Yaïr Lapid, à gauche, et Naftali Bennett, lors de l’ouverture de la 19e Knesset le 5 février 2013, à Jérusalem. Photo AFP
Deux semaines de violence à Gaza, à travers la Cisjordanie et dans les villes arabes israéliennes, avaient provisoirement éclipsé le scrutin du 23 mars dernier. Mais depuis le cessez-le-feu du 21 mai, les discussions en vue de la formation d’un gouvernement sont revenues au premier plan des priorités nationales israéliennes. Le dernier cycle de violence entre Palestiniens et Israéliens avait d’abord semblé jouer à l’avantage du Premier ministre sortant, certains observateurs n’hésitant pas à déclarer avec ironie que le « Hamas vote Netanyahu ». Mais une semaine après l’arrêt des hostilités, l’évolution des tractations entre les différents partis indique, au contraire, que Benjamin Netanyahu n’a jamais été aussi près de la sortie.
Ce qui a changé ? Ses opposants semblent désormais prêts à tout pour éviter de nouvelles élections, qui seraient les cinquièmes en un peu plus de deux ans. Surtout, l’ancien ministre et chef du parti de droite Yamina Naftali Bennett, lui-même issu des rangs du Likoud, semble avoir changé son fusil d’épaule. Après deux mois de tergiversations, le milliardaire de droite annonçait dimanche lors d’une réunion partisane son intention de participer à un gouvernement de coalition aux côtés du centriste Yaïr Lapid, leader du parti Yesh Atid (« Il y a un futur »), arrivé en deuxième position après le Likoud lors du scrutin de mars.
Au cœur des tractations, un système de rotation attribuant le poste de Premier ministre à Naftali Bennett jusqu’en 2023, avant d’être relayé par Yaïr Lapid jusqu’aux prochaines élections de 2025. Afin de voir le jour, ce « gouvernement du changement » devra relever un certain nombre de défis avant la date limite fixée à aujourd’hui. Les négociations, toujours en cours entre les équipes de Yaïr Lapid (Yesh Atid), Naftali Bennett (Yamina), Gideon Saar (Nouvel Espoir) et Benny Gantz (Bleu-Blanc ou Kahol Lavan), se concentrent autour de la distribution des rôles au sein du nouvel exécutif, et notamment autour de quelques postes et dossiers-clés (comité des nominations judiciaires, comité financier de la Knesset, gestion des dossiers religieux...).
Une alliance contre nature
S’il devait voir le jour, un tel scénario marquerait la fin du règne de Benjamin Netanyahu, après 15 ans à la tête de l’exécutif israélien, laissant derrière lui une démocratie en lambeaux, à même d’introniser Premier ministre le leader d’un parti n’ayant obtenu que 7 sièges au Parlement, c’est-à-dire moins de 6 % des voix. Il marquerait aussi la concrétisation de ce que beaucoup redoutaient depuis plusieurs mois, à savoir l’émergence d’un gouvernement « d’union » composé de partis aux idéologies éclatées, parfois irréconciliables, n’ayant en commun que leur aversion pour le Premier ministre sortant. Car pour renverser Benjamin Netanyahu, M. Bennett, qui revendique une politique de colonisation assumée, devra s’allier avec des partenaires issus de la droite (Israel Beitenou, de l’ultranationaliste séculier Avigdor Lieberman), mais aussi du centre (Yesh Atid) et de la gauche (Meretz, Parti travailliste). Le plus grand défi portera incontestablement sur l’appui du parti arabe israélien, la Liste arabe unie (United Arab List, UAL), mené par l’islamiste Mansour Abbas, dont la coalition ne pourra pas se passer pour obtenir le nombre de voix suffisant.
Le compromis – politique – représente pour beaucoup d’électeurs une corruption idéologique difficilement acceptable, parfois perçue comme une provocation. À droite, certains députés de Yamina ont refusé une telle compromission, tout comme une frange de la base électorale qui a exprimé son refus lors de manifestations devant la maison d’Ayelet Shaked, numéro deux du parti de Naftali Bennett. Les contestations prennent parfois une forme violente, à l’image de ces menaces de mort dirigées contre les dirigeants des partis concernés qui ont dû revoir à la hausse les dispositifs de sécurité afin de se prémunir contre d’éventuelles attaques.
L’ensemble de ces éléments rendrait une éventuelle coalition, déjà critiquée par ses adversaires comme étant la « fraude du siècle », particulièrement fragile. Un gouvernement dont l’existence repose, entre autres, sur l’alliance contre nature d’un parti arabe avec Yamina, un parti ultranationaliste dont le leader déclarait en 2013 « avoir tué beaucoup d’Arabes », présente le risque évident de s’effondrer à n’importe quel moment. Yaïr Lapid lui-même, l’homme chargé par le président Reuven Rivlin de mener à bien ces négociations, prévenait lundi du risque de le voir « voler en éclats à tout moment ». Sans autre projet que l’« anti-Bibi » primaire, le nouveau gouvernement pourrait rapidement trébucher. Sans pouvoir cette fois se relever.
Plus important encore, en maintenant un statu quo du fait de ces grands écarts politiques et idéologiques, le nouvel exécutif pourrait pérenniser les dynamiques déjà en place. Quelle marge de manœuvre en effet pour un gouvernement « du changement » qui comporte en son sein des ministres soutenant ouvertement l’annexion des territoires occupés et d’autres s’y opposant ? Quelle marge de manœuvre également pour une union arc-en-ciel reconduisant des ministres de gouvernements précédents, ayant émis le souhait de poursuivre des réformes entamées durant l’ère Netanyahu, à l’instar d’Ayelet Shaked ?



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20 h 14, le 02 juin 2021