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Culture - Reportage

Au Kurdistan d’Irak, des clubs de lecture pour « s’évader » du quotidien

Divers sujets de société, abordés dans les œuvres de fictions qui fleurissent, sont régulièrement discutés dans les huit clubs de lecture du Kurdistan qui mettent un point d’honneur à présenter des auteurs du cru local.

Au Kurdistan d’Irak, des clubs de lecture pour « s’évader » du quotidien

Des Kurdes d’Irak participent à un club de lecture à Erbil. Safin Hamed/AFP

Houda Kathem, 17 ans, attend anxieusement les commentaires concernant son premier roman, passé au grill des questions d’un club de lecture à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien où de jeunes auteurs donnent un souffle nouveau à la création littéraire locale.

« J’ai beaucoup appris en termes d’écriture et cela m’encourage à continuer », assure à l’AFP la jeune étudiante en médecine après avoir entendu les critiques de jeunes lecteurs, d’écrivains et de professeurs.

Après avoir publié une nouvelle en littérature jeunesse, le premier roman de la jeune autrice, intitulé Barani Marg (Une pluie de morts en kurde), raconte l’histoire d’un Kurde devenu militaire à 15 ans pour fuir des différends familiaux et une rupture amoureuse.

Une histoire partagée par plus d’un habitant de la région autonome du nord de l’Irak, ravagé par les conflits depuis 40 ans.

Ces sujets de société, abordés dans les œuvres de fictions qui fleurissent, sont désormais régulièrement discutés dans les huit clubs de lecture du Kurdistan qui mettent un point d’honneur à présenter des auteurs du cru local.

Dans la région où les récits se sont transmis durant des siècles de manière orale, le romancier Goran Sabah a ouvert la voie en créant son club de lecture en janvier, dans un café d’Erbil.

« Écoles d’ouverture »

Pour ce docteur en littérature de l’Université du Kansas aux États-Unis, « c’est le meilleur moyen d’échanger des idées et de créer un sentiment d’appartenance pour les jeunes », dans une région où la politique et une bonne part de l’économie sont tenues par deux clans familiaux peu désireux de laisser la place à une nouvelle génération.

En fait, affirme à l’AFP M. Sabah, tous ces cercles « sont des écoles d’ouverture : ils créent des générations qui gagnent en confiance et font changer la société » en butte à une pauvreté et un chômage grandissants et à des traditions conservatrices.

« Il y en a qui s’évadent en regardant le foot et d’autres qui préfèrent l’écriture ou la lecture », explique M. Sabah.

Pour son camarade de club de lecture, le professeur kurde Bakhtyar Farouq, « les jeunes Kurdes écrivent pour exprimer leur colère et leurs souffrances, mais aussi pour s’évader ».

Car, avec un passeport qui ne donne accès à quasiment aucun pays et qui suscite souvent des rejets de visas ou d’émigration, beaucoup d’Irakiens « lisent pour voyager, assure le professeur à l’AFP. On peut ainsi visiter Paris, par exemple, par la pensée ».

La littérature kurde, aujourd’hui principalement publiée en sorani et en kurmanji, les deux dialectes du Kurdistan d’Irak, est peu traduite au-delà des frontières. Quelques livres sont distribués en arabe, en farsi ou en turc, principalement à destination des Kurdes des pays voisins qui ne partagent pas toujours le même dialecte.

« Superhéroïne » d’Erbil

Mais « il manque une volonté politique : de nombreux pays dédient un budget à la diffusion de leur littérature à l’étranger, mais nous, pas encore », déplore M. Sabah.

Il existe toutefois la petite maison d’édition Nusyar Books, créée il y a deux ans à Copenhague, qui tente de faire rayonner la littérature kurde.

Elle récompense chaque année trois livres de jeunes auteurs et traduit actuellement en danois un recueil de poésie kurde moderne ainsi que deux romans vers le danois, l’anglais et le farsi.

« C’est extrêmement difficile et coûteux de traduire et exporter la littérature kurde, mais c’est un rêve que je réalise », affirme à l’AFP son fondateur, Alan Pary, lui-même poète et traducteur.

L’un des deux romans qu’il entend faire connaître au monde est signé Goran Sabah et constitue une petite révolution au Kurdistan. Il s’agit en effet du premier ouvrage de science-fiction jamais écrit en kurde.

Le livre, Les finisseurs de vie, s’attaque à la question ultrataboue en Irak du suicide, un phénomène en constante augmentation dans le pays. L’action se situe en 2100, avec une jeune Kurde d’Erbil qui met fin à une vague de suicide après que les religions, les technologies et la science ont échoué à le faire. L’auteur ne veut pas révéler la façon dont la jeune superhéroïne s’y prend, mais son œuvre a visiblement séduit. Publié fin février à 500 exemplaires, le roman est en rupture de stock et sera bientôt réimprimé.

Qassim KHIDHIR/AFP


Houda Kathem, 17 ans, attend anxieusement les commentaires concernant son premier roman, passé au grill des questions d’un club de lecture à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien où de jeunes auteurs donnent un souffle nouveau à la création littéraire locale.
« J’ai beaucoup appris en termes d’écriture et cela m’encourage à continuer », assure à l’AFP la jeune...

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