Rechercher
Rechercher

Politique - Repère

Enquête du 4 août : qui a intérêt à mettre Bitar sur la touche ?

Entre réflexes communautaires et règlements de comptes, retour sur les tentatives d’ingérence et/ou de récupération politique par les formations traditionnelles.

Enquête du 4 août : qui a intérêt à mettre Bitar sur la touche ?

Le port de Beyrouth au lendemain de la double explosion, le 5 août 2020. Photo AFP

Une grotesque répétition. Sept mois après être venue à bout de Fadi Sawan, le juge initialement nommé pour mener l’enquête sur la double explosion du port de Beyrouth, la classe politique libanaise veut désormais la peau de son successeur, Tarek Bitar. Ce dernier a été dessaisi, pour l’instant à titre provisoire, de l’enquête lundi, suite à une plainte déposée devant la cour d’appel de Beyrouth par le député et ancien ministre de l’Intérieur Nouhad Machnouk. Ce dernier, mis en cause par le juge, réclame que l’instruction soit confiée à un autre magistrat. « La classe politique n’a pas intérêt à ce que la culture de redevabilité se répande au Liban. Qu’un des leurs soit jugé équivaut à la fin du régime d’impunité en place depuis 30 ans », commente un juriste, sous couvert d’anonymat. Au-delà du consensus qui unit la majorité des formations traditionnelles sur ce sujet, chacune fait ses propres calculs. Entre réflexes communautaires et règlements de comptes politiques, comment les partis ont-ils réagi depuis le début de l’enquête sur la double explosion du port de Beyrouth? Retour sur les tentatives d’ingérence et/ou de récupération politique.

L'éditorial de Issa GORAIEB

Sur un air de fantasme

Le leadership sunnite

Depuis que le prédécesseur de Tarek Bitar, Fadi Sawan, a inculpé l’ex-Premier ministre Hassane Diab, le 10 décembre 2020, l’establishment sunnite est vent debout contre l’enquête. Le « club des anciens Premiers ministres », composé de Saad Hariri, Fouad Siniora, Nagib Mikati et Tammam Salam, avait fustigé une attaque contre « la présidence du Conseil », donnant à l’affaire une lecture confessionnelle. Plus récemment, alors que le juge Bitar a émis un mandat d’amener contre M. Diab, les anciens Premiers ministres ont décrié « une initiative suspecte se recoupant avec des tentatives menées depuis des années pour neutraliser l’accord de Taëf et briser l’autorité de la présidence du Conseil ». Une allusion à peine voilée au président de la République Michel Aoun qui, en 1989, s’était opposé aux accords de Taëf, et dont le camp politique est accusé aujourd’hui d’avoir une rancœur confessionnelle contre ceux qui auraient privé les chrétiens de leurs droits. Les leaders sunnites sont soutenus dans leur démarche par le mufti de la République, Abdellatif Deriane, qui s’est indigné lors de son prêche vendredi 27 août de la décision prise par le juge, rappelant que s’en prendre au Premier ministre était un acte « répréhensible ». L’establishment sunnite estime qu’il n’y a pas de raison pour que les anciens présidents du Conseil soient dans le viseur de la justice et que le président de la République, qui était également au courant de la présence du nitrate d’ammonium, à l’origine de la déflagration, dans le port, puisse se réfugier derrière son immunité.

Saad Hariri avait proposé en juillet dernier la levée de l’immunité de tous les responsables politiques et administratifs, y compris le chef de l’État, afin que ceux-ci puissent être éventuellement jugés dans le cadre de l’enquête. Une façon pour cet ancien Premier ministre à la légitimé fragilisée d’embarrasser ses adversaires aounistes, tout en encourageant un repli confessionnel sunnite utile à l’approche des élections législatives.

Lire aussi

La politique plus forte que le deuil et la colère ?

« L’article 70 de la Constitution offre effectivement aux ministres et au président du Conseil une immunité, puisqu’en cas de manquement à leurs responsabilités constitutionnelles ou de haute trahison, ils doivent être jugés devant une Haute Cour composée de députés et de juges », explique Rizk Zgheib, juriste et enseignant à l’Université Saint-Joseph. Toutefois, cela ne s’applique pas aux délits couverts par le code pénal. « Selon une jurisprudence de la Cour de cassation datant de 2000, puis confirmée en 2003 et en 2004, si un ministre commet une infraction punie par le code pénal, il peut être jugé par une cour normale. C’est le cas pour l’explosion du port de Beyrouth. Ainsi, il n’y a pas vraiment besoin de loi spéciale pour lever les immunités », ajoute-t-il.

