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Nos Lecteurs ont la Parole

Authentique et millénaire

D’abord,

j’ai parcouru tes espaces vides ou trop engorgés,

j’ai dépensé le peu d’énergie fossile ou autre à sillonner ton asphalte poreux, tes ruelles chargées du romantisme tourmenté d’un pays étranglé par sa perte vertigineuse d’identité,

j’ai vu le spectacle affligeant et senti l’odeur enivrante des poubelles jonchant les trottoirs désœuvrés de ta géographie décrépite,

j’ai aperçu hagard, avec ce regard faussement indifférent, des hordes de connaissances, d’amis, de camarades se faire la malle pour fuir ton beau soleil si cruel lorsque les temps sont durs,

j’ai entendu des femmes pleurer dans un silence assourdissant, d’autres crier leur désespoir,

j’ai vu des mains tendues qui implorent, d’autres qui s’étirent à n’en plus finir pour leur venir en aide,

j’ai senti impuissant le souffle chimique d’une brise surréelle qui siffle toujours par moments, réclamant justice,

j’ai marché sur tes débris de verres cristallisés par les réminiscences douloureuses des guerres sempiternelles,

j’ai entendu tes rires nerveux et le cauchemar du ricanement des hyènes affamées encore et toujours,

j’ai subi la bêtise de ces foules qui sacralisent les rapaces, qui idolâtrent le bourreau et s’extasient érotiquement face aux discours haineux,

j’ai frémi au rythme de la musique imbécile de tes détonations qui accompagnent les victoires de mauvais augure ou les défaites métamorphosées en victoires kafkaïennes,

j’ai vu ta mer défigurée par ce béton nauséabond et gris, tes plages rongées par la folie entrepreneuriale de quelques Christophe Colomb de petite envergure,

j’ai contemplé ta montagne éclatée en porte-à-faux, ternie par les coups de pelles gigantesques,

j’ai contemplé ta capitale lumineuse, elle devint grise puis sombra dans le noir.

Et puis,

j’ai rencontré des sourires naïfs et malicieux,

j’ai ressenti l’humour et l’autodérision,

j’ai écouté des érudits parler science,

j’ai entendu des jeunes parler art,

j’ai aperçu au coin d’une rue des femmes offrant de la nourriture,

j’ai contemplé incrédule ces dessins sur les murs abandonnés,

j’ai vu un enfant sauvé des détritus,

j’ai admiré des infirmières insufflant la vie avec les mains de Dieu.

Enfin,

j’ai admiré le regard vert de ma femme, les yeux multicolores de mes enfants, mes pupilles sombres. Cette diversité incongrue m’a réconforté, j’y ai trouvé de l’amour et un espace de paix et de quiétude… ou peut-être la culture authentique et millénaire.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


D’abord,j’ai parcouru tes espaces vides ou trop engorgés, j’ai dépensé le peu d’énergie fossile ou autre à sillonner ton asphalte poreux, tes ruelles chargées du romantisme tourmenté d’un pays étranglé par sa perte vertigineuse d’identité, j’ai vu le spectacle affligeant et senti l’odeur enivrante des poubelles jonchant les trottoirs désœuvrés de ta géographie...

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