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Santé - Commentaire

Mettre fin à la pandémie permanente des maladies respiratoires

Mettre fin à la pandémie permanente des maladies respiratoires

Les autorités sanitaires nationales n’avaient pas les moyens de faire face au déferlement des malades du Covid-19, assurer notamment les quantités d’oxygène nécessaires. Photo Sergei Supinsky/AFP

Le Covid-19 a mis en lumière la capacité limitée des réseaux de santé autour de la planète de faire face à une pandémie d’infection respiratoire. Avec le décompte officiel des décès dus au Covid-19, actuellement au-dessus de cinq millions, et le compte non officiel estimé à plus de cinq fois plus élevé, tout le monde a pu constater les difficultés éprouvées par les réseaux de santé de tous les pays.

Il a été difficile de comprendre comment le monde a pu être tellement pris de court par le Covid-19. Les maladies respiratoires sont depuis très longtemps la principale cause infectieuse de décès, et ce mondialement. Avant la pandémie, environ 2,5 millions d’adultes et d’enfants mouraient de pneumonie chaque année : aucune autre infection ne provoque autant de mortalité.

Les décès causés par la pneumonie ont lieu dans toutes les contrées. Dans les pays à haut revenu, les décès sont concentrés parmi les plus âgés, tandis que dans les pays à faible revenu, les enfants en sont les victimes principales. Alors que dans la plupart des pays à revenu moyen, les décès sont enregistrés dans ces deux groupes de population.

Au vu de ces données, les infections respiratoires se sont avérées être la «  pièce manquante  » majeure du programme de santé mondiale. Avant le Covid-19, il n’y a jamais eu une campagne de santé globale portant sur la réduction des décès causés par la pneumonie ni un organisme de santé mondiale responsable de l’aide aux pays s’est occupé de prévenir, diagnostiquer et traiter la pneumonie.

Même GAVI, l’Alliance pour les vaccins, dont le mandat est de vacciner les enfants les plus vulnérables du monde, n’a pas été en mesure de protéger plus de la moitié d’entre eux à l’aide de l’arme la plus efficace contre la pneumonie – le vaccin contre le pneumocoque conjugué (VAC). Ceci laisse beaucoup d’enfants – plus de 350 millions âgés de moins de cinq ans – dangereusement exposés. La prise de conscience suscitée par deux épisodes d’épidémies d’infection respiratoires – le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS-CoV) en 2002 et le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS-CoV) en 2014 – n’a pas, elle aussi, suffi à persuader les autorités nationales et les organismes de santé mondiale de donner la priorité au combat contre la pneumonie.

En conséquence, les réseaux de santé sur tous les continents n’étaient pas préparés lorsque le SRAS-CoV-2, le virus qui provoque le Covid-19, a surgi et il est rapidement devenu une pandémie. Les autorités sanitaires nationales n’avaient pas les moyens de faire face au déferlement des malades ayant besoin de diagnostic rapide ou de se faire traiter, notamment assurer les quantités phénoménales d’oxygène médical pour les patients atteints de Covid-19.

Des témoignages tragiques sur des décès résultant du manque d’accès aux soins ont été recueillis en Amérique latine au début de l’été 2020 et se sont vite répandus en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique. Il est impossible d’oublier la souffrance de patients peinant à respirer ou la détresse des membres de la famille et des professionnels de santé désespérément à la recherche d’oxygène.

Nous ne savons pas combien de décès causés par le Covid-19 sont le résultat du manque de diagnostic et de traitement, mais la plupart des pays avec les plus hauts taux de mortalité dus à la pandémie ont enregistré de faibles taux de dépistage et des pénuries d’oxygène. À l’heure actuelle, après plus de 18 mois de pandémie et en dépit des campagnes d’administration de vaccins efficaces, les États peinent toujours à réduire le bilan de mortalité. Des 50 000 décès causés par le Covid-19 qu’on enregistre encore chaque semaine, 70 % ont lieu dans des pays à revenu faible et moyen.

C’est une situation inacceptable. La pandémie de Covid-19 doit devenir partout un tournant pour le combat contre la pneumonie. Les pays ne devraient jamais avoir à subir à nouveau des décès aussi nombreux résultant d’une pandémie d’infection respiratoire. Et il ne faudrait pas qu’autant de morts soient encore provoqués par une pneumonie non liée au Covid, année après année.

Mais c’est ce qui arrivera, à moins que les autorités nationales ne transforment leurs plans d’intervention pour répliquer avec des stratégies proactives de lutte contre la pneumonie. Mettre en place une méthode efficace et permanente pour répondre à la pneumonie réduirait les décès causés par des maladies respiratoires provoquées par toutes sortes d’infections et diminuerait le risque d’une autre pandémie d’infection respiratoire.

L’atteinte de cet objectif nécessitera une couverture vaccinale complète contre la pneumonie, de meilleurs outils de diagnostic à disposition de tous les maillons des réseaux de santé et un meilleur accès aux traitements. Il faudra également intervenir pour réduire les principaux facteurs de risque, notamment la pollution de l’air, l’émaciation infantile et le tabagisme.

Les organismes de santé mondiale et de développement comme le Fonds mondial, la Banque mondiale, Unitaid, l’Organisation mondiale de la santé et le Fonds des Nations unies pour l’enfance, devraient convertir l’aide Covid-19 qu’ils ont fournie aux pays à revenu faible et moyen en programmes à long terme de lutte contre la pneumonie. Le groupe d’études sur l’oxygène d’urgence du Dispositif pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre la Covid-19 (ACT-A) a assuré à lui seul un financement de plus de 600 millions de dollars en apport en oxygène aux pays qui en ont besoin et devrait être financé par le G20 pour en faire encore plus. Et les organismes philanthropiques privés doivent continuer de soutenir les initiatives des ONG visant à renforcer les services de soins respiratoires.

Sans ce soutien continu, le monde restera exposé à la possibilité d’une autre pandémie provoquée par une infection respiratoire. Et le risque est grand de ne pas atteindre les objectifs de développement durable en matière de santé, surtout la réduction de la mortalité maternelle, néonatale et infantile et la diminution du fardeau des maladies transmissibles ou non transmissibles.

Malgré le fait que le Covid-19 a révélé certaines des failles critiques de l’architecture de la santé mondiale, il a aussi mis en évidence ce que les autorités nationales, les organismes de santé mondiale et de développement ainsi que les donateurs peuvent accomplir lorsqu’on les exhorte à investir dans la lutte contre les infections respiratoires. Et il y a encore beaucoup à faire.

Après tout, notre monde évolue de telle sorte qu’il accélère le risque d’une autre pandémie d’infection respiratoire. Les infections transmises par voie aérienne en respirant, en parlant, en riant et en chantant vont proliférer dans un environnement plus chaud, très urbain et mobile où les régimes alimentaires déficients, les maladies chroniques et une espérance de vie plus longue rendent les gens plus vulnérables aux maladies. Le coût de ne pas investir dans les ressources nécessaires pour lutter contre la pneumonie se mesurera en millions de pertes de vie chaque année et des millions d’autres chaque fois qu’une nouvelle pandémie se déclarera.

* Leith Greenslade est coordinatrice de « Every Breath Counts », une coalition de plus de 50 organisations aidant les États à réduire les décès résultant de la pneumonie.

© Project Syndicate, 2021. Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier.


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