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Lifestyle - Un peu plus

L’envie de (re)vivre


L’envie de (re)vivre

Photo M.A.

Malgré les menaces, les relents d’une guerre civile imposés par les milices de tous bords, les atteintes à nos libertés, cette croisade pour obstruer l’enquête menée par le juge Bitar et cette volonté de nous faire croupir ad vitam æternam, il y a un surprenant parfum de douceur en ce moment au Liban. Comme si le temps avait arrêté sa course folle et qu’il faisait une pause pour nous permettre de nous mettre à jour et de conjurer le mauvais sort. De respirer un bon coup et de prendre du recul. Comme si cette vie qui n’en est pas une reprenait un nouveau souffle, un nouvel élan. Comme si cet éveil qu’a toujours été le nôtre revenait à la charge à l’unisson avec nos battements de cœur.

Il y a comme un sursaut et, une fois encore, la vie a repris le dessus. Mais avions-nous d’autre choix ? Pouvions-nous continuer comme ça, à osciller entre mélancolie et nostalgie, entre tristesse et désespérance ? Nous ne le pouvons pas et nous ne l’avons jamais pu. Les Libanais sont des battants. Et même si, de l’extérieur, cette aptitude à s’adapter à des conditions de vie misérables ressemblerait étrangement à de la résilience, nous ne sommes pas résilients. Nous aimons la vie au-delà de tout. Et c’est cette joie de vivre intrinsèque aux Libanais qui fait son comeback. Peu à peu, les rues se remplissent à nouveau. Les gens commencent à se retrouver, à ressortir. Que ce soit à Beyrouth ou dans les villages de montagne. On joue aux cartes à l’ombre des arbres aux feuilles jaunissantes. On lance les dés de la table de backgammon sur les trottoirs meurtris de Gemmayzé. On réinvestit les terrasses des restaurants où il fait encore bon s’asseoir. La rue d’Arménie (ou du Nahr, en fonction de la génération) grouille à nouveau de monde. Et les gens n’ont pas oublié, contrairement à ce que l’on pourrait croire. On sait et on sent ce qui s’est passé, mais la vie, comme toujours, a décidé de continuer. Et avions-nous un autre choix que celui-ci ? Un autre choix que de plonger dans la mer puisque le climat le permet encore. De monter dans son village d’origine et de faire une randonnée. De boire un verre d’arak offert par l’agriculteur que l’on connaît depuis l’enfance. De manger une man’ouché et de boire une limonade à Batroun dont le pouls n’a jamais cessé de battre. De célébrer un mariage à Saoufar, les 30 ans de ce mec qu’on aime tant, entouré de nos amis qui ont su garder le sourire et l’énergie de chanter jusqu’à pas d’heure. De se retrouver à plusieurs autour d’un mezzé et de découvrir les aarayess au chanklich et le soufflé de chawarma.

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Si nous avons décidé (ou pas) de rester au Liban, nous n’avons pas d’autre choix que de préférer la vie à la mort. Le rire aux larmes, ce rire guérisseur de toutes les blessures. De préférer danser à s’agenouiller, de se battre au lieu de s’abattre. Nous sommes comme ça, les Libanais. Des résistants depuis la nuit des temps. Des combattants de la première heure, chacun et chacune à sa façon. Nous savons défier les tragédies et conjurer les mauvais sorts. Nous savons déjouer les démons d’antan qui tentent de resurgir. Et nous connaissons, enfin, les failles de ce système gangrené qui n’a de cesse d’essayer de nous détruire. Mais ils n’y arriveront pas et c’est ce qui les rend fous. Parce que jour après jour, nous gagnons de petites batailles et nous marchons à contre-courant. Nous nous relevons lentement mais sûrement. Et nous tentons malgré tout de voir le positif dans cet imbroglio insupportable qui nous est imposé. De voir la lumière dans cette obscurité opaque. De voir les belles choses dont regorge le Liban. De nous réconcilier avec ce pays qui, après tout, ne nous a rien fait. Ce n’est pas le Liban qui est à la source de notre désœuvrement. Ce n’est pas lui. Et le peuple commence à le comprendre doucement. Ce peuple incroyable qui se bat pour lui et pour les autres qui sont à terre. Tous ces gens qui continuent cette croisade dans l’ombre ou dans l’éclat. Ces Libanais-là, même s’ils ont beaucoup à perdre, essaient tant bien que mal de tout gagner. Gagner pour eux et au nom des autres.

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Et c’est ce Liban-là qu’on aime. Incarné par des gens de tout âge, de tout bord, de tout milieu, de toute profession. Des gens qui y croient encore. Qui croient en leur pays, qu’ils l’aient quitté ou qu’ils y soient restés. Nous en reparlerons dans quelque temps, quand tout ça sera fini. Bel et bien fini. Parce que rien ni personne ne dure éternellement.

Chroniqueuse, Médéa Azouri anime depuis plus d’un an avec Mouin Jaber « Sarde After Dinner », un podcast où ils discutent librement et sans censure d’un large éventail de sujets, avec des invités de tous les horizons. Tous les dimanches à 20h, heure de Beyrouth. Épisode du 3 octobre 2021 avec Ivan Debs :


Malgré les menaces, les relents d’une guerre civile imposés par les milices de tous bords, les atteintes à nos libertés, cette croisade pour obstruer l’enquête menée par le juge Bitar et cette volonté de nous faire croupir ad vitam æternam, il y a un surprenant parfum de douceur en ce moment au Liban. Comme si le temps avait arrêté sa course folle et qu’il faisait une pause pour...

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