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Environnement - Entomologie

Pourquoi il ne faut pas (encore) avoir peur des criquets

Ces insectes redoutables sont observés ici et là au Liban depuis le retour des beaux jours. L’entomologiste Nabil Nemer pense cependant qu’il faut relativiser leur danger en cette saison.

Pourquoi il ne faut pas (encore) avoir peur  des criquets

Le criquet pèlerin, le plus redoutable des criquets ravageurs. Photo d’illustration Bigstock

Le criquet pèlerin n’est pas un insecte comme les autres. La moindre de ses apparitions provoque instantanément une poussée de panique, tant son image est liée dans l’inconscient populaire aux perspectives de famine, voire au présage de catastrophes à venir… Cela explique pourquoi les criquets aperçus çà et là au Liban depuis le début du printemps provoquent actuellement une inquiétude, une de plus en temps de crise.

S’exprimant sur la chaîne MTV, le ministre de l’Agriculture Abbas Mortada a appelé la population à ne pas paniquer, assurant que le ministère a effectué les contacts nécessaires avec l’armée pour profiter, le cas échéant, de ses hélicoptères en vue de pulvériser des insecticides sur de vastes superficies. Mais cela est-il indispensable ? Qu’en est-il vraiment ?

Contacté par L’Orient-Le Jour, l’entomologiste Nabil Nemer pense qu’il est encore très prématuré d’envisager des mesures aussi radicales contre le Schistocerca gregaria au Liban. « Les insectes observés actuellement sont des individus isolés. Ce sont très vraisemblablement des criquets qui sont demeurés sur le territoire depuis l’année dernière, et on recommence à les voir parce que le printemps est là et qu’il fait plus chaud. Mais nous sommes loin des essaims de millions d’insectes qui représentent un danger », explique-t-il.

Pour mémoire

Des essaims de criquets repérés à Tripoli et Saïda

Se référant à un site de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) qui observe la migration de ces insectes voraces communs en Afrique et au Moyen-Orient, l’expert souligne que même des pays plus exposés que le Liban à une telle invasion, comme la Jordanie ou l’Égypte, n’ont pas encore constaté l’arrivée d’essaims significatifs sur leur sol. Certains ont été vus cette année dans des pays tels que le Koweït, l’Irak, l’Éthiopie ou encore le Kenya. « De par son climat plus froid en hiver, et ses saisons qui alternent le chaud et le froid, le Liban est généralement le dernier pays de la région où le criquet pèlerin passe en grand nombre. Et il n’y séjourne durablement que dans de rares cas. En d’autres termes, avant l’été ou la fin de l’été, tout danger significatif est peu plausible », dit-il.

Les criquets pèlerins, les plus dangereux des espèces de criquets ravageurs, sont redoutés depuis des siècles pour leur voracité : ils sont capables d’anéantir des récoltes, et même d’attaquer les arbres dont ils se nourrissent des branches s’ils ont très faim. Mondialement, la dernière infestation d’envergure a eu lieu en 2004-2005, provoquant des pertes significatives de la production agricole en Afrique de l’Ouest, avec un impact sur la sécurité alimentaire dans cette région. Au Liban, la mémoire collective retient un épisode tragique du début du siècle dernier, où une invasion particulièrement terrible de criquets a contribué à la grande famine. Mais il n’y a plus eu d’épisodes aussi dévastateurs depuis, bien que la crainte se renouvelle pratiquement tous les ans.

Des insecticides ciblés

Comment, le cas échéant, peut-on lutter contre une invasion de criquets ? « Il existe différents types de pesticides permettant de piéger efficacement cet insecte, souligne Nabil Nemer. Il y a ce qu’on appelle des insecticides de contact, c’est-à-dire qu’ils sont pulvérisés sur les surfaces et qu’ils affectent l’insecte quand il entre en contact avec eux. Les plus efficaces sont ceux qui permettent une action de longue durée, afin qu’ils puissent être déposés sur les feuilles et les branches en prévision de l’arrivée du criquet. D’autres insecticides sont appelés systémiques, en d’autres termes ils sont absorbés par la feuille et tuent l’insecte par ingestion. »

Ces produits sont disponibles au Liban, même s’ils sont de qualité de plus en plus médiocre, étant importés de destinations de moins en moins chères en raison de la crise économique, souligne l’entomologiste. Et pour les agriculteurs, il y a une difficulté croissante d’accès à ces produits, en raison de leurs difficultés économiques. « Les agriculteurs peuvent avoir recours à ces produits en cas de présence limitée des insectes dans leurs champs, poursuit-il. Mais en cas de véritable infestation, la lutte individuelle devient vaine, et cela devient une affaire d’État. »

Interrogé sur la proposition du ministre d’utiliser des hélicoptères, Nabil Nemer doute de son efficacité. « Si les insectes sont en vol, l’hélicoptère n’y peut pas grand-chose, peut-être une telle action aurait une efficacité relative s’ils se posent pour manger, dit-il. Mais on est loin d’avoir besoin de telles méthodes. »

Les criquets pèlerins étant des insectes de pays chauds, le changement climatique peut modifier leur répartition géographique et en faire des pensionnaires constants au Liban à l’avenir. « Il est certain que le changement climatique nous rendra plus exposés si le climat du pays se réchauffe de manière significative. Mais tant que nous avons des saisons, et des températures variables et froides en hiver, le criquet préférera résider sous d’autres cieux », souligne enfin l’expert.


Le criquet pèlerin n’est pas un insecte comme les autres. La moindre de ses apparitions provoque instantanément une poussée de panique, tant son image est liée dans l’inconscient populaire aux perspectives de famine, voire au présage de catastrophes à venir… Cela explique pourquoi les criquets aperçus çà et là au Liban depuis le début du printemps provoquent actuellement une...

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