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Monde - Éclairage

Le combat des réfugiés syriens au Danemark menacés d’expulsion

Des manifestations et des sit-in continuent d’être organisés dans plusieurs villes danoises pour protester contre la décision des autorités de suspendre certains permis de séjour provisoires.

Le combat des réfugiés syriens au Danemark menacés d’expulsion

Des dizaines de protestataires effectuent depuis 11 jours un sit-in devant le Parlement danois à Copenhague. Photo DR

« Mon petit-fils m’a demandé l’autre jour : tu es une criminelle toi ? À l’école, on me dit que les Syriens le sont tous. » Il ne reste plus que 27 jours à Emm Walid avant de devoir quitter de son propre chef le territoire danois. Mardi dernier, les autorités locales lui ont fait savoir que son permis de séjour ne sera pas renouvelé. Alors, même sous une pluie battante, cette ancienne infirmière de 65 ans observe un sit-in devant l’imposant bâtiment du Parlement à Copenhague. La décision de renvoyer des réfugiés syriens originaires de Damas et de sa banlieue provoque depuis plus d’un mois un flot de critiques, alors même que ce pays du nord de l’Europe a été le premier signataire de la convention des Nations unies sur les réfugiés de 1951. Plus de 35 000 Syriens ont été accueillis au Danemark depuis le début de la guerre, mais seules quelques centaines sont pour l’instant concernées par cette expulsion. Cette décision controversée ne date pas d’hier puisque le Danemark considère la capitale syrienne comme étant sûre depuis 2019 et a lancé depuis le réexamen de centaines de dossiers.

Pour Copenhague, « la situation actuelle à Damas n’est plus de nature à justifier un permis de séjour ou l’extension d’un permis de séjour ». « Mais de quelles situation et sécurité parle-t-on ? Le régime et ses milices sont toujours là. Ces personnes ont fui le joug d’Assad en espérant une vie meilleure, et après des années d’intégration au sein de la société danoise, on leur dit qu’ils doivent partir, c’est inimaginable », fustige l’avocat et activiste Mohammad Bertawi, qui a obtenu l’asile politique au Danemark. Cette décision se fonde sur les rapports du service danois de l’immigration, mais 11 des 12 experts cités dans l’un des documents publiés en 2019 ont pris leurs distances à l’égard des conclusions tirées par le gouvernement. « Le 12e est un général syrien qui dirige le département de l’immigration du pays, vous imaginez ? » dénonce Me Bertawi. S’il n’y a pas eu de conflit actif à Damas et sa banlieue depuis mai 2018, cela ne veut pas dire que ces réfugiés puissent y revenir librement. « J’ai eu beau expliquer que ma maison est à terre et que les autorités syriennes me cherchent, ils n’en ont que faire. Une pierre est plus douce que le juge danois qui m’a reçu! J’ai passé 9 heures à l’entretien à répondre aux mêmes questions, comme si j’étais dans une branche militaire palestinienne en Syrie ! À la fin je leur ai dit : Mais laissez-moi mourir auprès de mes enfants », raconte Emm Walid, très éprouvée. Cette sexagénaire a fui le camp de Yarmouk en décembre 2012 après de terribles bombardements, et a trouvé refuge au Danemark en 2013. Ses enfants sont palestiniens, et elle syrienne. Elle est donc la seule à devoir quitter le territoire. Plus rien ne l’attend là-bas.

Le camp ou la prison ?

Manal Matar, 30 ans, s’est résolue à quitter le pays nordique le mois dernier après que sa mère et elle se sont vu refuser un nouveau permis de séjour. « J’ai construit une nouvelle vie au Danemark, j’ai appris la langue, je travaillais. C’est extrêmement dur de devoir repartir de zéro après 8 ans », confie-t-elle au téléphone. La jeune femme a fui en 2018 la ville de Jobar, dans la Ghouta orientale, l’un des bastions de la rébellion retombé dans le giron loyaliste en 2018. Le Danemark n’ayant pas renoué ses liens avec le régime syrien, il ne peut donc pas renvoyer de force les réfugiés concernés par cette mesure. Deux options s’imposent alors à eux : soit ils quittent le territoire de manière volontaire, et un dédommagement leur permettant de redémarrer leur vie en Syrie d’un montant de 28 400 dollars leur est alors proposé, soit ils sont placés dans des camps dits de « retour », que les Syriens réfugiés comparent à une prison. « Il faut absolument que ce processus cesse. Nous avons peur que des Syriens installés depuis longtemps au Danemark finissent dans ces camps pendant des années. Ce n’est absolument pas une vie digne et nous craignons que des pressions soient faites pour qu’ils finissent par accepter de retourner en Syrie », déplore Lisa Blinkenberg, conseillère senior chez Amnesty Danemark. « Je suis venue pour qu’on me protège, ma famille a été massacrée par le régime, j’ai des proches qui ont été arrêtés à la frontière libanaise, on ne sait pas ce qu’ils sont devenus. J’ai dit durant l’entretien “Comment osez-vous me proposer de l’argent ? Je n’en veux pas et je ne veux pas retourner en Syrie” », raconte Manal, qui tente aujourd’hui sa chance dans un autre pays européen.

