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Économie - Crise des carburants au Liban

Le chaos devant les stations se poursuit, malgré la douloureuse hausse des prix

Diab promet des "mesures fermes" à l'encontre des contrebandiers et ceux qui stockent du carburant.

Le chaos devant les stations se poursuit, malgré la douloureuse hausse des prix

Des dizaines de voitures agglutinées devant une station service à Zalka, au nord de Beyrouth, le 20 août 2021. Photo REUTERS/Mohamed Azakir

Malgré une hausse des prix de près de 70% ce matin, suite à une levée partielle des subventions sur les carburants, les files d'attente devant les stations-service au Liban restaient aussi longues que les semaines précédentes, alors que de nouvelles scènes chaotiques étaient signalées un peu partout dans un pays qui poursuit sa descente aux enfers.

Tôt ce matin, le nouveau barème des carburants a été publié par les autorités. Selon les nouveaux tarifs, le prix du bidon d'essence à 95 octane est passé de 77.500 LL à 128.200 LL, et celui à 98 octane (quasi introuvable au Liban) coûte désormais 132.400 LL. Le mazout, lui, se vend à 98.800 LL, son prix ayant augmenté de 40.300 LL. La bonbonne de gaz qui se vendait à 58.800 LL se vend à 90.600 LL.

Samedi après-midi, les responsables réunis à Baabda avaient décidé une levée partielle des subventions sur les carburants et annoncé que les prix seraient désormais calculés selon un taux de 8.000 livres pour un dollar jusqu’à fin septembre, contre 3.900 livres depuis fin juin. Les pertes (différence entre le taux auquel les importateurs obtenaient les devises et le taux de Sayrafa, de 12 000 livres selon une source à la Banque du Liban) ne seront plus supportées par la Banque du Liban (BDL) mais par l’État, et remboursées sur le budget de 2022. La BDL qui subventionne l'importation de ces produits avait décidé unilatéralement de mettre un terme à ce mécanisme, faute de fonds suffisants et en raison d'une contrebande vers la Syrie qui aggrave la crise économique et financière que traverse le pays. Mais les autorités politiques ont demandé à la banque centrale de garder une partie des subventions jusqu'à fin septembre.

Chaos devant les stations

La levée partielle des subventions décidées samedi n’a finalement pas suffi à débloquer un tant soit peu la situation. Les banques étant fermées durant le week-end, les sociétés importatrices de pétrole n’ont pas livré de carburant aux pompes à essence hier. C'est donc ce matin que les premières livraisons ont eu lieu, alors que de nombreux automobilistes étaient à sec depuis plusieurs jours, ce qui s'est traduit par une nouvelle ruée vers les stations mardi.

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A Saïda, au Liban-sud, trois disputes on été signalées devant des pompes à essence, dont l'une a dégénéré en tirs qui n'ont heureusement pas fait de victimes, comme le rapporte notre correspondant dans la région, Mountasser Abdallah. Dans le Nord, des scènes de colère ont été signalées, selon notre correspondant Michel Hallak. Dans la localité de Koueikhate, des automobilistes en colère ont bloqué la route à l'aide de pneus enflammés lorsqu'une station service a refusé d'ouvrir ses portes. A Tripoli, la place el-Nour a également été fermée à la circulation, rapporte notre correspondant sur place, Sohayb Jawhar. Des protestataires ont coupé la circulation sur l'autoroute au niveau de Batroun (Liban-Nord) en fin d'après-midi, rapporte l'Ani.

Les forces armées, qui poursuivent leurs perquisitions depuis plusieurs jours, ont pour leur part saisi à Zahlé 38 réservoirs d'une capacité de 50.000 litres chacun, soit 1.900.000 litres de carburant, rapporte notre correspondante dans la Békaa, Sarah Abdallah. 

Mises en garde de Diab

Pour tenter de juguler la crise, le Premier ministre sortant Hassane Diab a promis mardi de prendre des "mesures fermes" contre toute personne qui stocke illégalement du carburant ainsi que ceux qui sont responsables d'activités de contrebande vers la Syrie. "Nous sommes confrontés à une situation dans laquelle le stockage et la contrebande sont devenus généralisés", a déploré M. Diab, au cours d'une réunion au Grand Sérail consacrée à la crise du carburant. "Il faut un plan intégré pour contrôler le marché, surveiller les quantités et poursuivre les accapareurs", a-t-il affirmé.

Au terme de la réunion, il a été décidé de "mettre sur pied une chambre d'opérations conjointe formé des ministères et des services de sécurité concernés et de prendre des mesures strictes en coopération avec la justice contre toute personne qui participerait au stockage, à l'accaparement et à la contrebande de carburants ainsi qu'à la manipulation des prix". "Ceux qui trafiquent les prix à la pompe ou la qualité du carburant distribué encourent de lourdes sanctions", a fait savoir le Sérail dans un communiqué. "Un mécanisme de suivi des hydrocarbures depuis leur arrivée au Liban jusqu'à leur livraison aux Libanais" est également prévu. Les responsables ont également insisté sur la nécessité d'"assurer du mazout aux secteurs vitaux, notamment les hôpitaux, les boulangeries et les centraux de télécoms". Enfin, ils ont appelé à une coordination entre le ministère de l'Énergie, les municipalités et les forces de sécurité pour distribuer le carburant aux propriétaires de générateurs privés qui assurent la grande majorité de la production électrique dans le pays, en l'absence de courant public suffisant.

Fin septembre, les subventions restantes devraient totalement prendre fin. C'est à peu près à cette période que plusieurs responsables ont estimé que la carte d'approvisionnement, un système d'aide directe aux plus pauvres, sera mise en place. Cette carte est censée amortir pour les plus démunis le choc de l'hyperinflation que connaît le pays. Les prix des carburants ont pratiquement triplé en deux mois depuis que la Banque centrale a commencé en juin à rationner ses subventions.


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