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Moyen-Orient - Éclairage

Aide humanitaire en Syrie : l’enjeu d’un veto russe

Moscou pourrait rejeter le maintien du dernier accès humanitaire des Nations unies au Nord-Ouest syrien, alors que la résolution du Conseil de sécurité arrive à expiration le 10 juillet.

Aide humanitaire en Syrie : l’enjeu d’un veto russe

Des enfants syriens jouent, dans la ville d’Idleb, dans un camp de fortune pour les déplacés ayant fui les attaques des forces progouvernementales dans les provinces d’Idleb et d’Alep, le 18 février 2020. Bakr Alkasem/Archives/AFP

C’est un vote décisif pour les Syriens vivant dans le nord-ouest du pays, en zones rebelles. Moscou pourrait prochainement opposer son veto, au Conseil de sécurité de l’ONU, au maintien d’aide humanitaire par le poste frontalier de Bab al-Hawa, à la frontière turque, vers cette région échappant au contrôle du régime de Damas. Ce dispositif, qui permet de desservir la région rebelle d’Idleb, où vivent trois millions de personnes, arrive à expiration le 10 juillet et les Nations unies souhaitent le prolonger une année de plus. De quatre postes frontaliers en 2014, l’on est passé à un seul depuis l’an dernier, après la fermeture exigée par la Russie et la Chine d’un poste frontalier supplémentaire en Turquie et de deux autres en Jordanie et en Irak. En effet, l’ONU ne compte désormais que le point d’entrée de Bab al-Hawa pour acheminer de l’aide aux Syriens sans l’aval des autorités de Damas. « Si l’accès transfrontalier n’est pas renouvelé le 10 juillet courant, plus d’un million de personnes dans le Nord-Ouest perdront l’accès à l’aide vitale fournie par l’ONU, telle que la nourriture, l’eau et les médicaments ainsi que les vaccins anti Covid-19 et les vaccins pour les enfants », s’inquiète Diana Semaan, chercheuse sur la Syrie à Amnesty International, qui précise que l’aide transfrontalière ne concerne pas seulement les camions traversant la frontière mais implique également « la fourniture de services essentiels tels que l’éducation, la protection et la santé ».

Légitimité internationale

Si Moscou a agité la menace d’un veto au mécanisme onusien, c’est parce que ce dernier contourne les autorités de Damas. Or la Russie souhaite précisément que l’ONU reconnaisse le régime syrien et lui confère une légitimité internationale. « La Russie défend d’une part la position selon laquelle l’aide humanitaire doit être sous l’autorité du régime syrien et donc passer par Damas, observe Charles Thépaut, chercheur invité au Washington Institute for Near East Policy. Moscou sait d’autre part que les Occidentaux sont très mobilisés sur cette question. Ce sont les Occidentaux qui financent 90 % de l’aide humanitaire en zone sous le régime et en zone contrôlée par l’opposition. La Russie joue ainsi le rapport de force pour obtenir des concessions des Américains sur d’autres sujets, par exemple la question des sanctions économiques contre le régime. »

Depuis 2011, des sanctions internationales sont appliquées contre le régime syrien en réponse à la répression par Bachar el-Assad du soulèvement populaire. Ruiné par 10 ans de guerre, le pays fait toujours l’objet de ces sanctions, renforcées par la loi César. Entrée en vigueur à l’été 2020, cette loi américaine sanctionne toute personne, société ou institution commerçant avec le pouvoir en place à Damas ou contribuant à la reconstruction du pays. Aux yeux des Occidentaux, l’abolition de ces mesures punitives ainsi que la reconstruction économique du pays ne sont possible que si Bachar el-Assad quitte le pouvoir.

Pour mémoire

Syrie : pressions internationales sur la Russie qui reste inflexible

Les membres du Conseil de sécurité, « y compris la Russie, devraient se concentrer sur le sauvetage de vies et non sur les sacrifices à des fins politiques », a averti jeudi Gerry Simpson, directeur adjoint de Human Rights Watch (HRW) pour les crises et conflits. De son côté, l’ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia, avait affirmé la veille vouloir « renforcer la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie » qui serait violée par le mandat de l’ONU. Moscou justifie également son opposition à la résolution par le fait que le Nord-Ouest syrien est « un refuge pour les terroristes et jihadistes radicalisés », alors que près de la moitié de la région d’Idleb est sous le contrôle des jihadistes du groupe Hay’at Tahrir al-Cham, une ancienne branche syrienne d’el-Qaëda.

Toutes sortes de pressions

La Russie invite ainsi l’ONU à continuer d’assurer ses activités par des opérations dites de « cross-line », autrement dit des convois allant des zones tenues par le régime de Damas aux territoires lui échappant. Mais le résultat est loin d’être le même, alors que l’ONU et les organisations de défense des droits de l’homme ont prouvé que le gouvernement syrien fait systématiquement obstacle à cette aide. « Le veto russe forcerait les agences des Nations unies à négocier avec le régime chaque convoi qui va vers le nord-ouest de la Syrie. Or la pratique des dernières années montre que les autorités syriennes bloquent environ la moitié des convois et exercent toutes sortes de pressions sur les agences et les ONG », indique Charles Thépaut.

L’unique alternative au dispositif transfrontalier qui serait discuté au sein des Nations unies serait alors de faire appel aux ONG locales. Mais, là encore, les observateurs s’accordent à dire que ces dernières ne pourront pas compenser le volume des opérations menées par l’ONU. En outre, les ONG syriennes acheminant de l’aide en Syrie pourraient être contraintes de fermer leurs portes. « Elles dépendent entre 50 et 70 % des fonds de l’ONU pour fonctionner. Le non-renouvellement de la résolution signifie donc une perte massive de financement pour les ONG », insiste Diana Semaan.

Face à la catastrophe humanitaire qui pourrait découler du veto russe, de nombreux pays ont mis en garde Moscou, à l’instar de pays européens, de la Turquie et des États-Unis. Lundi, Washington a en effet prévenu que la Russie risquait d’entraver l’espoir de relations plus constructives entre les deux pays si elle utilisait son veto.

« Un veto russe ne ferait qu’approfondir l’isolement de la Syrie par rapport à la communauté internationale alors qu’Assad recherche une plus grande légitimité, nuance cependant Mona Yacoubian, chercheuse au United States Institute of Peace (USIP). Il mettrait également la responsabilité de l’aggravation des souffrances humanitaires à Idleb sur les épaules de Moscou et, par extension, du régime syrien. »


C’est un vote décisif pour les Syriens vivant dans le nord-ouest du pays, en zones rebelles. Moscou pourrait prochainement opposer son veto, au Conseil de sécurité de l’ONU, au maintien d’aide humanitaire par le poste frontalier de Bab al-Hawa, à la frontière turque, vers cette région échappant au contrôle du régime de Damas. Ce dispositif, qui permet de desservir la région...

commentaires (1)

encore heureux que les aides au Liban sont recues directement par les ONG et l'armee. Imaginez que la russie et la chine imposent a l'ONU - imaginez qu'ils fassent pareil et que les aides au Liban parviennent Obligatoirement aux escrocs locaux.

Gaby SIOUFI

10 h 54, le 03 juillet 2021

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Commentaires (1)

  • encore heureux que les aides au Liban sont recues directement par les ONG et l'armee. Imaginez que la russie et la chine imposent a l'ONU - imaginez qu'ils fassent pareil et que les aides au Liban parviennent Obligatoirement aux escrocs locaux.

    Gaby SIOUFI

    10 h 54, le 03 juillet 2021

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