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Lors des manifestations et des sit-in organisés pour maintenir la pression contre cette politique, la plupart des réfugiés syriens présents sont ceux ayant obtenu l’asile politique et qui ne sont donc pas menacés de départ. Comme Chadi al-Hamwi et son fils Oussama qui habitent Odense et qui viennent protester dès qu’ils le peuvent dans la capitale danoise, à deux heures de chez eux. Le père observe même depuis plus d’une semaine une grève de la faim, en signe de solidarité avec ses compatriotes. « On me dit que ça ne sert à rien, mais c’est notre seul moyen de protester », dit-il. « Nous sommes là comme des bêtes devant le Parlement, et vous croyez qu’un seul responsable politique est venu nous parler ? Aucun ! » renchérit Emm Walid.

Vivre sous la menace

La politique danoise de rapatrier des réfugiés à Damas est d’autant plus problématique qu’elle divise des familles entières, puisque certains membres ont reçu différents niveaux de protection lorsqu’ils ont effectué leur demande l’asile, et qu’ils ne sont pas toujours arrivés en même temps. Nayef Awda, originaire de Homs, a rencontré sa femme Alaa’ en 2015 dans un camp au Danemark alors qu’il était traducteur pour la Croix-Rouge. Son épouse et ses beaux-parents qui viennent de Damas vivent donc sous la menace d’une expulsion. « Puisqu’ils ont un permis provisoire, cela fait plusieurs années qu’on vit dans la peur. Ma femme travaille et paie ses impôts comme tous les citoyens danois. Mais je crains que la famille soit éclatée », raconte Nayef, dont le moral est au plus bas. Après avoir fui le régime dans des conditions terribles, tous les réfugiés dans leur cas ont une épée de Damoclès au-dessus de la tête. « Il y a plein de gens qui pensent à se suicider. Certains font la grève de la faim, ils préfèrent mourir libres au Danemark plutôt que de rentrer en Syrie », poursuit Nayef. À la clinique de santé pour migrants d’Odense, qui a ouvert ses portes en 2008, les médecins ont constaté que les politiques d’immigration de plus en plus dissuasives ont fait augmenter de manière significative les symptômes de détresse mentale, notamment chez les personnes ayant souffert des traumatismes de la guerre. « Les réfugiés étaient déjà dans un état d’alerte constante en raison de l’incertitude de voir leur permis de séjour renouvelé.

Or, la menace est soudain devenue réelle parce que les amis, les voisins et les membres de la famille reçoivent désormais des lettres des autorités indiquant qu’ils doivent être expulsés. Cela a traumatisé à nouveau de nombreux réfugiés à un point tel qu’ils recherchent une aide médicale pour traiter des flash-back croissants, de l’anxiété et de la dépression », déplore Morten Sodemann, professeur de santé globale et des migrants à l’Institut clinique, une université du sud du Danemark. « Est-ce raisonnable de laisser les politiques d’asile et d’intégration se transformer en problème de santé physique et mentale nécessitant une prise en charge médicale ? » questionne le professeur.La montée en puissance des partis d’extrême droite a conduit plusieurs pays européens à revoir leur politique. Le Danemark est dans une démarche très assumée avec pour objectif « zéro demandeur d’asile ». Le mois dernier dans les rues de Copenhague, des partis d’extrême droite avaient même affiché sur des panneaux publicitaires cette formule : « Bonne nouvelle, vous pouvez désormais rentrer chez vous, dans une Syrie ensoleillée, votre pays a besoin de vous. » Sur le site de certains groupuscules, les réfugiés syriens peuvent même participer à un concours pour « gagner » leur retour. « Ces derniers temps, j’avais très peur de sortir de chez moi. Les gens sont devenus de plus en plus racistes. On m’a même éternué dessus une fois en me disant “corona, corona” », dénonce Emm Walid, qui espère une volte-face des autorités. Nayef et Alaa’ ont accueilli leur premier enfant mercredi. « À l’hôpital, après l’accouchement, j’étais désemparé. Je ne sais pas comment continuer notre vie ici. Quel avenir pourrais-je offrir à ma fille ? Est-ce qu’elle aura une vie normale ? Ou sera-t-elle une petite fille des camps ? » confie-t-il.


