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Économie - Initiative

Une Fondation citoyenne lancée pour tenter de transformer le modèle libanais

Quatre experts ont livré leurs diagnostics respectifs de la situation du pays, qui paye le prix de plusieurs décennies de gestion hasardeuse.

Une Fondation citoyenne lancée pour tenter de transformer le modèle libanais

Officiellement créée le 17 mai, la Fondation citoyenne libanaise souhaite se définir comme une force de proposition et d’action pour orienter les réformes dans le pays. Photo P.H.B.

Avec l’assouplissement des restrictions destinées à lutter contre le coronavirus, de plus en plus d’événements redeviennent ouverts au public, dans le respect des règles imposées par la situation sanitaire. Un petit bol d’air dans le contexte actuel de crise dont a profité mercredi soir la toute nouvelle Fondation citoyenne libanaise pour organiser, en coopération avec la Fondation Konrad Adenauer, une conférence intitulée « Le Liban : une nouvelle mission, un nouveau modèle de développement ».

Hébergé par l’hôtel Le Royal à Dbayé (Metn), l’événement était piloté par l’ancien directeur général des Finances, Alain Bifani, qui en juin dernier a quitté le poste qu’il a occupé pendant 20 ans, ainsi que celui qui lui avait été confié dans l’équipe de négociateurs choisie par le gouvernement de Hassane Diab, il y a un an, pour obtenir une assistance financière du Fonds monétaire international.

Alain Bifani était en outre le seul membre de la Fondation citoyenne libanaise présent lors de l’événement, où se sont tour à tour exprimés, tantôt sur place, tantôt en visioconférence, Ghassan Salamé, ancien ministre et professeur émérite en relations internationales à Sciences Po Paris ; Sibylle Rizk, ancienne rédactrice en chef du Commerce du Levant et actuelle directrice des politiques publiques au sein de l’organisation Kulluna Irada ; Diana Abbas, fondatrice et cadre au sein de l’ONG Impact Lebanon ; et, enfin, Pierre Duquesne, ambassadeur français chargé de la coordination du soutien international au Liban.

Quatre experts qui ont ainsi livré leurs diagnostics respectifs de la situation du pays à l’issue de plusieurs décennies de gestion hasardeuse, ainsi que les pistes qu’ils jugent prioritaires pour entamer une transformation de son modèle sur les plans économique et institutionnel, qui semblent aujourd’hui dépassés. Un chantier qui englobe aussi bien le système politique confessionnel actuel, qui entretient la corruption à tous les échelons de l’État selon les participants ; la trop forte dépendance de l’économie aux services (secteur bancaire et tourisme) et aux transferts financiers de la diaspora ; ou encore l’absence d’intérêt pour les projets de développement pourtant vitaux mais dont les bénéfices ne sont générés que sur le long terme – comme ceux concernant les réserves d’eau dont le pays regorge, par exemple.

Rupture entre résidents et diaspora

C’est donc cette cause que la Fondation citoyenne libanaise souhaite porter en étendard. L’association à but non lucratif, qui a officiellement été enregistrée au Liban le 17 mai, est pour le moment composée d’une dizaine de personnalités libanaises « particulièrement écoutées » résidant au Liban ou issues de la diaspora. Selon Alain Bifani, qui s’est entretenu avec L’Orient-Le Jour, la fondation finance elle-même ses propres coûts de fonctionnement et se tient prête à investir en fonction des projets qu’elle décidera d’accompagner.

Pour mémoire

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« La fondation se définit comme une force de proposition et d’action (…) centrée sur la nécessité de rassembler les Libanais autour du concept de citoyenneté, avec comme finalité de rebondir sur la crise pour changer le modèle du pays », a encore exposé Alain Bifani. Pour lui, cet objectif ne peut être atteint que si les Libanais résidant dans le pays et ceux de la diaspora arrivent à « se parler et se comprendre ». « Il existe depuis très longtemps une rupture très forte entre la diaspora et la population locale, une situation liée à l’instabilité (aux niveaux local et régional), ce qui explique, entre autres, le peu de respect qui existe d’un côté comme de l’autre vis-à-vis des institutions et le fait que l’essentiel des activités lancées dans le pays ne se conçoivent que sur le court terme et avec le profit rapide comme seuls points cardinaux », a encore ajouté l’ancien directeur général des Finances.

Un objectif qui ne pourra être atteint sans profondément transformer les institutions, en entamant un processus de « déconfessionnalisation » de l’administration et des pouvoirs publics, du plus petit échelon de la fonction publique au plus haut poste de l’exécutif, a pour sa part préconisé Ghassan Salamé, en ajoutant que la suppression du confessionnalisme au Parlement serait la dernière étape. Répondant aux questions de l’assistance, Ghassan Salamé a en outre souligné qu’il préférait voir le pays être pris en main par des politiciens volontaires plutôt que par des « technocrates tenus par les partis » qui se partagent le pouvoir aujourd’hui. L’ancien ministre a enfin appelé à entamer ce processus sans attendre, compte tenu de la situation particulièrement délétère dans laquelle le pays se trouve sur les plans économique et financier.

