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Moyen-Orient - Conflit avec les Palestiniens

Les nouveaux amis arabes d'Israël dans l'embarras

Moins d'un an après avoir signé des accords de normalisation avec l'Etat hébreu, les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc ont été contraints de se tourner vers une rhétorique critique face aux frappes sur Gaza.

Les nouveaux amis arabes d'Israël dans l'embarras

De la fumée s’échappe après une frappe aérienne israélienne sur l’enceinte de Hanadi, dans la ville de Gaza contrôlée par le mouvement islamiste armé du Hamas, le 11 mai 2021. Photo Mohammad Abed/AFP

Les frappes meurtrières d'Israël sur la bande de Gaza et la répression des manifestants à Jérusalem-Est ont mis les nouveaux partenaires arabes d'Israël dans l'embarras, mettant à rude épreuve leur normalisation des relations avec l'Etat hébreu et les poussant à condamner les violences.

Moins d'un an après avoir signé des accords de normalisation avec Israël sous l'égide des Etats-Unis, les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc ont été contraints de se tourner vers une rhétorique critique au moment où les musulmans célèbrent une fin de ramadan amère. En cause: la colère des Palestiniens contre des expulsions du quartier de Cheikh Jarrah, à Jérusalem-Est occupée, au profit de colons juifs; la répression sanglante des manifestations autour de la mosquée Al-Aqsa, troisième lieu saint de l'islam; et les raids de l'armée israélienne sur la bande de Gaza qui ont fait plus de 126 morts, dont 31 enfants. En Israël, neuf personnes, dont un enfant, ont été tués.

Le ministère émirati des Affaires étrangères a exprimé vendredi sa "préoccupation face à la spirale de violence". Dans un langage plus direct, Bahreïn a condamné les "attaques d'Israël" contre Gaza et les territoires occupés. "Ces réactions sont en grande partie un exercice de communication à destination d'un public arabe national et régional qui continue de soutenir massivement les Palestiniens", observe Elham Fakhro, analyste au centre de réflexion Crisis Group. "Les Accords d'Abraham (de normalisation avec Israël) n'ont jamais eu pour but d'aborder la question de l'occupation militaire et la dépossession des terres des Palestiniens", dit à l'AFP cette spécialiste du Golfe.

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A Bahreïn, des manifestations de soutien aux Palestiniens ont eu lieu ces derniers jours dans plusieurs régions et des organisations de la société civile ont appelé à rompre les liens avec l'Etat hébreu. Aux Emirats arabes unis, où manifester est interdit, nombreux internautes partagent des vidéos et des photos pour dénoncer l'occupation et la brutalité des forces israéliennes. Alors que des roquettes étaient tirées sur Israël depuis Gaza, des fervents soutiens du régime d'Abou Dhabi ont quant à eux dénoncé le Hamas au pouvoir dans l'enclave palestinienne, le pays étant notoirement hostile aux mouvements islamistes.

"Ralentisseur"

Pour Hugh Lovatt, analyste au centre de réflexion European Council on Foreign Relations, la crise actuelle est "le premier véritable test" pour les Emirats. Mais il semble peu vraisemblable qu'Abou Dhabi renie cette normalisation ou la mette à mal car les Emirats "bénéficient grandement des liens avec Israël", notamment les partenariats dans les technologies ou l'achat de matériel militaire aux Etats-Unis.

"Compte tenu du profond intérêt bilatéral, l'escalade en Palestine est probablement tout au plus un ralentisseur. N'oublions pas que les liens entre les Emirats et Israël se développent depuis des années et qu'ils ont survécu aux guerres de Gaza", dit le chercheur à l'AFP.

Après les Accords d'Abraham, les regards se sont tournés vers l'Arabie saoudite, poids lourds régional, mais le royaume a rejeté toute normalisation des relations avec Israël sans résolution de la question palestinienne. Le roi Salmane a fermement condamné "les actions d'Israël à Jérusalem" et exprimé son soutien aux "droits légitimes" du peuple palestinien. Vendredi, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Fayçal ben Farhane, a fustigé les "pratiques illégales de l'occupant israélien".

"Distances"

Pour les autres Etats arabes qui se sont récemment rapprochés d'Israël, l'embarras est encore plus palpable qu'aux Emirats, car le Maroc comme le Soudan ont une société civile très active largement acquise à la cause palestinienne. La normalisation avec l'Etat hébreu revêt un caractère stratégique pour le Maroc, car elle a été liée à la reconnaissance américaine de sa souveraineté sur le territoire disputé du Sahara occidental, souveraineté non reconnue par l'ONU. Face à la pression de la rue et des manifestations en soutien aux Palestiniens, le royaume marocain a dû condamner les actions des forces israéliennes à Jérusalem-Est et annoncé l'envoi d'une aide humanitaire aux Palestiniens, une annonce parfois raillée sur les réseaux sociaux.

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"Le Maroc devrait jouer un rôle de médiation afin de calmer les tensions actuelles. S'il n'y parvient pas, il serait préférable qu'il prenne ses distances avec le processus de normalisation sans aller jusqu'à rompre ses relations avec Israël", estime Tajeddine Houssaini, professeur de relations internationales à l'Université de Rabat.

Le Soudan, qui a normalisé ses relations avec Israël pour sortir de la liste américaine des Etats soutenant le terrorisme, a lui aussi "condamné et rejeté les mesures prises par Israël" contre les Palestiniens. "Ces attaques et ces crimes sont une provocation flagrante", a fustigé la ministre soudanaise des Affaires étrangères Mariam al-Mahdi, craignant qu'elles ne "déclenchent un cycle de violence".


Les frappes meurtrières d'Israël sur la bande de Gaza et la répression des manifestants à Jérusalem-Est ont mis les nouveaux partenaires arabes d'Israël dans l'embarras, mettant à rude épreuve leur normalisation des relations avec l'Etat hébreu et les poussant à condamner les violences.Moins d'un an après avoir signé des accords de normalisation avec Israël sous l'égide des...

commentaires (3)

En principe, les israéliens ont provoqué l'étincelle, en voulant chasser de la même manière que jadis,des palestiniens de leurs maisons. Leurs nouveaux amis arabes feraient mieux de reculer sur cette amitié avec des criminels.

Esber

11 h 29, le 16 mai 2021

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Commentaires (3)

  • En principe, les israéliens ont provoqué l'étincelle, en voulant chasser de la même manière que jadis,des palestiniens de leurs maisons. Leurs nouveaux amis arabes feraient mieux de reculer sur cette amitié avec des criminels.

    Esber

    11 h 29, le 16 mai 2021

  • "Après les Accords d'Abraham, les regards se sont tournés vers..." Cela me rappelle le fameux vers d'Aboun-Nawwas: "guéris-moi avec ce qui a été la cause de mon mal"(Ah comme la traduction est pauvre par rapport à l'original!). Abraham, la cause de tous les maux du Moyen-Orient!

    Georges MELKI

    10 h 50, le 16 mai 2021

  • Eh oui, lorsqu’on a couché avec lui, c’est difficile de crier au loup quand la bise fut venue...

    Gros Gnon

    04 h 29, le 16 mai 2021

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