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Société - Crise

Deux hôpitaux publics en grève aujourd’hui, nouveau signe de l’effondrement du secteur de la santé

Le personnel des établissements gouvernementaux de Sibline et d’al-Chahar el-Gharbi dénonce un manque de moyens qui affecte la capacité à assurer la mission de soins.

Deux hôpitaux publics en grève aujourd’hui, nouveau signe de l’effondrement du secteur de la santé

L’entrée des urgences de l’hôpital gouvernemental de Sibline. Credit photo João Sousa

Face à la dégradation violente de leurs conditions de travail et de la situation financière des hôpitaux publics, les établissements gouvernementaux de Sibline (Iqlim el-Kharroub) et d’al-Chahar el-Gharbi (caza de Aley) ont annoncé cette semaine leur décision de lancer ce matin une grève ouverte. Il s’agit là du dernier épisode en date de la crise qui ravage le secteur de la santé au Liban.

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Depuis des mois, les responsables du secteur ne cessent de tirer la sonnette d’alarme : étant donné les conséquences de la crise dans laquelle s’enfonce le Liban depuis près de deux ans – une crise marquée notamment par une dépréciation violente de la monnaie nationale –, les hôpitaux sont confrontés à des difficultés financières dantesques qui affectent leur capacité à assurer leur mission. Une capacité également amputée en raison du fait que la crise pousse au départ de plus en plus de membres du personnel soignant, notamment au sein du corps infirmier.

C’est dans ce contexte que le syndicat des employés des hôpitaux gouvernementaux avait demandé la semaine dernière à l’État qu’il assure le paiement des retards de salaire ainsi qu’une augmentation des indemnités de subsistance, soulignant que les agents de santé publique étaient « financièrement, économiquement et psychologiquement épuisés ». Cet appel n’ayant eu aucun effet, les hôpitaux de Sibline et d’al-Chahar el-Gharbi ont opté pour un durcissement du bras de fer avec l’État.

À partir d’aujourd’hui, les deux établissements n’accepteront plus de nouveaux patients. Celui de Sibline assurera uniquement les séances de dialyse et les secondes doses du vaccin contre le coronavirus, dans un contexte par ailleurs marqué par une hausse des cas de contamination. Seuls les patients dont la vie est en jeu seront admis aux urgences. Quant à l’hôpital d’al-Chahar el-Gharbi, il accueillera également les patients sous dialyse, ainsi que ceux souffrant de problèmes cardiaques, les accidentés graves de la route ou encore ceux requérant une opération d’urgence, selon une information de la LBCI.

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« La décision de faire grève a été prise par le personnel de l’hôpital. Et je la soutiens. Les employés de cet hôpital demandent leurs droits alors que la situation économique s’est dégradée et que l’inflation explose », commente le directeur de l’hôpital de Sibline, Rabih Seifeddine. « Les hôpitaux sont soumis à de lourdes pressions financières, toutes les dépenses sont à la hausse, que ce soit au niveau du matériel, de la nourriture, des produits d’entretien… » explique Firas Abiad, directeur de l’hôpital gouvernemental Rafic Hariri de Beyrouth. Avec la chute de la valeur de la monnaie nationale, « les salaire des employés ont perdu 90 % de leur valeur. Le personnel des hôpitaux publics veut donc que les salaires soient augmentés, mais les hôpitaux publics n’ont pas d’argent », poursuit-il. Le dollar frôlait, ces derniers jours, les 20 000 livres libanaises sur le marché noir, contre 1 507,5 LL/USD au taux officiel, alors que les employés des hôpitaux publics sont rémunérés en livres libanaises. Les employés de l’hôpital de Sibline sont revenus, dans une déclaration signée et publiée sur leurs réseaux sociaux en début de semaine, sur les conséquences dramatiques de la crise sur les finances de leur hôpital, affectant sa capacité à poursuivre son travail. Une grosse partie du budget de l’établissement a été absorbée par la lutte contre le coronavirus et l’achat du matériel médical dont le coût, quand il est importé, et donc payé en dollars, explose. Dans le communiqué, est cité l’exemple d’un scanner dont la réparation requiert 600 millions de livres.

Des salaires qui ne valent plus rien

L’hôpital de Sibline ne serait, en outre, plus en mesure de payer les salaires de ses employés dans dix jours. « Dans notre déclaration, nous avons demandé au ministère de la Santé de nous soutenir en déboursant 3 milliards de LL, et en assurant une augmentation pour notre personnel et nos employés qui, désormais, ne gagnent pas plus de 40 $ (au taux du marché noir). Nous attendons demain (aujourd’hui) pour voir si le ministère nous répondra », avait déclaré Ali al-Barrage, le médecin de contrôle de l’hôpital de Sibline, à notre publication sœur L’Orient Today. L’Orient-Le Jour n’a pu obtenir de commentaire de la part du ministère de la Santé.Les membres du personnel de l’hôpital demandent également à être exemptés des files d’attente aux stations-service, dans un contexte marqué ces derniers jours par de terribles pénuries d’essence. Le coût de cette essence ne cessant d’augmenter (le prix des 20 litres à 95 octanes est désormais tarifé à 73 300 LL, NDLR), les employés de l’hôpital de Sibline, s’alignant avec la Confédération générale des travailleurs libanais, demandent également une prime de 24 000 livres libanaises par jour pour le transport. L’accélération du projet de loi pour inclure les employés des hôpitaux publics dans le cadre de l’administration officielle fait aussi partie de la liste des revendications.

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« Tous les hôpitaux publics du pays sont confrontés aux mêmes difficultés que l’hôpital de Sibline. Ce ne serait pas surprenant que d’autres optent pour le même type d’escalade », commente le Dr Firas Abiad.La crise a projeté plus de la moitié de la population libanaise sous le seuil de pauvreté, « de plus en plus de patients en situation de vulnérabilité économique se rendent dans les établissement publics, ce qui a ajouté un fardeau sur ces hôpitaux déjà en situation précaire », a commenté le Dr Firas Abiad dans une série de tweets. Aujourd’hui, avec la dégradation des conditions dans les établissements publics, c’est l’accès aux soins, pour cette population, qui est « compromis », au moment où les établissements privés, également touchés par la crise, augmentent leurs tarifs. Si le mouvement de grève des hôpitaux public se poursuit et s’étend, le Dr Abiad s’attend à ce que nombre de patients soient redirigés vers les établissements publics toujours ouverts, à commencer par le sien. « Davantage de patients seront redirigés vers nous, une tendance déjà constatée aux urgences. Or, les ressources ne sont pas illimitées. Si la crise n’est pas résolue rapidement, les services d’autres hôpitaux, y compris le RHUH, seront affectés », avertit-il.


Face à la dégradation violente de leurs conditions de travail et de la situation financière des hôpitaux publics, les établissements gouvernementaux de Sibline (Iqlim el-Kharroub) et d’al-Chahar el-Gharbi (caza de Aley) ont annoncé cette semaine leur décision de lancer ce matin une grève ouverte. Il s’agit là du dernier épisode en date de la crise qui ravage le secteur de la santé...

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