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Économie - Subventions

Carburant : les prix augmentent, les pénuries s’accumulent

Carburant : les prix augmentent, les pénuries s’accumulent

Tous les acteurs ne connaissent pas les mêmes difficultés d’approvisionnement, à l’image des stations-service Coral et du distributeur Liquigas (deux compagnies qui appartiennent au même groupe), selon plusieurs témoignages concordants. Photo P.H.B.

La pression aux abords des stations-service a repris crescendo cette semaine, avec un pic hier lors du premier jour de réouverture au terme des congés officiels décrétés à l’occasion de la fête de l’Adha, de mardi à jeudi. Une tendance qui a relégué l’accalmie de la semaine précédente au rang de lointain souvenir, alors que de nombreuses voix ont également fait état de pénurie de mazout ces derniers jours, en plein contexte de crise aiguë au Liban qui dure depuis près de deux ans.

Mercredi étant férié, c’est donc également hier que le ministère de l’Énergie et de l’Eau a ajusté les prix des carburants, dont les importations sont subventionnées de facto par des mécanismes mis en place par la Banque du Liban (BDL) depuis octobre 2019, afin de limiter l’inflation de leurs prix en livres. Les tarifs sont fixés en fonction des cours du brut et de certains coûts fixes en dollars. Les évolutions du taux de change ont peu d’impact dans la mesure où les modalités actuelles du mécanisme de subvention permettent aux importateurs d’échanger leurs livres à 3 900 livres avec la BDL pour obtenir 100 % des dollars demandés par leurs fournisseurs.

Contrebande

Les 20 litres d’essence à 95 octane sont ainsi facturés aux consommateurs à 75 900 livres (+2 600 livres par rapport à la dernière tarification), contre 78 100 livres pour le 98 octane (+2 700 livres) qui n’est presque plus commercialisé depuis des mois. Les 20 litres de mazout, consommés par les générateurs privés qui fournissent du courant pendant les heures de coupure d’Électricité du Liban, se vendent désormais à 58 200 livres (+1 700 livres). La bonbonne standard de gaz se négocie désormais à 53 700 livres (+2 200 livres).

Les prix constituent la pierre angulaire de la crise du carburant dans le pays. Le fait que les hydrocarbures soient subventionnés par la BDL fait que toutes les transactions devant régler les chargements passent par elle. Or les différents acteurs des filières de distribution du carburant reprochent régulièrement à la banque centrale, qui puise les dollars demandés dans ses réserves chancelantes de devises, de faire traîner les procédures.

Selon nos informations, ces retards se sont répercutés sur le calendrier d’approvisionnement d’au moins deux fournisseurs qui pourront décharger au mieux ce week-end leurs navires-citernes stationnés depuis plusieurs jours dans les eaux libanaises. Contactée, une source à la BDL a rejeté pour sa part tout retard injustifié et a fait porter la responsabilité aux distributeurs qui stockent le carburant pour le revendre plus cher ou à la contrebande vers la Syrie, où l’essence se revend encore plus cher qu’au Liban.

Fait surprenant, tous les acteurs ne connaissent pas les mêmes difficultés d’approvisionnement, à l’image des stations-service Coral et du distributeur Liquigas (deux compagnies qui appartiennent au même groupe), selon plusieurs témoignages concordants. Aucune explication claire détaillant cette différence apparente de traitement n’a pour l’instant été fournie. Un distributeur s’exprimant sous anonymat indique pour sa part que « la pénurie est organisée par les importateurs, les stations-service et les propriétaires de générateurs qui poussent tous pour que l’État les laisse indexer le carburant ou le courant produit aux prix du marché en dollars ». Selon lui, « ce sont les mêmes qui stockent le carburant en attendant de pouvoir le vendre plus cher, ici ou en Syrie », assure-t-il, une hypothèse plausible mais tout aussi difficile à vérifier.

Les propriétaires de générateurs ont d’ailleurs apporté leur contribution à cette situation déjà compliquée en appelant à doubler les tarifs actuels (1 326 livres libanaises au kilowattheure comme tarif de base actuellement), une demande formulée il y a dix jours par le président de leur rassemblement, Abdo Saadé. Nombre de ces exploitants, illégaux mais tolérés, ont d’ailleurs commencé à augmenter le rationnement qui, combiné à la hausse simultanée des heures de coupure d’EDL (dont le fonctionnement est également pénalisé par la crise et les délais de paiement de la BDL), oblige de nombreux Libanais à passer plusieurs heures de la journée sans électricité. Enfin, Abdo Saadé a annoncé à nos confrères de L’Orient Today que les exploitants de Beyrouth avaient commencé à éteindre leurs générateurs, faute de pouvoir trouver du carburant au prix fixé par l’État, ceux du marché noir étant généralement au moins deux fois plus élevés.

Cette pénurie d’électricité qui s’ajoute à celle du carburant a enfin été pointée du doigt par le syndicat des restaurateurs ou encore les hôteliers, qui s’insurgent contre l’inertie des autorités alors que certains d’entre eux parviennent, bon gré mal gré, à assurer un certain niveau d’activité depuis le début de l’été. Le syndicat des propriétaires de supermarchés a également évoqué dans un communiqué les répercussions de ces coupures sur la sécurité sanitaire des aliments qui doivent être conservés au froid.

Par ailleurs, le ministre de l’Énergie et de l’Eau Raymond Ghajar et le directeur général de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, doivent en principe rencontrer ce week-end les autorités irakiennes à Bagdad pour sceller un accord devant permettre au Liban d’obtenir 1 million de tonnes de carburant raffiné, destiné aux centrales libanaises. Cet accord avait été annoncé depuis de longs mois mais ces contours ne semblent avoir été réellement précisés qu’en juin.



La pression aux abords des stations-service a repris crescendo cette semaine, avec un pic hier lors du premier jour de réouverture au terme des congés officiels décrétés à l’occasion de la fête de l’Adha, de mardi à jeudi. Une tendance qui a relégué l’accalmie de la semaine précédente au rang de lointain souvenir, alors que de nombreuses voix ont également fait état de...

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