« Mon petit-fils m’a demandé l’autre jour : tu es une criminelle toi ? À l’école, on me dit que les Syriens le sont tous. » Il ne reste plus que 27 jours à Emm Walid avant de devoir quitter de son propre chef le territoire danois. Mardi dernier, les autorités locales lui ont fait savoir que son permis de séjour ne sera pas renouvelé. Alors, même sous une pluie...

commentaires (5)

Pourquoi ces syriens restent en Europe et au Liban alors leur pays n’est plus en guerre puisque les élections ont eues lieu et auxquelles ils ont participé en nombre pour choisir leur président, le même qu’ils disent fuir mais une fois dans un autre pays chante ses louanges. Ils veulent rester dans un pays où il y a une justice et une loi qui les incommodent et dénoncent leurs conditions mais veulent rester de force même maltraités alors que chez eux ils vivent dans la crasse et les ordures et n’osent même pas réclamer leurs droits. Allons un peu de sérieux il n’est pas écrit pigeon sur le front de toutes les populations du monde, ils ont bien compris leur manège. Cracher dans la soupe est la spécialité des syriens où qu’ils se trouvent et on se demande pourquoi ils ont quitté leur pays puisqu’ils y vivaient si bien et en sécurité comme l’a rappelé un de leurs responsable politiques qui les défend à distance mais s’opposent avec leur président à leur retour chez eux.

Sissi zayyat

21 h 03, le 02 juin 2021

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Commentaires (5)

  • Pourquoi ces syriens restent en Europe et au Liban alors leur pays n’est plus en guerre puisque les élections ont eues lieu et auxquelles ils ont participé en nombre pour choisir leur président, le même qu’ils disent fuir mais une fois dans un autre pays chante ses louanges. Ils veulent rester dans un pays où il y a une justice et une loi qui les incommodent et dénoncent leurs conditions mais veulent rester de force même maltraités alors que chez eux ils vivent dans la crasse et les ordures et n’osent même pas réclamer leurs droits. Allons un peu de sérieux il n’est pas écrit pigeon sur le front de toutes les populations du monde, ils ont bien compris leur manège. Cracher dans la soupe est la spécialité des syriens où qu’ils se trouvent et on se demande pourquoi ils ont quitté leur pays puisqu’ils y vivaient si bien et en sécurité comme l’a rappelé un de leurs responsable politiques qui les défend à distance mais s’opposent avec leur président à leur retour chez eux.

    Sissi zayyat

    21 h 03, le 02 juin 2021

  • Pourquoi ces Syriens n’ont-ils pas demandé l’asile dans un pays Arabe frère ? ils auraient été peut-être mieux accueillis et mieux traité qu’au Danemarks ? Pourquoi aller si loin pour fuir le régime sanguinaire d’Assad ? Chez leurs Frères Arabes il y a les mêmes us et coutumes, la même religion, la même langue ou presque. Ils n’auraient pas eu la difficulté de la langue la même bouffe, pas de problème d’intégration etc…Mais ils préfèrent se victimiser, pour rester dans un pays qui ne veut pas d’eux. Nous avons eu le même problème avec le Syrien au Liban, ils trimbalent leurs problèmes et leur arrogance partout ou ils vont. En France ils sont présents à tous les Feux Rouges pour mendier avec femmes et enfants, et s’ils n’obtiennent pas gains de cause ils insultent allant jusqu’à détériorer le véhicule. Comme au Liban, les pays Arabes le Danemark et l’Europe ne veulent pas de ces casseurs chez eux. Ils payent le prix de leur comportement. c’est aussi simple que ça !

    Le Point du Jour.

    10 h 04, le 30 mai 2021

  • Pourquoi ces Syriens n’ont-ils pas demandé l’asile dans un pays Arabe frère ? ils auraient été peut-être mieux accueillis et mieux traité qu’au Danemarks ? Pourquoi aller si loin pour fuir le régime sanguinaire d’Assad ? Chez leurs Frères Arabes il y a les mêmes us et coutumes, la même religion, la même langue ou presque. Ils n’auraient pas eu la difficulté de la langue la même bouffe, pas de problème d’intégration etc…Mais ils préfèrent se victimiser, pour rester dans un pays qui ne veut pas d’eux. Nous avons eu le même problème avec le Syrien au Liban, ils trimbalent leurs problèmes et leur arrogance partout ou ils vont. En France ils sont présents à tous les Feux Rouges pour mendier avec femmes et enfants, et s’ils n’obtiennent pas gains de cause ils insultent allant jusqu’à détériorer le véhicule. Comme au Liban, les pays Arabes le Danemark et l’Europe ne veulent pas de ces casseurs chez eux. Ils payent le prix de leur comportement. c’est aussi simple que ça !

    Le Point du Jour.

    00 h 37, le 30 mai 2021

  • Malheureusement l'Europe devient de plus en plus d'extrême droite , une autre guerre nous attend ???

    Eleni Caridopoulou

    00 h 15, le 29 mai 2021

  • Ces pauvres syriens doivent saisir la cour europeenne des droits de l homme et obtenir la condamnation du Danemark.

    HABIBI FRANCAIS

    07 h 39, le 28 mai 2021

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