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Économie - Carburant

Essence : Ça se détend, mais pour combien de temps ?

La date de la levée totale des subventions demeure incertaine; l’accalmie dépend de la BDL, selon Brax.

Essence : Ça se détend, mais pour combien de temps ?

Depuis samedi, les Libanais constatent une réduction considérable des files d’attente devant les stations-service. Photo P.H.B.

Pour la première fois depuis plusieurs semaines, les files d’attente devant les stations d’essence hier et durant le week-end se comptaient en mètres et non plus en kilomètres, une semaine après que les subventions sur le carburant – essence, mazout et gaz domestique – ont été presque totalement levées.

Une accalmie, qui avait eu lieu la dernière fois fin juin et qui pourrait se maintenir selon la rapidité d’ouverture des lignes de crédit par la Banque du Liban (BDL), qui fournit des devises aux importateurs en piochant dans ses réserves qui s’amenuisent, a expliqué hier le porte-parole du syndicat des propriétaires de stations-service, Georges Brax, à L’Orient-Le Jour.

La réactivité de la BDL dépend également du consensus entre cette dernière et le gouvernement concernant la levée totale des subventions, prévue depuis juin pour fin septembre. Toutefois, à quatre jours de l’échéance, les professionnels du secteur n’ont toujours aucune certitude concernant l’avenir de ces mécanismes, selon les propos du directeur général de la société importatrice Medco, Maroun Chammas, à la chaîne d’information al-Jadeed, confirmés par Georges Brax.

Contrebande vers la Syrie

Depuis octobre 2019, la BDL subventionne en effet les importations de plusieurs produits, dont le carburant, via une série de mécanismes de subvention à travers lesquels elle fournit des devises aux importateurs de carburant à un taux moins élevé que celui atteint sur le marché parallèle, qui s’est imposé comme la vraie référence de la valeur de la monnaie nationale, en chute libre depuis cette période. Ce mécanisme permet en principe de limiter la hausse des prix en livres des produits importés, un phénomène dû à la dépréciation de la monnaie nationale.

Le taux de couverture des factures de fournisseurs qui était en octobre 2019 de 90 % au taux officiel de 1 507,5 livres pour un dollar, est passé fin juin à 100 % à 3 900 livres, puis à 8 000 livres fin août, pour enfin atteindre 14 000 livres la semaine passée. Un taux de change qui, bien que 9 fois plus élevé que le taux officiel, se rapproche bien plus de celui du marché parallèle, oscillant hier autour de 16 500 livres. Les prix ont suivi la même courbe, ce qui participe à expliquer la baisse du nombre de voitures aux stations d’essence, selon Maroun Chammas. D’une part, explique-t-il, parce qu’il devient moins rentable pour les acteurs du marché noir qui siphonnent le marché de patienter des heures dans des files d’attente pour remplir des gallons afin de les revendre ensuite au prix fort. Mais aussi parce que le pouvoir d’achat des Libanais s’est effondré sous l’effet de la dépréciation de la livre, de l’inflation à trois chiffres (+ 137,75 % en rythme annuel pour août) et des restrictions bancaires sur les dépôts en devises. Au prix actuel, soit 200 000 livres environ pour un bidon de 20 litres, faire un plein de 60 litres coûte donc 600 000 livres. Maroun Chammas souligne cependant que cette hausse reste insuffisante pour écarter totalement l’attrait des trafiquants pour le carburant libanais. Selon Maroun Chammas, les 20 litres d’essence coûtent près de 13 dollars au Liban, contre un prix compris entre 18 et 19 dollars en Syrie, une différence de prix qui pourrait alors pousser les contrebandiers à alimenter le marché noir syrien. Des craintes partagées par Georges Brax, qui rappelle que tant que la Syrie sera soumise à des sanctions internationales, avec donc des difficultés à importer, une partie du carburant libanais finira chez elle.

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L’autre facteur qui explique la baisse de la pression aux stations-service est lié au fait que le marché a été récemment alimenté avec « plus de 90 millions de litres d’essence » à la suite des dernières validations de commandes par la BDL. Cela a logiquement permis à un plus grand nombre de stations d’ouvrir leurs portes, comme l’ont confirmé Georges Brax ainsi que deux autres sources au sein des filières de distribution. L’une d’entre elles relève cependant que certaines régions sont moins desservies pour des « raisons de sécurité », citant notamment le Akkar ou encore la banlieue sud de Beyrouth.