Hezbollah

Le Hezbollah est le parti qui est allé le plus loin dans sa volonté d’entraver l’enquête sur la double explosion du 4 août 2020. Au mois de janvier 2021, le secrétaire général du parti chiite, Hassan Nasrallah, avait estimé dans l’un de ses discours que « l’enquête était désormais terminée », comme pour « encourager » le juge d’instruction à ne pas chercher plus loin. Dans un autre discours, prononcé début août, Hassan Nasrallah avait demandé au juge Bitar de fournir des preuves justifiant la convocation des responsables politiques pour les interroger, ignorant par là même le secret censé protéger l’enquête. Parmi les responsables dans le viseur de la justice, deux députés du mouvement Amal, principal allié politique du Hezb, et le directeur de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, réputé proche de la formation de Hassan Nasrallah.

Lire aussi

Quand Nagib Mikati tente de ménager la chèvre et le chou...

Plus récemment, Wafic Safa, responsable du comité de coordination du parti, a menacé le juge Bitar en lui transmettant le message suivant : « Nous en avons assez de toi. Nous irons jusqu’au bout avec les moyens légaux, et si cela ne fonctionne pas, nous allons te déboulonner. » L’information, qui a été confirmée par une source judiciaire à L’OLJ, n’a jamais été démentie par le parti de Dieu. Pour ce dernier, l’enjeu est particulièrement sensible puisqu’il est accusé par une partie de l’opinion publique d’être à l’origine du stockage de plusieurs milliers de tonnes de nitrate d’ammonium dans le port de Beyrouth. Dans ce contexte, les partisans du mouvement chiite alimentent actuellement une campagne sur les réseaux sociaux contre le juge en charge du dossier (#Il_Faut_Changer_Bitar, en arabe).

Amal

À la tête du Parlement depuis presque 30 ans, Nabih Berry veut se positionner dans cette affaire comme le garant des immunités parlementaires. Il s’est en effet opposé avec virulence à la demande formulée par le juge d’instruction pour une levée des immunités des députés inculpés. Mais le chef du mouvement Amal cherche avant tout à protéger les siens. Parmi les personnalités inculpées figurent les anciens ministres des Finances Ali Hassan Khalil et des Travaux publics Ghazi Zeaïter, issus des rangs de la formation chiite de M. Berry. « Quand le juge d’instruction inculpe des députés sur la question de la double explosion du port, il n’est pas en train d’empêcher le Parlement de légiférer ou d’exercer ses fonctions, ni d’essayer d’écarter un député pour des raisons politiques. Le prétexte de vouloir protéger le Parlement ne tient pas », commente un juriste sous le sceau de l’anonymat.

Nabih Berry a soutenu la proposition, qui a très peu de chances d’aboutir, de Saad Hariri de « lever toutes les immunités », pour faire pression sur le président de la République. À noter que Tarek Bitar a été dessaisi de l’enquête alors que les députés ne bénéficient pas, de façon temporaire, de leurs immunités parlementaires durant la période séparant le vote de confiance au gouvernement (qui a eu lieu le 20 septembre) de l’ouverture de la session ordinaire du Parlement (prévue le 19 octobre).

Courant patriotique libre

Michel Aoun a écarté dès le 7 août toute possibilité d’enquête internationale estimant « qu’elle pourrait diluer la vérité ». Mais depuis que les juges d’instruction Fadi Sawan puis Tarek Bitar ont été nommés, le courant aouniste les a soutenus à plusieurs reprises. L’enjeu est beaucoup moins sensible pour le Courant patriotique libre, fondé par le chef de l’État. Parmi les responsables visés par l’enquête, seul Tony Saliba, chef de la Sécurité de l’État, est réputé proche du président de la République. Suite à la suspension de l’enquête, Michel Aoun a plaidé pour qu’elle reprenne le plus vite possible, même si la justice « a commis quelques erreurs », selon lui. Le président s’est dit en juillet dernier prêt à être entendu dans le cadre de l’enquête, en dépit de son immunité. Dans cette affaire, le CPL doit cependant tenir compte de son plus proche allié, le Hezbollah.

Forces libanaises

De leur côté, les Forces libanaises se sont posées en soutien inconditionnel de Tarek Bitar. Le chef de fil des FL, Samir Geagea, avait qualifié sur son compte Twitter les décisions d’inculpation de « point de départ pour découvrir les circonstances de l’explosion du port de Beyrouth, arrêter les criminels et rendre justice aux victimes ». Fait surprenant, les FL, tout en étant des adversaires farouches du CPL, ne reprennent pas les accusations véhiculées par d’autres groupes politiques selon lesquelles le juge Bitar serait à la botte du camp aouniste. Ce positionnement représente un double avantage pour les FL. D’abord, il leur permet de rester en phase avec le mouvement de contestation, auquel Samir Geagea a tendu la main à plusieurs reprises. Ensuite, le leader chrétien ne peut pas se permettre d’entraver l’enquête, alors que la majorité des victimes sont issues de quartiers chrétiens dans lesquels les FL sont bien représentées.


