indépendant et sans corruption ça serait déjà un début.

La troisième urgence c’est d’exorciser les démons confessionnels que les mafias au pouvoir vont inévitablement réveiller. Pour cela, chaque Libanais doit faire un choix courageux. Refusez d’être manipulé par des zaïms confessionnels qui jouent sur la peur et la haine de l’autre pour rassembler leurs moutons. Rejetez la division à tout prix et n’oubliez jamais qu’elle nous a détruit. Rappelez aussi à nos patriarches, évêques et imams que leur rôle devrait être purement spirituel et moral (ils ont du pain sur la planche d’ailleurs ! ), qu’ils cessent de se mêler, tous les vendredis et dimanches, de sujets politiques et qu’ils arrêtent leur collaboration indigne avec les partis au pouvoir. Pour vaincre les démons sectaires, mon humble conseil est aussi d’éviter au maximum tout parti confessionnel issu de la guerre civile et cela, même s’il s’en est repenti. Composer avec eux nous affaiblit et nous désunit déjà, et ne fait que réveiller le discours sectaire.

Quatre mois, trois urgences, Le Liban est à genoux. À nous tous de jouer.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Nous avons a priori une chance que des élections législatives se tiennent dans quatre mois au Liban.La première urgence c’est de convaincre tout le monde d’aller voter. De grâce, arrêtons le fatalisme ! Peu importe nos doutes sur l’intégrité du scrutin, qu’il y ait des morts qui votent, que des urnes soient bourrées. Cela existe dans beaucoup de démocraties mais en réalité,...

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