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Environnement - Chasse

Quand la remise en liberté d’une buse devient le symbole de la protection des oiseaux

La SPNL a célébré à sa façon la journée mondiale des oiseaux migrateurs, entre campagne contre le braconnage et éducation aux enjeux environnementaux.

Quand la remise en liberté d’une buse devient le symbole de la protection des oiseaux

Une buse commune relâchée après des semaines de convalescence dans l’un des nombreux centres de la SPNL. Photo Agnès Robini

Non loin du village de Kherbet Qanafar dans la Békaa, un petit groupe s’active, en ce samedi 8 mai, autour d’une cage. À l’intérieur, une buse qui, quelques semaines auparavant, avait été grièvement blessée par des braconniers de la vallée. À l’ouverture de la volière, l’oiseau encore tremblant déploie ses ailes et retrouve une liberté bien méritée. Pour André Béchara, responsable de l’écotourisme au sein de la Société de protection de la nature au Liban (SPNL), qui a recueilli et soigné l’oiseau, il s’agit là d’un « symbole de paix et d’espoir en phase avec les idéaux de l’organisation. » Ces idéaux se résument pour lui à un Liban « simple, pur, et authentique », bien loin de la crise généralisée que traverse actuellement le pays. En relâchant cet oiseau sauvage dans son habitat naturel, il est question de sensibilisation à la biodiversité. Il s'agit aussi d'un pied de nez aux braconniers qui sévissent dans la vallée.

Après la libération de la buse, d’autant plus symbolique qu’elle a eu lieu à l'occasion de la journée internationale des oiseaux migrateurs, le convoi se dirige vers un Country Club de la vallée, délaissé par les touristes depuis le début de la pandémie de Covid-19. L’herbe a poussé entre les dalles, les piscines ont été vidées et les pancartes indiquant les numéros de chambres ne sont plus que les vestiges d’une prospérité passée. Le petit groupe s’enfonce dans le domaine, zigzagant entre les oliviers, pour finalement s’arrêter au pied d’un centre de la SPNL. L’hôtel abandonné laisse place à une serre abritant des plants de concombres, de laitues et même des hibiscus. À côté, un parc à papillons. « On se croirait en Provence », s’amuse Valérie Debahy, responsable de la communication de la SPNL. Ce centre est en fait la vitrine des activités d’une ONG qui aspire à faire entendre sa voix, et qui a longtemps œuvré pour l’adoption puis la mise en application d’une législation qui organise la chasse. Peine perdue jusque-là.

Situé dans la Bekaa ouest, le principal centre de la SPNL accueille des serres destinées à une culture raisonnée de fruits et légumes, mais aussi d’arbres et de fleurs. Photo Agnès Robini

Car chaque année au Liban, la SPNL estime à 2,6 millions le nombre d’oiseaux abattus ou piégés illégalement. En cause, le braconnage et l’absence d’une application stricte de la loi sur la chasse, adoptée dès 2004, mise en application depuis 2017 seulement et ce, en outre, de façon fragmentée et inefficace. Il faut dire que le pays se trouve précisément sur l’une des plus grandes trajectoires de migration aviaire de la région, soit le terrain de jeu idéal pour les chasseurs les moins scrupuleux, au grand dam de multiples organisations écologiques au Liban et dans le monde. Alors, malgré toutes les actions menées par les organisations de protection de l’environnement, l’équilibre de la biodiversité libanaise restera précaire sans une action étatique ferme et durable. Ce qui est très loin d'être gagné. La SPNL se refuse toutefois à accepter la fatalité. « Ici, on résiste », martèle André Béchara.

Air France-KLM plante 5 000 arbres à travers le pays

Après les campagnes contre la chasse illégale, le reboisement. Suite à la visite de son centre, la SPNL a organisé une cérémonie marquant sa coopération avec le groupe aéronautique Air France-KLM, dans le cadre de son programme de reforestation « Trip and Tree », visant à compenser les émissions de CO2 de ses vols. Ainsi, dès le mois de juin 2021, les voyageurs auront la possibilité de faire une donation à la SPNL via l’ONG partenaire de la compagnie, « A tree for you ».

