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Santé - Néphrologie

La tension artérielle chez l’enfant, une pathologie réversible

Au cours des trois décennies précédentes, la prévalence de la maladie est passée de 1 % à près de 4 % chez les moins de 18 ans. L’obésité et la sédentarité sont pointées du doigt.

La tension artérielle chez l’enfant, une pathologie réversible

Contrairement aux adultes, l’hypertension artérielle chez les enfants est, dans 90 % des cas, secondaire à une maladie sous-jacente. Photo d’illustration Bigstock

Les adultes ne sont pas les seuls à souffrir d’hypertension artérielle (HTA). De plus en plus, cette maladie silencieuse est diagnostiquée chez les enfants et les adolescents. En cause, principalement, le surpoids et l’obésité dont le taux augmente chez les petits du fait de la mauvaise alimentation et de la sédentarité.

« L’hypertension artérielle était une maladie peu fréquente chez les enfants, explique Pauline Abou Jaoudé, néphrologue-pédiatre. Elle touchait moins de 1 % d’entre eux. Depuis trois décennies toutefois, sa prévalence augmente. »

C’est ce qu’a montré d’ailleurs une analyse systématique et méta-analyse publiée en 2020 sur le site de la revue médicale JAMA Network qui a conclu que cette augmentation de la pression artérielle chez l’enfant est associée à un indice de masse corporelle (obtenu en divisant le poids de l’individu par sa taille en mètres carrés, NDLR) élevé, avec en moyenne 4 % des enfants de moins de 19 ans souffrant d’une HTA.

Au Liban, on ne dispose pas de données épidémiologiques sur la maladie chez les moins de 18 ans. « Nous avons toutefois constaté dans nos cabinets une hausse des chiffres tensionnels, à l’instar de ce qui se passe dans le monde où près de 5 % des enfants sont concernés par l’HTA », avance la Dr Abou Jaoudé, qui rassure : « Contrairement aux adultes, l’hypertension artérielle chez les enfants reste dans 90 % des cas secondaire à une maladie sous-jacente, le plus souvent rénale (malformations congénitales des reins et des voies urinaires, inflammation aiguë des reins, anomalies des vaisseaux, etc.), mais aussi, quoique moins fréquemment, cardiaque ou hormonale. »

Dans les 10 % des cas restants, « l’hypertension artérielle chez l’enfant, et en particulier chez l’adolescent, n’a pas de cause évidente et qualifiée comme primaire ou essentielle », poursuit la Dr Abou Jaoudé. Dans ces cas, la maladie est favorisée par des « facteurs génétiques familiaux, mais surtout par des facteurs environnementaux ».

Obésité et surpoids

En effet, plusieurs de ces facteurs sont incriminés dans l’accroissement de la maladie chez l’enfant. « La courbe définissant le surpoids et l’obésité chez les moins de 18 ans s’élève de manière exponentielle à l’échelle mondiale », déplore la Dr Abou Jaoudé. Or, le lien entre la surcharge pondérale et l’HTA n’est plus à démontrer. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en 2010, 42 millions d’enfants et d’adolescents dans le monde affichaient une surcharge pondérale ou une obésité. Un chiffre qui devrait dépasser les 70 millions en 2025.

À cela s’ajoutent la sédentarité, « les enfants jouant moins et passant plus de temps devant leurs écrans », ainsi qu’une mauvaise alimentation riche en sel, sucre et gras. « Les adolescents n’ont pas l’habitude de boire de l’eau, poursuit la spécialiste. Ils consomment plutôt les boissons gazeuses qui sont riches en sel et en sucre. »

Depuis quelques années, un nouveau facteur de risque est apparu : les consoles de jeux vidéo, avec ce que cela engendre comme stress. « Je rencontre souvent dans mon cabinet des enfants dont l’hypertension est causée par un changement du cycle hormonal puisqu’ils veillent jusque tard dans la nuit pour pouvoir jouer et dorment tard. Dans ces cas, il suffit que les enfants reprennent un cours de vie normal pour que l’hypertension artérielle disparaisse. Une étude menée dans ce cadre a d’ailleurs montré que les jeux de combat entraînent des tachycardies, favorisant ainsi l’hypertension. » La pandémie de Covid-19 a compliqué encore plus les choses puisque les enfants passent de plus longues heures devant l’écran. « Nous rencontrons beaucoup d’adolescents de 14 à 16 ans présentant une hypertension artérielle », déplore-t-elle.

Pathologie réversible

Contrairement à la maladie chez l’adulte, l’HTA chez l’enfant est réversible, surtout « si elle est liée à des facteurs environnementaux », assure-t-elle. « Elle l’est également dans certains cas de maladies rénales acquises, sur lesquelles nous pouvons intervenir, comme les inflammations rénales. Il suffit de traiter la cause pour que l’HTA disparaisse. Si, dans ce cas, nous avons été obligés d’administrer à l’enfant des hypotenseurs, il faudra poursuivre le traitement pendant une certaine durée. Celui-ci peut se prolonger si les enfants ont des lésions chroniques, comme un kyste des reins ou une malformation rénale. »

Pour la Dr Abou Jaoudé, il est important que la tension artérielle de l’enfant soit mesurée au moins une fois par l’an lors d’une visite médicale chez le pédiatre ou à l’école, d’autant que la maladie est asymptomatique, mais aussi dans des cas bien précis, un mal de tête ou un malaise, à titre d’exemple. Et de préciser que contrairement à l’adulte où les chiffres sont bien définis (selon les recommandations internationales, la tension artérielle normale d’un adulte doit être maintenue à 120/80 mm Hg), chez l’enfant ceux-ci dépendent du sexe, de l’âge et de la taille.

« Il est important aussi que les parents aident leurs enfants à changer de mode de vie en les encourageant à boire plus d’eau, et à manger moins de sel, de sucre et de matières grasses, à faire plus de sport et à passer moins d’heures devant leur console de jeux vidéo, insiste la néphrologue. Cela est d’autant plus important qu’une hypertension à l’adolescence peut être irréversible. »


Les adultes ne sont pas les seuls à souffrir d’hypertension artérielle (HTA). De plus en plus, cette maladie silencieuse est diagnostiquée chez les enfants et les adolescents. En cause, principalement, le surpoids et l’obésité dont le taux augmente chez les petits du fait de la mauvaise alimentation et de la sédentarité.« L’hypertension artérielle était une maladie peu...

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