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Politique - Éclairage

À l’approche des législatives, Baha’ Hariri avance ses pions

« Sawa Li Lubnan », mouvement soutenu par l’homme d’affaires sunnite et frère de Saad Hariri, inaugure son premier centre dans le Akkar.

À l’approche des législatives, Baha’ Hariri avance ses pions

L’homme d’affaires Baha’ Hariri lors d’une intervention par visioconférence dans le cadre de l’inauguration dans le Akkar du premier bureau régional du mouvement « Sawa li Lubnan », le 13 novembre 2021. Photo fournie par notre correspondant Michel Hallak

« Je suis prêt à servir Le Liban d’une manière ou d’une autre. Je n’abandonnerai pas mon pays. » C’est en ces termes ambigus choisis avec soin et prêtant à de multiples interprétations, que Baha’ Hariri s’était engagé, quelques jours après la double explosion qui a ravagé le port de Beyrouth en août 2020, à jouer un rôle sur la scène politique libanaise. Un projet qu’il construisait progressivement depuis octobre 2019, quand l’homme d’affaires libanais, fils aîné de Rafic Hariri et frère de Saad, a pris fait et cause pour la contestation contre le pouvoir, se posant implicitement en alternative pour reprendre le leadership sunnite. Durant toute cette période, ses réseaux s’activaient, en appuyant notamment des forums de jeunes qui ont pris part aux manifestations dans plusieurs régions.

Samedi dernier, c’est via Zoom que Baha’ Hariri s’est adressé à une partie de la population libanaise, précisément les habitants du Akkar, cette région défavorisée du Liban-Nord à dominante sunnite. Une région qui constitue une importante partie de la base du courant du Futur dirigé par Saad Hariri. Une région où le Hezbollah, dont Baha’ se présente comme un farouche opposant, a fait preuve d’un certain activisme au cours des derniers mois, en y acheminant du fuel importé d’Iran et en distribuant des aides en espèces aux familles des victimes d’une explosion meurtrière d’un dépôt de carburant en août dernier.

Pour mémoire

« Sawa li Lubnan », un mouvement financé par Baha’ Hariri, fait ses premiers pas

C’est à l’occasion de l’inauguration, le 13 novembre à Halba, chef-lieu du Akkar, du premier bureau régional du mouvement politique « Sawa Li Lubnan » (Ensemble pour le Liban), soutenu par le milliardaire sunnite, que ce dernier a tenu un discours ayant comme des airs de lancement d’une campagne électorale, à quelques mois des législatives. Pourquoi le Akkar ? « Parce que cette région multiconfessionnelle ressemble au Liban dans toutes ses dimensions », a-t-il alors expliqué. « Notre objectif est de libérer le pays de la classe politique », a-t-il également lancé, promettant une continuation de la politique de son père, qui a « mis fin à la guerre civile, reconstruit le Liban, et sorti la Syrie du pays ».

« Il y a bien eu Bush et Bush Jr »
« Le centre de Halba, le premier d’une longue série à venir, va écouter les plaintes des citoyens de la région et mettre en œuvre des projets pour son développement durable », explique Saïd Snadiki, directeur exécutif du mouvement mais également expert électoral. Peu auparavant, courant octobre, Sawa Li Lubnan avait lancé une campagne massive de dépistage du cancer du sein. Alors que ces initiatives revêtent une allure quelque peu clientéliste, le mouvement s’en défend. « Dans un pays où l’État est absent, nous comblons un vide, ni plus ni moins. Il n’y a aucune sélection politique ou confessionnelle des bénéficiaires, et ils ne doivent pas passer par nos bureaux pour profiter de nos projets, qui seront durables et autonomes », affirme M. Snadiki. « Pour nous, l’objectif est de montrer aux gens les fonctions que l’État doit remplir. S’ils sont satisfaits de nos projets, ils voudront nous voir au pouvoir et voteront pour nous », ajoute-t-il. Car même si Baha’ Hariri ne se présentera pas personnellement aux législatives de 2022, il peut toutefois peser sur le scrutin. Sawa Li Lubnan prévoit en effet de soutenir des candidats indépendants ou de présenter ses propres aspirants. « Bien entendu, nous ne nous allierons à aucun groupe ayant participé au partage des quotes-parts dans l’exécutif, y compris les Forces libanaises qui ne sont peut-être pas corrompues mais qui ont longtemps fait le jeu du système. Nous allons soutenir des candidats de la société civile issus de divers groupes s’ils partagent nos valeurs, et nous allons également présenter des noms de personnes issues de notre mouvement », indique Saïd Snadiki.