Une grotesque répétition. Sept mois après être venue à bout de Fadi Sawan, le juge initialement nommé pour mener l’enquête sur la double explosion du port de Beyrouth, la classe politique libanaise veut désormais la peau de son successeur, Tarek Bitar. Ce dernier a été dessaisi, pour l’instant à titre provisoire, de l’enquête lundi, suite à une plainte déposée devant la cour...

commentaires (8)

QUI D,AUTRE ? LE PROPRIETAIRE ET UTILISATEUR BIEN CONNU ET CELUI QUI CRIE A HAUTE VOIX CONTRE BITAR. TRES SIMPLE.

PRET A SOUTENIR L,OLJ SANS L,HUMILIANTE CENSURE.

00 h 45, le 05 octobre 2021

Tous les commentaires

Commentaires (8)

  • QUI D,AUTRE ? LE PROPRIETAIRE ET UTILISATEUR BIEN CONNU ET CELUI QUI CRIE A HAUTE VOIX CONTRE BITAR. TRES SIMPLE.

    PRET A SOUTENIR L,OLJ SANS L,HUMILIANTE CENSURE.

    00 h 45, le 05 octobre 2021

  • Les commentaires malfaisant sur les intentions des FL en raison de leur positionnement de soutien au juge Bitar sont plutôt de mauvaise foi pour la seule raison que les FL, a chaque cas légal, même si celui-ci était dirigé contre l'un de ses membres ou partisans ou sympathisants, n'a jamais pris position contre les recours ou les juges qui géraient ces affaires mais ont laissé faire sans jamais s'en mêler. Je vous défie de fournir un seul exemple. Il est évident que votre parti pris est encore embué du lavage de cerveau médiatique qui s'est construit depuis la création de ce parti. Tant que vous ne vous serez pas bien nettoyé l’esprit des informations propagandistes des années de guerre et d'occupation, le Liban ne se remettra pas facilement sur ses deux jambes.

    Pierre Hadjigeorgiou

    09 h 14, le 04 octobre 2021

  • Le Liban est le seul pays où les coupables et les criminels choisissent eux mêmes leur juge et leur sentence. Chaque coq défend son poulailler tout en appelant à faciliter le travail du juge, celui là même à qui on met des bâtons dans les roues et on menace de toute sorte d’horreur. Aoun est muet comme à son habitude dès qu’il s’agit d’un problème qui touche la souveraineté du pays et prétend être blanc comme neige puisqu’il s’est mis la disposition de la justice mais que cette dernière tarde à  le convoquer ou se rendre au palais pour l’entendre sur cette affaire pour mettre fin à toutes ces polémiques sur le juge et ainsi pouvoir exercer son devoir d’enquêter et de convoquer tous les autres cachés derrière l’excuse d’ immunité qui n’est pas valable avant 19 octobre. Il ne faut pas attendre le 18 pour les convoquer, il faut utiliser les pouvoirs de l’état qui sont à disposition de la justice faire appliquer la loi et pour les amener Manu militari devant le juge.

    Sissi zayyat

    11 h 57, le 03 octobre 2021

  • Personne ne doit être au-dessus de la loi, personne! Peu importe son rang et son titre.

    Youssef Najjar

    10 h 21, le 03 octobre 2021

  • avouons que lois et constitutions telles qu'etablies et appliquees par les pays civilises ne sont pas faites pour l'etre au Liban. elles sont taillees non pas sur mesure des gens du pouvoir, qui ne sont pas immuables (ouf!) donc sujettes a multes interpretations par des gens malhonnetes, sans scrupules et corrompus. qui profitent des textes souvent succincts pour justement les interpreter a leur maniere.

    Gaby SIOUFI

    10 h 11, le 02 octobre 2021

  • Tous ceux qui entravent cette enquête ainsi que le travail du juge Bitar signent clairement leur aveu de culpabilité ! Pour eux personnellement et pour ceux qu'ils protègent: chefs de..., ministres, directeurs de, y-compris les responsables religieux de tous bords. Et nous, le peuple ainsi que les victimes du 4/8/2020 réalisons de plus en plus que nous ne vivons pas dans un Etat digne de ce nom, mais une espèce de société gérée par des responsables qui ne connaissent qu' une chose: la corruption et les profits et avantages qu'elle leur procure personnellement et à leurs protégés. Dans leurs plais et résidences luxueuses ici ou à l'étranger, ils sont à l'abri de l'enfer qu'ils nous procurent chaque jour par leur criminelle main-mise sur le pays depuis des années ! - Irène Saïd

    Irene Said

    09 h 36, le 02 octobre 2021

  • Il y avait un slogan, tous c'est à dire tous ... chacun pour des raisons différentes veut entraver toute vérité même si le chef d'orchestre de cette mascarade est bien connu ... un indice : il est barbu et vit comme une rat !!! vous avez deviner.

    Zeidan

    09 h 36, le 02 octobre 2021

  • QUELLE QUESTION ! MAIS LE PROPRIETAIRE ET UTILISATEUR ET TOUS CEUX QUI ONT AIDE PAR FANATISME OU PAR INTIMIDATION.

    PRET A SOUTENIR L,OLJ SANS L,HUMILIANTE CENSURE.

    08 h 39, le 02 octobre 2021

Retour en haut