Matthieu Tétaud, à la tête d’Air France-KLM au Proche-Orient, désigné ambassadeur de la SPNL par Afaf Osseiran, présidente de l’organisation. Photo Agnès Robini

Pour Matthieu Tétaud, directeur régional d’Air France-KLM pour le Proche-Orient et nouvel ambassadeur de l’organisation, la solution était toute trouvée. « Il était naturel de nous impliquer concrètement là où nos avions se posent quotidiennement. » Alors, explique-t-il, travailler avec la SPNL semblait une évidence.

Cette alliance fait suite à l’ouverture en octobre dernier du « parc Air France » à Hammana, qui a accueilli quelques-uns des 5 000 arbres du programme « Trip and Tree » au Liban. En soutenant la SPNL, Air France-KLM affiche ainsi son intention de réduire son empreinte carbone, mais aussi (et surtout) de soutenir les acteurs locaux.

Une action « pour les générations futures »

En parallèle de cet évènement, la SPNL organisait non loin de là une journée réservée aux enfants, dans le cadre de son programme « School With No Walls » (SNOW). Ce projet est destiné à encourager les plus jeunes à s’intéresser aux enjeux environnementaux par le biais d’ateliers en plein air.

Pour ce faire, l’organisation a tout misé sur le concept ancestral des « Himas », ces espaces à grande valeur écologique protégés par la communauté et les autorités locales, et peuplés d’hommes et de femmes travaillant en harmonie avec la nature. En somme, on récolte (et l’on vend) ce que l’on sème, dans le strict respect de l’équité sociale et de la protection de l’environnement. Ces zones protégées, au nombre de 25 au Liban, font aussi office de sanctuaires et de centres de soins pour la faune locale, première victime de la chasse illégale.


Non loin du village de Kherbet Qanafar dans la Békaa, un petit groupe s’active, en ce samedi 8 mai, autour d’une cage. À l’intérieur, une buse qui, quelques semaines auparavant, avait été grièvement blessée par des braconniers de la vallée. À l’ouverture de la volière, l’oiseau encore tremblant déploie ses ailes et retrouve une liberté bien méritée. Pour André Béchara,...

commentaires (6)

Je me permets d’ajouter que la télévision française vient de projeter un documentaire sur la protection des aigles à tête blanche dans une île au large de Dubrovnik, îlot très pentu et rocailleux, nécessitant des moyens spéciaux pour atteindre les nids des oisillons que l’on doit compter biannuellement. Le chroniqueur a ajouté qu’en 2020 deux aigles à tête blanche munis d’un radar, originaires de Dubrovnik, ont été chassés, le premier au Proche-Orient et le second en Éthiopie. Saluons l’activité de la SPNL au Liban.

Honneur et Patrie

19 h 51, le 14 mai 2021

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Commentaires (6)

  • Je me permets d’ajouter que la télévision française vient de projeter un documentaire sur la protection des aigles à tête blanche dans une île au large de Dubrovnik, îlot très pentu et rocailleux, nécessitant des moyens spéciaux pour atteindre les nids des oisillons que l’on doit compter biannuellement. Le chroniqueur a ajouté qu’en 2020 deux aigles à tête blanche munis d’un radar, originaires de Dubrovnik, ont été chassés, le premier au Proche-Orient et le second en Éthiopie. Saluons l’activité de la SPNL au Liban.

    Honneur et Patrie

    19 h 51, le 14 mai 2021

  • 2.6 millions... Autant de merveilles perdues pour satisfaire quelques... énergumènes...

    Wlek Sanferlou

    13 h 50, le 14 mai 2021

  • Bravo !

    Wow

    12 h 56, le 14 mai 2021

  • Heroique, quand on note la brutalite et la sauvagerie avec laquelle les oiseaux migrateurs sont abattus, ne serait-ce que les cigognes recemment... Rajouter à celà les chiens abandonnes, etc...

    LeRougeEtLeNoir

    11 h 58, le 14 mai 2021

  • Bravo! Quelle mission louable pour la SPNL!

    Souad Habchi

    10 h 18, le 14 mai 2021

  • Superbe initiative dans ce pays de brutes qui ne respectent meme pas leur propre pays et ses richesses

    JD

    02 h 39, le 14 mai 2021

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