Sawa Li Lubnan mobilisera sa propre machine électorale en faveur des candidats qu’elle soutient, et ne dépendra donc pas de la plateforme Kulluna Irada, qui souhaite offrir ses services aux candidats du camp réformateur. Parmi ceux qui bénéficieraient du soutien de Sawa Li Lubnan, le groupe des Révolutionnaires du Akkar, un mouvement indépendant né dans le giron de la thaoura. « Nous faisons confiance à Sawa parce qu’il s’agit d’un mouvement transparent. Son financement par Baha’ Hariri est transparent et il reprend nos revendications, que ce soit au niveau de la lutte contre la corruption ou celui des réformes économiques. De ce fait, nous avons informé nos partenaires du Front de l’opposition libanaise (coalition de groupes d’opposition tenant un discours plus sévère envers le Hezbollah et les armes illégitimes, incluant notamment les Kataëb, NDLR) de ce partenariat », affirme Miraz Jundi, le fondateur du mouvement akkariote. Le statut d’héritier politique de Baha’ Hariri ne semble d’ailleurs pas le gêner. « Regardez les États-Unis. Il y a bien eu Bush et Bush junior », dit-il.

« Que Baha’ rentre au Liban et nous débarrasse du Hezbollah »
Mais tous les groupes de l’opposition ne partagent pas cet avis. L’activiste et cinéaste Lucien Bourjeily, l’un des initiateurs du mouvement antipouvoir « Vous puez ! », estime qu’« un leader issu des familles politiques qui ont conduit le Liban à sa perte, comme la famille Hariri, ne peut être un acteur réformiste crédible ». Même son de cloche du côté du responsable d’un parti centriste proche de la thaoura. « La rhétorique de Sawa rejoint la nôtre, mais ça ne vaut pas grand-chose. Même Nabih Berry prétend être d’accord avec tous nos objectifs », ironise-t-il, tout en admettant que le mouvement de Baha’ Hariri pourrait être un atout dans les régions à majorité sunnite.

Du côté de Sawa Li Lubnan, on affirme que le mouvement pourrait présenter sa propre liste dans certaines régions s’il n’arrive pas à s’allier avec les groupes de l’opposition. « Dans les circonscriptions où nous avons un désaccord idéologique avec les candidats des mouvements issus de la thaoura, nous n’hésiterons pas à présenter une liste à part. Notre objectif n’est pas d’opérer des percées pendant les élections. Il faut que nous soyons cohérents avec nous-mêmes, et nous voulons travailler sur le long terme », confie Saïd Snadiki. Le mouvement estime qu’il n’est pas possible de faire de compromis sur un certain nombre de valeurs fondamentales, à savoir : l’égalité entre les citoyens, la mise sur pied d’une économie productive et la souveraineté de l’État, lequel doit détenir le monopole des armes. Le groupe soutenu par Baha’ Hariri fait en effet de la question des armes illégitimes son fer de lance. « Je le dis, nous sommes contre la violence, et nous ferons tout notre possible pour l’éviter. Mais si tous les moyens politiques pour ôter les armes du Hezbollah et des autres mouvement armés échouent, l’armée libanaise doit prendre ses responsabilités, quitte à ce qu’il y ait des confrontations armées », avertit Saïd Snadiki.

Un positionnement radical, que les opposants de Baha’ Hariri jugent surréaliste. « Que Baha’ Hariri rentre au Liban, et qu’il nous débarrasse du Hezbollah s’il le peut », ironise Moustapha Allouche, vice-président du courant du Futur. « Je trouve quand même drôle que Baha’ Hariri, à l’étranger depuis la mort de son père alors que les membres du parti se faisaient descendre par le Hezbollah, vienne jouer au souverainiste maintenant », lance-t-il.

Sauf que l’opposition frontale au Hezbollah est l’élément-clé pour Baha’ Hariri s’il souhaite conquérir la rue sunnite. « La recette pour s’approprier le leadership sunnite se base sur trois ingrédients : une rhétorique radicalement anti-Hezbollah, des moyens financiers pour alimenter les réseaux clientélistes, et un soutien saoudien qui apporte une certaine légitimité aux niveaux local et international », explique l'analyste Samer Hajjar. C’est ce dernier élément qui manque à l’homme d’affaires, à en croire M. Allouche. « À ma connaissance, Baha’ n’a pas le soutien des Saoudiens au Liban », affirme-t-il.    « Les Saoudiens ne veulent plus soutenir des membres de la famille Hariri », confirme M. Hajjar. « Pour moi, Sawa Li Lubnan n’est qu’une ONG qui a assez d’argent pour s’acheter quelques médias et qui lance des slogans vides », martèle Moustapha Allouche.

