Rechercher
Rechercher

Monde - Éclairage

En Allemagne, le long bras d’Erdogan

Des journalistes turcs en exil ont fait part de leur inquiétude après l’agression mercredi soir à Berlin d’un membre de la profession connu pour son opposition au reis.

En Allemagne, le long bras d’Erdogan

Le président de la Turquie Recep Tayyip Erdogan. Photo d’archives AFP

L’Allemagne lui a permis d’échapper à la répression du régime de Recep Tayyip Erdogan, qui avait émis plusieurs mandats d’arrêt à son encontre pour révélation de secrets d’État. Quatre ans après son exil, comment s’imaginer être victime de ce même régime situé à l’autre bout du continent ? Erk Acarer, journaliste d’investigation turc écrivant notamment pour le quotidien de gauche basé à Istanbul BirGün, a été frappé à la tête et menacé de coups de couteaux mercredi soir dans la cour de son immeuble à Berlin. Deux hommes auraient maltraité le journaliste, tandis qu’un troisième faisait le guet. Alors qu’il l’assénait de coups, l’un des hommes a crié à l’intention du correspondant de presse : « Vous n’écrirez plus ! » a rapporté Erk Acarer dans une vidéo publiée jeudi sur son compte twitter. Le quadragénaire avait également indiqué un peu plus tôt qu’il se rendait à l’hôpital, mais que sa vie n’était pas en danger. « C’est grâce au quartier que j’ai évité le pire. Il y a eu beaucoup de cris, et les nombreux témoins ont paniqué les assaillants », a-t-il déclaré jeudi à la chaîne de télévision allemande Rundfunk Berlin-Brandenburg (RBB).Selon lui, il ne fait aucun doute : le gouvernement turc est responsable de son agression. « Cette attaque confirme tout ce que nous avons dit et écrit sur ce régime islamiste fasciste », a affirmé le journaliste sur Twitter. Couvrant les accusations de corruption et de trafic de drogue pesant sur le parti de l’AKP au pouvoir, Erk Acarer avait dernièrement critiqué le système judiciaire turc pour son inefficacité à enquêter sur les allégations du chef mafieux Sedat Peker. Ce dernier avait révélé des liens entre le gouvernement et la mafia et a été accusé d’avoir payé un ancien député de l’AKP un salaire mensuel de 10 000 dollars. « La question qu’il faut se poser avec insistance est qui est le député qui a reçu les 10 000 dollars », avait tweeté M. Acarer mercredi après-midi.

Corruption et activités criminelles

Depuis le mois de mai, le chef mafieux en cavale aux Émirats arabes unis révèle sur les réseaux sociaux des informations extrêmement compromettantes pour le régime turc, dont plusieurs membres sont accusés de corruption et d’activités criminelles. Suivies par des millions d’internautes, ces publications continuent de choquer l’opinion publique. La dernière révélation en date n’est pas des moindres : Sedat Peker accuse en effet le ministre de l’Intérieur Süleyman Soylu d’avoir illégalement armé des groupes civils pendant et après la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016. « Sedat Peker accuse ouvertement Süleyman Soylu d’avoir fondé et dirigé une organisation illégale armée », a observé le journaliste turc Can Dündar. Si l’AKP n’a pas dévoilé le nom du politicien ayant reçu un salaire de 10 000 dollars de la part de Sedat Peker, Erk Acarer n’a en revanche pas hésité à indiquer qu’il s’agissait de l’ancien député de l’AKP Metin Kulunk, proche du gang de motards criminel turc-nationaliste et d’extrême droite en Allemagne, Osmanen Germania. Accusé par un homme politique allemand et ancien député européen de cibler directement « le PKK, les Turcs d’extrême gauche et le mouvement de Gülen », le gang a été interdit en Allemagne en 2018 après que plusieurs de ses membres ont notamment été jugés pour tentative de meurtre. Selon Erk Acarer, n’importe quel agent du gouvernement turc aurait pu se cacher derrière son agression. « C’était en tout cas une attaque organisée contre moi. Les malfaiteurs ne m’ont enlevé nulle part, ils se sont trouvés dans le jardin de l’immeuble dans lequel j’habite », a-t-il rappelé à RBB. « Il y a deux mois, le ministre de l’Intérieur Süleyman Soylu m’a insulté sur Twitter. Un autre membre de l’AKP a écrit qu’il fallait que je reçoive du poison pour chien », a ajouté le journaliste.

Lire aussi

Berlin dénonce une "remise en cause de l'Etat de droit" en Turquie

Loin d’être la seule attaque perpétrée contre des journalistes turcs, l’agression de M. Acarer a été dénoncée par de nombreux membres de la profession issus de la diaspora. « Qui est derrière l’attaque n’est toujours pas clair, mais le responsable est le régime d’Erdogan », a notamment dénoncé Deniz Yücel, journaliste turc arrêté en 2017 et détenu pendant un an, au cours d’une manifestation de soutien à Erk Acarer organisée à Berlin jeudi. « C’est un message direct du président Erdogan » destiné à montrer qu’Ankara « peut attaquer, même à Berlin, un journaliste qui critique le régime », a fustigé à son tour Can Dündar, ancien rédacteur en chef du journal d’opposition Cumhuriyet emprisonné par le passé en Turquie et résidant en Allemagne depuis 2016.

L’agression de M. Acarer est survenue par ailleurs alors que le tribunal d’Istanbul a rendu le même jour sa décision sur le sort de Murat Şahin, un homme qui avait ouvert le feu en 2016 sur Can Dündar et blessé un autre reporter au passage. Condamné à trois ans de prison, l’homme a toutefois vu sa peine différée et ne passera pas de temps sous les barreaux à moins qu’il ne commette un autre crime dans les cinq ans, alors que le tribunal a pris en considération le bon comportement de l’accusé. « Certains juges ne sont-ils pas géniaux ? a tweeté avec ironie M. Dündar après l’annonce de la décision. La Turquie est devenue un endroit où tweeter contre le gouvernement est plus dangereux que de tirer sur un journaliste de l’opposition. »

Pour l’heure, les opposants turcs en exil exigent que les autorités allemandes durcissent le ton envers le régime de M. Erdogan tout en leur assurant davantage de protection. « On m’a dit que les forces de sécurité allemandes étaient capables et qu’elles nous protégeraient. Je suis assez déçu désormais, je dois l’admettre », a témoigné Erk Acarer à la télévision allemande, avant d’ajouter : « L’incident montre que nous avons enfin atteint le point où tout le monde doit prendre cette affaire au sérieux. Maintenant, le gouvernement fédéral doit intervenir et agir en conséquence. »


L’Allemagne lui a permis d’échapper à la répression du régime de Recep Tayyip Erdogan, qui avait émis plusieurs mandats d’arrêt à son encontre pour révélation de secrets d’État. Quatre ans après son exil, comment s’imaginer être victime de ce même régime situé à l’autre bout du continent ? Erk Acarer, journaliste d’investigation turc écrivant notamment pour le...

commentaires (1)

LA FIN DE L,APPRENTI MINI SULTAN OTTOMAN ERDO SERA CELLE DE TOUS LES DESPOTES.

L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

12 h 11, le 11 juillet 2021

Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • LA FIN DE L,APPRENTI MINI SULTAN OTTOMAN ERDO SERA CELLE DE TOUS LES DESPOTES.

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    12 h 11, le 11 juillet 2021

Retour en haut