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Société - Libertés

« Ma convocation, une tentative du système de saper les espaces démocratiques »

Auditionné pour « jet de pierres contre des militaires » lors d’une manifestation, Karim Safieddine, responsable au sein du réseau Mada, a finalement été relâché sous caution.
« Ma convocation, une tentative du système de saper les espaces démocratiques »

Une vue du sit-in organisé pour soutenir Karim Safieddine. Photo ANI

Les faits dont était suspecté Karim Safieddine remontent au 29 décembre dernier. Ce jour-là, une manifestation est organisée devant l’Université américaine de Beyrouth (AUB) pour contester la hausse des frais universitaires via une indexation du dollar à 3 900 livres. Accusé d’avoir jeté des pierres en direction de militaires, Karim Safieddine, activiste et ancien étudiant de cette université, a été entendu hier à la caserne de l’émir Bachir (secteur de l’Unesco), siège de la police militaire de Beyrouth, sur convocation du parquet militaire. Interrogé pendant près de trois heures, il a finalement été relâché sous caution. Durant l’audience, l’association Mada, qui défend la laïcité et la démocratie à travers un réseau tissé dans divers ordres professionnels et universités, a organisé un sit-in devant la caserne, en signe de soutien au jeune militant qui préside la commission politique. « Ma convocation représente une tentative du système politique de saper les espaces démocratiques que les clubs séculaires ont mis sur pied dans les universités et les syndicats », souligne Karim Safieddine auprès de L’Orient-Le Jour. L’activiste s’interroge sur le timing des poursuites engagées à son encontre, alors que « six mois se sont déjà écoulés » depuis les actes qui lui sont reprochés. Et constate que « plusieurs responsables de Mada ont été contactés récemment par des agents de services sécuritaires ».

Pour mémoire

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Son avocate, Diala Shehadé, veut croire que la bureaucratie est à l’origine du décalage entre la manifestation et la convocation. « Les informations et rapports nécessitent parfois du temps pour être recueillis », relève-t-elle via L’OLJ, soulignant toutefois que son client, « très actif au sein de Mada, est un influenceur ». « Ce réseau a réalisé de nombreuses victoires face aux partis lors des dernières élections universitaires », rappelle-t-elle, martelant que « les convocations pour des fausses suspicions ne pourront pas torpiller le mouvement estudiantin mené par les clubs séculaires reliés à Mada ». « Loin d’affaiblir la détermination des manifestants, de telles convocations renforcent leur attachement à résister contre le système pour accomplir des changements au niveau politique, confessionnel et social », ajoute Me Shehadé.

Vingt et une autres personnes

Selon une source informée, tout comme Karim Safieddine, 21 autres personnes devraient être convoquées auprès de la police militaire de Beyrouth. On saura alors si elles ont en commun avec lui le fait d’être affiliées au réseau Mada. De même source, on affirme par ailleurs qu’une quarantaine de militaires auraient été blessés le 29 décembre, tandis que le nombre des blessés parmi les civils dépasse la centaine. Lors de l’interrogatoire, il a été demandé à Karim Safieddine s’il serait susceptible de s’engager à payer les frais médicaux prodigués à des militaires blessés, ce qu’il a refusé. « Mon client a rejeté les accusations lui imputant le jet de pierres », a affirmé Me Shehadé, soulignant qu’« il a interprété la violence manifestée par certains protestataires comme une réaction aux brutalités des agents des forces de l’ordre et des militaires ». L’avocate se demande d’ailleurs pourquoi le parquet militaire se contente de vouloir faire assumer aux civils la réparation des préjudices subis par les militaires, alors que sa compétence s’étend également aux dommages causés par des militaires à des civils.

Sur un tout autre plan, Me Shehadé reconnaît que les droits de son client ont été respectés. « Karim a été notifié selon les règles, et non par téléphone », affirme-t-elle, soulignant que la feuille de convocation mentionnait « le motif pour lequel il devait comparaître ». Fait nouveau, l’interrogatoire a été mené par deux jeunes enquêteuses fraîchement promues dans la police militaire. « L’élément féminin favorise une méthode à l’écart des violences verbales pratiquées parfois par les services sécuritaires », se réjouit l’avocate.


Les faits dont était suspecté Karim Safieddine remontent au 29 décembre dernier. Ce jour-là, une manifestation est organisée devant l’Université américaine de Beyrouth (AUB) pour contester la hausse des frais universitaires via une indexation du dollar à 3 900 livres. Accusé d’avoir jeté des pierres en direction de militaires, Karim Safieddine, activiste et ancien étudiant de...

commentaires (2)

les MP de l'armée libanaise agissent hors de leurs juridictions. Vue que Saffiedine est un civile ce n'est pas à cette entité de le convoquer, mais bien plus à la partie juridique civile! Ce qui prouve, à mon avis, que les autorités en place veulent détruire ce qui reste de la démocratie... Nous changerons bientôt le Nom du pays à "La République Islamique et Démocratique Libanaise"... Comme au temps des deux Allemagnes...

Marwan Takchi

16 h 26, le 22 juin 2021

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Commentaires (2)

  • les MP de l'armée libanaise agissent hors de leurs juridictions. Vue que Saffiedine est un civile ce n'est pas à cette entité de le convoquer, mais bien plus à la partie juridique civile! Ce qui prouve, à mon avis, que les autorités en place veulent détruire ce qui reste de la démocratie... Nous changerons bientôt le Nom du pays à "La République Islamique et Démocratique Libanaise"... Comme au temps des deux Allemagnes...

    Marwan Takchi

    16 h 26, le 22 juin 2021

  • Convoquer devant un tribunal militaire une personne accusée d'avoir lancé des pierres sur l'armée est une violation d'un principe de droit international selon lequel nul ne peut être à la fois juge et partie.

    Yves Prevost

    07 h 22, le 22 juin 2021

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