Du côté de Sawa, on affirme que la seule ambition de Baha’ Hariri est de « guider » la communauté sunnite et les Libanais dans le giron de l’État. « Nous voulons construire un pays qui traite les citoyens à égalité. Nous voulons profiter du vide qui existe au niveau du leadership sunnite pour intégrer la communauté dans l’État. Idem pour toutes les confessions, car nous refusons toute logique de partage confessionnel des quotes-parts », affirme M. Snadiki.


« Je suis prêt à servir Le Liban d’une manière ou d’une autre. Je n’abandonnerai pas mon pays. » C’est en ces termes ambigus choisis avec soin et prêtant à de multiples interprétations, que Baha’ Hariri s’était engagé, quelques jours après la double explosion qui a ravagé le port de Beyrouth en août 2020, à jouer un rôle sur la scène politique libanaise. Un projet...

commentaires (8)

Erreur de votre part Mr Baha de ne pas vous allier avec Samir Geagea !! Grande erreur pour le peuple qui ne demande que ça

Bery tus

15 h 44, le 22 novembre 2021

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Commentaires (8)

  • Erreur de votre part Mr Baha de ne pas vous allier avec Samir Geagea !! Grande erreur pour le peuple qui ne demande que ça

    Bery tus

    15 h 44, le 22 novembre 2021

  • Moi je veux bien essayer tout ce qui ne l'a pas été et qui nous propose de sauver,le pays, même Omar Harfouch, c'est dire !

    Je partage mon avis

    13 h 49, le 22 novembre 2021

  • « Notre objectif est de libérer le pays de la classe politique », a-t-il également lancé, promettant une continuation de la politique de son père… » Alors celle là elle est gratinée… On ne veut plus de la politique de son père , pas plus que celle de son frère, ni de milliardaires qui viennent jouer aux philanthropes … Du sang neuf … des technocrates et un DICTATEUR qui commence par raccourcir de 30 cm tous les voyous voleurs vendus a l’étranger - Kellon … Moi, je voteraus pour ce dictateur - faut il être désespéré…

    El moughtareb

    13 h 22, le 22 novembre 2021

  • Ça ne vous rappelle pas Iznogoud qui ne voulait rien d'autre qu' être "calife à la place du calife" ?

    Leila G

    12 h 41, le 22 novembre 2021

  • COU COU VOILA LE REVERS DE LA MÊME MONNAIE – KOULONS - . ÉLECTION : SOYONS SÉRIEUX , DÉJÀ DES ACCORDS COMBINES , ANCIENS + NOUVEAUX : SANS EXCEPTION TOUS MENTEURS , A NE VOIRE QUE LA LISTE DES CANDIDATS : CONTREBANDIERS , ASSASSINS , FRIPONS ….

    aliosha

    11 h 34, le 22 novembre 2021

  • "Je suis prêt à servir Le Liban". Voilà une nouveauté extraordinaire! A-t-on jamais vu un homme politique libanais servir son pays? Il doit s'agir d'un lapsus. Il a certainement voulu dire: "Je suis prêt à me servir du Liban"!

    Yves Prevost

    07 h 10, le 22 novembre 2021

  • I find it beneficial to have another Hariri forming or supporting electoral lists and competing with his brother who has proven time and again to be a weak and failed leader. In this way perhaps, Parties emanating from the real opposition can break through and win seats.

    Mireille Kang

    03 h 47, le 22 novembre 2021

  • IL FAUT QUE QUELQU,UN AVEC RIFI A TRIPOLI SE DRESSE CONTRE LE HEZBOLLAH QUI DISTRIBUE DE L,ARGENT RECU D,IRAN POUR ACHETER DES VOIX SURTOUT SUNNITES ET CHRETIENNES DANS TOUTES LES REGIONS. ET SI CA NE REUSSIT PAS ET LES RESULTATS SONT NEGATIFS IL NE LES RECONNAITRA PAS ET LA SCENE ACTUELLE NE CHANGERA PAS. CA, SI IL Y AURAIT DES ELECTIONS QUE AOUN ET SON GENDRE FONT TOUT POUR LES TORPILLER EN CONNIVENCE AVEC LES MERCENAIRES IRANIENS.

    CENSURE + CARENCE + BOURDES = FUITE DES ABONNES.

    00 h 30, le 22 novembre 2021

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