Rechercher
Rechercher

Société - Explosions au port

Le calvaire de six détenus a pris fin hier

Les officiers Joseph Naddaf et Charbel Fawaz pourraient bénéficier d’une protection.

Le calvaire de six détenus a pris fin hier

Le port de Beyrouth ravagé.

Le juge d’instruction près la Cour de justice, Tarek Bitar, a décidé hier de relâcher 6 des 25 personnes mises en détention provisoire dans le cadre de l’enquête sur la double explosion dévastatrice au port de Beyrouth, le 4 août dernier. Il s’agit de Joseph Naddaf et Charbel Fawaz, respectivement commandants au sein de la Sécurité de l’État et de la Sûreté générale, Élias Chahine et Khaled Khatib, sergents-chefs aux douanes, ainsi que Mikhaël Murr et Johnny Gergès, employés à la direction générale du port. Tous sont néanmoins interdits de voyager et frappés d’une décision de confiscation de leurs passeports.

Dès la prise en charge de ses fonctions en février dernier, M. Bitar avait affirmé que les droits des détenus dans cette affaire sont pour lui à égale priorité avec ceux des victimes. Ayant examiné les dossiers des détenus au cas par cas, il a pris la décision d’en libérer six. Le juge d’instruction a cependant rejeté les demandes de remise en liberté des 19 autres, notamment de hauts officiers et des directeurs généraux, dont le directeur général des douanes, Badri Daher, et le directeur de la Société de gestion et d’exploitation du port, Hassan Koraytem. Les six personnes relâchées restent donc à la disposition du magistrat pour les besoins de l’enquête. Avec leur remise en liberté, la question de leur sécurité est vite soulevée, compte tenu des mystérieux meurtres de trois personnes ayant un rapport direct avec le port, dont deux officiers des douanes et un photographe en possession de clichés des installations portuaires. Joseph Skaff, un colonel des douanes à la retraite, avait été retrouvé mort à Beit el-Chaar (Metn) en 2017. Mounir Abou Rjeily, un autre colonel des douanes à la retraite, avait été assassiné à Kartaba (Jbeil) en décembre dernier. Moins de trois semaines plus tard, un habitant de Kahalé, Joe Bejjani, qui aurait été en possession de photos compromettantes du port, avait été tué devant son domicile. À ce sujet, l’oncle de Joseph Naddaf, Halim Naddaf, révèle à L’OLJ que le directeur général de la Sécurité de l’État, Tony Saliba, se chargerait de prendre les mesures de précautions nécessaires, afin d’assurer la sécurité de l’officier. L’avocat Charles Ghosn estime de son côté que le commandant Fawaz pourrait bénéficier de mesures similaires qu’adopterait le directeur de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim.

« Incarcération abusive »

En attendant, le maintien en détention des 19 autres personnes a été mal accueilli dans les milieux proches de ces dernières. Talal Arslane, chef du Parti démocratique libanais, a ainsi critiqué le fait que Daoud Fayad, un commandant rattaché à la Sûreté générale, n’ait toujours pas été relâché. « Daoud Fayad est toujours détenu sous prétexte que le juge Bitar cherche à s’informer davantage des prérogatives de la Sûreté générale, m’a-t-on rapporté », a écrit M. Arslane sur son compte Twitter. « Son incarcération est abusive », a-t-il martelé, soulignant que l’officier « a exercé de manière exemplaire les fonctions qui lui étaient confiées ». Et de conclure : « Nous sommes sûrs de son innocence. »

Pour mémoire

Bitar promet d’appliquer la loi loin de toute complaisance

Interrogé sur la possibilité pour un détenu débouté de présenter une nouvelle requête de remise en liberté, Akram Azoury, spécialiste en droit pénal, affirme à L’OLJ qu’il peut le faire « tous les jours, sans aucune limite ». Quant à l’existence d’un lien entre une mise en liberté provisoire et une innocence présumée, M. Azoury explique que « la mise en liberté provisoire n’est pas une indication d’innocence, tout comme le maintien en détention provisoire n’est pas non plus un indice de culpabilité ». L’avocat du commandant Fawaz soutient néanmoins via L’OLJ que la décision de relâcher son client montre qu’« aucune charge » ne pèse sur lui. « Charbel Fawaz était responsable de vérifier l’identité des personnes entrant dans le port, et non de contrôler ceux qui pénètrent dans le hangar numéro 12 (dans lequel était emmagasiné le stock de nitrate d’ammonium à l’origine de la double déflagration), s’exclame Charles Ghosn, soulignant que « si le moindre soupçon pesait contre lui, il n’aurait pas été remis en liberté ». « Je suis persuadé que l’acte d’accusation (que le juge Bitar devra émettre à l’issue de ses investigations) décrétera l’arrêt des poursuites à son encontre. » Me Akram Maalouf – dont la cliente, Nayla el-Hage, contrôleuse technique des travaux au port, est toujours incarcérée – indique à L’OLJ que le rejet d’une demande de mise en liberté provisoire est « parfois dû au souci du juge de ne pas risquer une altération de l’instruction de l’affaire sur laquelle il se penche ». « Une personne peut se voir maintenue sous les verrous pour empêcher qu’une fois hors de prison elle soit menacée ou soudoyée, ou encore forcée à modifier ses dépositions initiales », indique-t-il. « En tout état de cause, la loi n’impose pas de délais de détention dans le cadre de dossiers déférés à la Cour de justice», déplore-t-il, rappelant qu’auprès des tribunaux communs, un juge d’instruction peut décider d’une détention provisoire de deux mois renouvelables une seule fois en cas de délit, et de six mois renouvelables une fois en cas de crime. Les 19 officiers et employés encore détenus sont incarcérés depuis huit mois dans la prison militaire de Rihaniyé.


Le juge d’instruction près la Cour de justice, Tarek Bitar, a décidé hier de relâcher 6 des 25 personnes mises en détention provisoire dans le cadre de l’enquête sur la double explosion dévastatrice au port de Beyrouth, le 4 août dernier. Il s’agit de Joseph Naddaf et Charbel Fawaz, respectivement commandants au sein de la Sécurité de l’État et de la Sûreté générale,...

commentaires (4)

Tout finira a la Libanaise , en queue de poisson...

DRAGHI Umberto

19 h 31, le 16 avril 2021

Tous les commentaires

Commentaires (4)

  • Tout finira a la Libanaise , en queue de poisson...

    DRAGHI Umberto

    19 h 31, le 16 avril 2021

  • et les vrais coupables courent toujours....

    IMB a SPO

    15 h 35, le 16 avril 2021

  • Comment se fait il qu'on a arrêté ces innocents si longtemps ?

    Esber

    10 h 46, le 16 avril 2021

  • "« Charbel Fawaz était responsable de vérifier l’identité des personnes entrant dans le port, et non de contrôler ceux qui pénètrent dans le hangar numéro 12 (dans lequel était emmagasiné le stock de nitrate d’ammonium à l’origine de la double déflagration)..." On ne nous a toujours pas dit qui est responsable du contrôle des marchandises qui pénètrent dans le hangar numéro 12! Et qui a pris la décision de décharger le Rhosus, au lieu de le renvoyer d'où il est venu, ou de le laisser tout simplement couler avec sa cargaison d'explosifs! Tout le reste n'a aucune sorte d'importance! On continue de tourner autour du pot...

    Georges MELKI

    10 h 31, le 16 avril 2021

Retour en haut