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Lifestyle - Design

Rabih Kayrouz serre la poésie de Byblos dans un coffret pour « Diptyque »

Rabih Kayrouz serre la poésie de Byblos dans un coffret pour  « Diptyque »

À l’origine une boutique de décoration créée boulevard Saint-Germain, à Paris, sur le principe d’un cabinet de curiosité, Diptyque a été fondée en 1961 par trois passionnés : Desmond Knox-Leet, Yves Coueslant et Christiane Montadre. Curieux, ouverts, sensibles à la beauté et aux cultures du monde entier, ces esthètes ont placé leur amour du voyage, réel ou rêvé, au cœur de d’identité de la maison aux trois vitrines (d’où son nom), pour la création de ses parfums et bougies parfumées comme du graphisme qui les orne.

Cette année 2021 marque donc les soixante ans de Diptyque qui a décidé de célébrer ce moment à travers une exposition d’art contemporain et la création de cinq coffrets exclusifs représentant cinq escales, de l’Orient à l’Orient. Organisée à la Poste du Louvre récemment rénovée par Dominique Perrault, l’exposition réunit les œuvres de Joël Andrianomearisoa, Gregor Hildebrandt, Johan Creten, Ange Leccia, Andreas Angelidakis, Hiroshi Sugimoto, Zoë Paul, Chourouk Hriech et Rabih Kayrouz, neuf artistes commissionnés par Jérôme Sans, curateur, directeur artistique, directeur d’institutions et notamment cofondateur du Palais de Tokyo à Paris.

Un haïku visuel

Approché pour réaliser un coffret dans le cadre de ce voyage immobile entre images, fantasmes et concepts, le créateur Rabih Kayrouz nous confie avoir été étonné par ce choix : « N’étant ni un créateur d’objets ni un artiste plasticien, cette proposition m’a laissé un peu perplexe. » Il décide cependant de se lancer dans cette petite aventure et réfléchit à ce que pourrait représenter l’escale Liban sur la route d’un voyageur du Grand Tour, thème de cette initiative dédiée aux voyageurs d’Orient. Kayrouz pense tout naturellement à Byblos, lieu privilégié de ses souvenirs d’enfance. Il pense au bois de cèdre que le petit port, principale échelle de la Méditerranée orientale, exportait en quantités phénoménales à travers le monde antique. Il pense aux anémones et coquelicots qui nappent les prés et vallées environnantes aux premiers jours du printemps, expression du sang d’Adonis, le beau chasseur tué par un sanglier et qu’Astarté par son amour a pu ramener à la vie, selon la légende, une fois l’année à la belle saison. Il pense bien sûr aux temples en ruine et aux dieux déchus dont chaque pierre, chaque chapiteau enseveli, contient encore le souvenir. « J’ai décidé de tremper un brin de cèdre dans l’or et de coucher près de lui, sur un nid de paille, la céramique d’un temple miniature et celui d’un fossile de coquelicot imaginaire en hommage à Adonis », explique Rabih Kayrouz. « Le coffret est scellé », précise le créateur. J’y ai adjoint une radiographie qui en montre le contenu. Le parfum qui l’accompagne a été créé par le nez Fabrice Pellegrin de la maison Firmenich. Baptisé Secretum, le coffret de Rabih Kayrouz est un véritable haïku visuel qui résume en trois objets ineffables toute la poésie de l’escale libanaise de ce Grand Tour onirique.

L’escale japonaise de Hiroshi Sugimoto. Photo DR

D’autres escales

L’escale française a été illustrée par l’artiste malgache Joël Andrianomearisoa dans un coffret intitulé Time after Time-The Labyrinth of Passions. Andrianomearisoa y rend hommage au Paris littéraire, première destination et point d’ancrage historique de Diptyque. Le coffret convoque une errance émotionnelle et esthétique à travers des œuvres de papier de l’artiste. L’escale grecque est illustrée par une vision de Zoë Paul qui puise son inspiration dans l’iconographie de l’art antique et les scènes mythologiques grecques. Un récent voyage au village de Miliès, en Thessalie, l’amène à découvrir une grotte, connue pour être l’antre du centaure Chiron, guérisseur, réputé pour sa sagesse, sa science et ses connaissances botaniques et médicinales.

L’esprit enchanteur du lieu et sa spiritualité ont inspiré à l’artiste The Cave of Chiron : un petit rideau de perles en céramique, dessinant une main, élément récurrent dans le travail de l’artiste et référence à cette créature légendaire. La main, tel un symbole sacré renvoyant au soin, à l’amour et à l’art, est ainsi évocatrice d’un regard bienveillant sur l’humanité. Une escale vénitienne a été imaginée par Johan Creten : la miniature en bronze d’une sirène plongée dans une cire d’un bleu vert translucide, aux couleurs et aux parfums à la fois verts et iodés de la lagune, apparaît à mesure que la bougie se consume, rappelant les eaux vénitiennes menaçantes de l’acqua alta. Enfin, l’escale japonaise, imaginée par l’artiste Hiroshi Sugimoto, est représentée par un flacon en verre optique qui permet de générer le prisme de la série Opticks inspirée des captures de lumière d’Isaac Newton. Les reflets complexes que l’on peut voir dans le flacon permettent d’apprécier toute sorte d’images selon l’angle et le point de vue. Le parfum qu’il recèle est un hommage aux fleurs d’oranger de Kankitsuzan, une région, près de Tokyo, dont Sugimoto a emprunté le nom pour sa fondation agricole créée en 2011, pour restaurer et préserver ses terres redevenues fertiles.


À l’origine une boutique de décoration créée boulevard Saint-Germain, à Paris, sur le principe d’un cabinet de curiosité, Diptyque a été fondée en 1961 par trois passionnés : Desmond Knox-Leet, Yves Coueslant et Christiane Montadre. Curieux, ouverts, sensibles à la beauté et aux cultures du monde entier, ces esthètes ont placé leur amour du voyage, réel ou rêvé, au...

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