Baisse record du PIB

Un tableau détaillé par Sibylle Rizk, qui a de son côté fustigé la répartition des pertes particulièrement « inéquitables » que font subir les responsables politiques et le secteur bancaire aux Libanais les plus démunis, qui encaissent « de plein fouet » la dépréciation massive de la livre (de l’ordre de 90 %) et l’inflation (150 %), et aux petits déposants, qui ont assumé de force l’essentiel d’un « haircut » (une ponction sur les dépôts) qui ne dit pas son nom. L’ancienne rédactrice en chef a rappelé que le PIB libanais était passé d’environ 50 milliards à 20 milliards en moins de deux ans, évoquant une chute sans équivalent dans le monde en termes de rapidité, tandis que le PIB par habitant est revenu à son niveau du début des années 1990, entre autres conséquences de l’inertie – coupable – des pouvoirs publics en près de deux ans de crise. Autant de marqueurs qui justifient pour elle la formation rapide d’un gouvernement de transition capable d’actualiser les pertes et les niveaux de liquidités encore disponibles, avant d’élaborer un budget de l’État sur cinq ans construit sur une vision macroéconomique qui servira de base pour solliciter de l’aide externe, entre autres étapes.

Très présent aux côtés du Liban depuis la Conférence de soutien au Liban organisée à Paris en avril 2018 (la CEDRE), Pierre Duquesne a, lui, appelé à profiter d’un tel momentum, s’il se concrétisait, à articuler la transformation du pays en tenant compte des objectifs de développement durable (ODD) identifiés sous l’égide des Nations unies en 2012, comme la promotion de l’État de droit, ou encore la garantie d’un accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes, à un coût abordable. Le diplomate a également suggéré que le Liban exporte moins sa main-d’œuvre et produise davantage localement. Enfin, Diana Abbas a souligné l’intérêt de développer des plates-formes qui facilitent le contact entre les résidents libanais et ceux de la diaspora, ou de leur permettre de joindre leurs forces sur des projets communs, à l’image de la plate-forme Impact Lebanon, qui a par exemple servi de canal pour transférer les aides internationales débloquées par les organisations et les particuliers dans le monde suite à la double explosion qui a meurtri la capitale le 4 août dernier.


Avec l’assouplissement des restrictions destinées à lutter contre le coronavirus, de plus en plus d’événements redeviennent ouverts au public, dans le respect des règles imposées par la situation sanitaire. Un petit bol d’air dans le contexte actuel de crise dont a profité mercredi soir la toute nouvelle Fondation citoyenne libanaise pour organiser, en coopération avec la Fondation...

commentaires (2)

Il faut à tout pris regrouper toutes les initiatives de changement dans un programme unique pour remporter au moins le tiers des voix du prochain parlement. Si sou n'arrivons pas à nous unir, il ne nous restera plus que nos yeux pour pleurer. Dépassons les personnes et accordons nous sur un projet commun de souveraineté, de neutralité, de deconfessionalisme à l'abri de l'état neutre et souverain. Toutes ces initiatives sont louables, mais le regroupement est la seule voie.

Bachir Karim

13 h 40, le 28 mai 2021

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Commentaires (2)

  • Il faut à tout pris regrouper toutes les initiatives de changement dans un programme unique pour remporter au moins le tiers des voix du prochain parlement. Si sou n'arrivons pas à nous unir, il ne nous restera plus que nos yeux pour pleurer. Dépassons les personnes et accordons nous sur un projet commun de souveraineté, de neutralité, de deconfessionalisme à l'abri de l'état neutre et souverain. Toutes ces initiatives sont louables, mais le regroupement est la seule voie.

    Bachir Karim

    13 h 40, le 28 mai 2021

  • IL FAUT COUPER TOUTES LES HERBES, CHANGER LE SOL INFESTE DE CONFESSIONNALISME ET DE COMMUNAUTARISME, DERACINER LA MAFIOSITE DANS TOUS SES ASPECTS ET SE DEBARRASSER DE TOUS SES MEMBRES CHEFS, SUBALTERNES ET PARTISANS ET EMPLOYES, DELOGER TOUTES LES ETABLES AVEC LEURS PANURGES ET MOUTONS BELEURS, ANES ET MULETS INCLUS, CHASSER LES MERCENAIRES ET LEURS PARAVENTS ET... ET... ET... POUR QU,UNE NOUVELLE HERBE SAINE PRENNE RACINE SUR LE SOL NETTOYE DU LIBAN. INFAISABLE ? ALORS CHACUN CHEZ SOI ET TOUS ENSEMBLE CAD LE MODELE SUISSE. INEVITABLEMENT VERS CETTE SOLUTION VA ALLER LE PAYS. IL VAUT MIEUX LE PLUS TOT QUE LE PLUS TARD.

    LA LIBRE EXPRESSION.

    10 h 04, le 28 mai 2021

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