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Nos Lecteurs ont la Parole

C’est la dose qui fait le poison

« C’est la dose qui fait le poison. » Tel est le principe attribué à l’alchimiste et scientifique Paracelse au XVIe siècle. Dans notre pays, le poison en question, c’est une corruption cultivée et érigée en système de fonctionnement. Une corruption qui émane d’un individualisme absolu et sans limites, attisée par les perversions politiques de tous bords. En effet, si la nature humaine est vouée à un désir de pleine liberté, c’est la société qui établira un système de contraintes et de bonne organisation, voire une répression des pulsions les plus agressives. Car l’individu est, par nature, contre la loi. Chacun penche du côté de ses intérêts, ses visions, ses convictions, en sollicitant les politiques. En principe, des magistrats sont là pour veiller au bon fonctionnement et à l’application des règles et des lois. Ont-ils été à la hauteur ? Chez nous, la corruption s’étale et se développe. Notre rapport à la jouissance se déchaîne jusqu’à la submersion.

Notre société a toutes les apparences et les organismes d’une société moderne, mais ce magma social est composé d’intérêts contradictoires, et souvent conflictuels, où les politiques ont le champ libre pour jouer du poison de la corruption. En proie aux conséquences de ses pulsions les plus extrêmes, le peuple asservi n’est protégé par aucun mécanisme de contrôle. La démocratie des émotions n’est qu’un masque de démocratie. Les politiques favorisent ses dévoiements pour asseoir leur pouvoir et pérenniser leur domination et leur exploitation des citoyens. Le politique, tel le pervers, favorise un maximum de jouissance, loin de toute règle éthique. Le peuple, victime de ses propres désirs, devient fataliste. Son destin est « Maktoub ». Sans compte à rendre, la gente politique détourne la loi, dérègle la loi, profite de la loi, et construit un État mafieux.

La dose liberté, devenu un poison de corruption anarchique, est toxique et mortelle. Ce n’est pas l’empoisonneur qui peut trouver la solution. Gouverner, c’est prévoir. Qu’a-t-on prévu ! Un Parlement les yeux fermés, un gouvernement en veilleuse et des magistrats en attente, apeurés, défaillants, comme si tous les rouages légaux étaient bloqués.

Les sanctions par les élections sont illusoires. L’abus psychologique fait aux électeurs les trompe à chaque élection. On s’indigne, on critique, on se plaint, mais sans réponse. Les réseaux sociaux sont mobilisateurs et révélateurs de l’éclatement du pays, ils reflètent des visions disparates et conflictuelles, sans aucun mouvement rassembleur.

Notre histoire au Liban est « une », mais la mémoire est sélective et fragmentée et la projection vers l’avenir contradictoire. Pour avancer, les générations à venir devront éviter le « moi d’abord » et cultiver la notion du bien commun, protégé par une justice active et non partisane. Ça paraît un rêve. Non, l’impossible aujourd’hui est réalisable demain. Chaque individu a besoin de rencontrer l’autre, de connaître ses limites, et de vivre son affectivité de façon sereine, non dévoyée. Notre société a besoin d’un sens à la vie, telle l’étoile du berger. Les jeunes créatifs ont besoin de sens autrement que dans le vide du « moi absolu ».

Dr Adel AKL

Psychiatre, psychanalyste

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


« C’est la dose qui fait le poison. » Tel est le principe attribué à l’alchimiste et scientifique Paracelse au XVIe siècle. Dans notre pays, le poison en question, c’est une corruption cultivée et érigée en système de fonctionnement. Une corruption qui émane d’un individualisme absolu et sans limites, attisée par les perversions politiques de tous bords. En effet, si...

commentaires (2)

Le culte des myhes a fragmente la democratie et defait le noeud moral.

SATURNE

16 h 23, le 20 mai 2021

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Commentaires (2)

  • Le culte des myhes a fragmente la democratie et defait le noeud moral.

    SATURNE

    16 h 23, le 20 mai 2021

  • enfin une synthèse digne d'etre publiee et lue. qui remet les choses a leurs places . l'homme/le citoyen est defini coupable tout autant que le politique, sa culpabilite expliquee mais pas excusable pour autant.

    Gaby SIOUFI

    11 h 12, le 19 mai 2021

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