Enfin, ni Maroun Chammas lors de son entretien ni Georges Brax n’ont été en mesure de se prononcer sur l’avenir du mécanisme de subvention, indiquant qu’ils naviguent désormais à vue, bien que le précédent gouvernement de Hassane Diab ait indiqué à deux reprises cet été que les subventions seront totalement levées fin septembre, soit dans quelques jours. Dans ce registre, ils ont tous les deux indiqué que la question était liée à une décision conjointe du ministère de l’Énergie et de l’Eau et de la Banque du Liban.

Maroun Chammas pense quant à lui savoir que le retard dans l’annonce de cette décision est directement lié à celui de la mise en place de la carte d’approvisionnement. Lancé officiellement mi-septembre, quelques jours avant la formation du nouveau gouvernement de Nagib Mikati, ce mécanisme doit en principe permettre à 500 000 familles nécessiteuses de bénéficier d’une aide mensuelle maximale de 126 dollars « frais » (sur lesquels ne s’applique aucune restriction bancaire), ou leur équivalent en livres au taux du marché parallèle. La semaine passée, le ministre des Affaires sociales Hector Hajjar avait précisé que plusieurs ministres sont en train de « finaliser le mécanisme et les critères d’application ». Ils devraient signer le projet d’ici à « quelques jours », selon les déclarations hier du ministre de l’Économie et du Commerce, Amine Salam, après une réunion avec le Premier ministre Nagib Mikati.

Mécanisme encore flou

Alors que l’avenir des subventions n’est toujours pas tranché, le stock d’essence déjà disponible peut tenir « pendant une quinzaine de jours », selon le porte-parole des stations-service. Un des distributeurs anonymes contactés a, lui, indiqué qu’il pourra livrer son réseau « jusqu’à lundi prochain », sauf si la BDL valide de nouveaux dossiers (et solde les règlements liés aux précédents) d’ici là.

La BDL va-t-elle continuer à fournir des dollars aux importateurs même au taux du marché via le mécanisme actuellement en place, ou est-ce que les autorités vont totalement libéraliser le marché, ce qui obligerait la filière à se tourner elle-même vers le marché parallèle pour assurer les devises ? Voilà la question la plus centrale de ce dossier, à laquelle aucun interlocuteur n’a pu répondre.

Selon une source proche du dossier, la BDL se dirigerait plutôt vers la première option, ce qui lui permettrait par conséquent de contrôler la monnaie fiduciaire (billets et pièces) en circulation, en absorbant une partie des livres disponibles sur le marché, afin de stabiliser le taux de change.

En parallèle, des négociations entre le syndicat des stations-service et le ministère de l’Énergie sont toujours en cours, a indiqué Georges Brax, en précisant que le premier souhaite augmenter les commissions prélevées à la vente des 20 litres de carburant. Celles-ci sont en effet aujourd’hui équivalentes à 6 000 livres sur le total du bidon de 20 litres, un montant que les propriétaires de stations-service souhaiteraient voir augmenter à 20 000 livres, afin d’assurer l’entretien de leur équipement, au motif que « la commission était de 1,63 dollar avant la crise débutée en 2019 ».

Pour rappel, les subventions sur le mazout ont été quasiment totalement levées dans la mesure où ce carburant utilisé par les générateurs privés se vend maintenant principalement en dollars, ce qui devrait augmenter le prix des abonnements. Pour le gaz, la situation est proche de celle de l’essence (les prix sont calculés en fonction d’un dollar à 14 000 livres), mais les filières de distribution tentent de négocier une hausse des frais de transport avec le ministère de l’Énergie.


Pour la première fois depuis plusieurs semaines, les files d’attente devant les stations d’essence hier et durant le week-end se comptaient en mètres et non plus en kilomètres, une semaine après que les subventions sur le carburant – essence, mazout et gaz domestique – ont été presque totalement levées. Une accalmie, qui avait eu lieu la dernière fois fin juin et qui pourrait se...

commentaires (1)

DU FLOU, DU FLOU, DU FLOU ENCORE DU FLOU. yaani prendre pour vraies les declarations de ces mssrs aux titres pompeux - rapport aux divers produits energetiques , c'est comme croire en les declarations de nasrallah, jobran et les autres 4 ou 5 chefs de bande.

Gaby SIOUFI

09 h 42, le 28 septembre 2021

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Commentaires (1)

  • DU FLOU, DU FLOU, DU FLOU ENCORE DU FLOU. yaani prendre pour vraies les declarations de ces mssrs aux titres pompeux - rapport aux divers produits energetiques , c'est comme croire en les declarations de nasrallah, jobran et les autres 4 ou 5 chefs de bande.

    Gaby SIOUFI

    09 h 42, le 28 septembre 2021

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