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Économie - Crise

Le Liban en « dépression économique sévère », selon la Banque mondiale

L’organisation internationale estime que la situation du pays du Cèdre ne s’améliorera pas en 2021.

Le Liban en « dépression économique sévère », selon la Banque mondiale

La Banque mondiale a estimé que le PIB libanais s’est contracté de 20,3 % en 2020. Vue sur l’autoroute de Dbayé (Nord de Beyrouth). Photo P.H.B.

« Le Liban endure une dépression économique sévère et prolongée. » C’est en ces termes que la Banque mondiale (BM) a décrit cette semaine la situation du pays du Cèdre dans la fiche technique publiée en marge de ses réunions printanières annuelles organisées conjointement avec le Fonds monétaire international (FMI). Des réunions à l’issue desquelles les deux organisations mettent généralement à jour les données macroéconomiques des pays qu’elles étudient.

Le Liban est effectivement bien mal en point, pris en étau entre la crise économique et financière d’une part, marquée par des restrictions bancaires et une dépréciation de sa monnaie de près de 87 % ; et les contraintes de la situation sanitaire liée au coronavirus d’autre part, qui ont pratiquement réduit à néant l’activité de certains secteurs-clés, dont le tourisme. Le terme de dépression économique utilisé par la BM est loin d’être anodin. Les économistes l’emploient en effet pour décrire une forme grave de crise économique, qui peut être caractérisée par plusieurs facteurs, dont une chute de production durant au moins trois ans ou une baisse du PIB de plus de 10 % en un an. L’épisode de dépression économique le plus célèbre est celui de la Grande Dépression des années 1930 principalement aux États-Unis, qui s’est étalée du krach boursier de 1929 au début de la Seconde Guerre mondiale, mais qui a été caractérisée, à la différence du Liban, par une baisse globale des prix, étant causée par l’éclatement d’une bulle spéculative.

Politiques macroéconomiques « inadéquates »

Toutes proportions gardées, compte tenu de la différence de stature entre les deux pays, c’est bien cette trajectoire que semble actuellement emprunter le Liban dont le PIB réel est en déclin depuis trois ans, selon les estimations de la BM, soit -1,93 % en 2018, -6,7 % en 2019 et enfin -20,3 % (en déduisant l’effet de l’inflation), des estimations assez proches de celles du FMI. L’Administration centrale de la statistique libanaise (ACS) n’a toujours pas publié les estimations de 2020 et tablait sur un PIB en baisse de 1,7 % en 2018 et de 7,2 % en 2020. En valeur, la Banque mondiale estime que le PIB libanais a atteint 33,4 milliards de dollars en 2020 contre 51,99 milliards en 2019. Toujours selon la BM, l’inflation a, elle, culminé à 84,3 % en 2020, soit un chiffre proche de celui de l’ACS (84,9 %). Le terme de dépression a également été utilisé par l’Association des commerçants de Beyrouth (ACB) qui a publié hier son indice trimestriel mesurant l’évolution des ventes de détail, en coopération avec Fransabank.

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La situation du pays ne devrait pas s’améliorer en 2021, considère en outre l’institution de Brettons Woods, qui anticipe une contraction du PIB de 9,5 % sur cet exercice, les effets du Covid-19 sur l’économie ne s’atténuant pas et les politiques macroéconomiques restant « inadéquates ». Le pays, qui était jusqu’à présent parmi les États à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, soit de 4 046 à 12 535 dollars de PIB/habitant, se rapproche dangereusement d’une rétrogradation à la catégorie inférieure, suite à l’effondrement de 40 % de cet indicateur (4 891,3 dollars par habitant actuellement).

Autant de paramètres qui permettent donc à l’organisation d’anticiper une aggravation « prolongée » de la situation libanaise, avec l’inflation annuelle qui restera à deux chiffres (80 %), entre autres caractéristiques d’une conjoncture déjà délétère. Plus de la moitié de la population libanaise (55 %) vivait en effet déjà en mai dernier sous le seuil de pauvreté, selon l’Escwa, une agence des Nations unies. Des sondages entrepris par téléphone en novembre-décembre par la Banque mondiale montrent que 41 % des ménages connaissent des difficultés à acheter de la nourriture. Le Liban a d’ailleurs connu la plus forte augmentation des prix alimentaires parmi les 20 pays de la zone du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (Malte incluse) entre le 14 février 2020 et le 30 mars 2021, selon l’étude de l’institution internationale. Le taux de chômage, quant à lui, est passé de 28 % en février 2020 (avant les mesures de confinement liées au Covid-19), à 40 % en novembre-décembre.

Reportage

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Les comptes de l’État ne sont pas en meilleure forme. Les revenus ont diminué de 20,2 % durant les huit premiers mois de l’année, les derniers chiffres officiels disponibles, en raison d’une baisse des revenus de la TVA, des télécoms et des douanes. Les dépenses, elles, ont également chuté de près de 18,4 %, en raison du défaut de paiement des eurobonds depuis mars 2020. La Banque mondiale appelle donc à la restructuration de la dette publique – le ratio dette/PIB reste élevé en 2021 (180,7 % contre 186,7 % en 2020) – et du secteur financier qui accuse de lourdes pertes.

Le secteur primaire (agriculture) est le seul des trois à avoir connu une hausse en 2020 (+29,7 %), le tertiaire, celui des services ayant subi la baisse la plus forte (-19 %), suivi par le secteur secondaire (industrie) de -9,4 % en 2020. Cette année, les trois secteurs subiront une chute de production de près de 9 % chacun, selon les estimations de la Banque mondiale.

Comme attendu, les ventes de détail se sont effondrées à fin 2020
Le dernier indice trimestriel de l’activité économique au Liban, publié hier par Fransabank et l’Association des commerçants de Beyrouth (ACB) est, sans surprise, lui aussi en « dépression ». Établi à 5,36 points, cet indice mesure la vente réelle au détail (la base 100 est mesurée au dernier trimestre 2011), tous secteurs confondus. En forte baisse par rapport à la même période en glissement annuel (33,96 points) et ayant atteint 5,52 points au trimestre précédent, cet indice continue de battre les records de mauvaises performances enregistrées depuis sa création, pendant que le Liban continue de s’enfoncer dans une crise économique et financière sans précédent, aggravée par la pandémie de Covid-19 et par la double explosion au port de Beyrouth du 4 août dernier. L’activité commerciale, ou « ce qu’il en reste » note l’ACB dans ce rapport, démontre à la fois une diminution de l’indice de vente réelle au détail et une augmentation de l’inflation depuis le dernier trimestre de 2012 de manière presque continue, atteignant +145,84 % en glissement annuel à fin 2020. Réduisant fortement le pouvoir d’achat des Libanais, également soumis depuis plus d’un an à des restrictions bancaires imposées sur leurs comptes en devises et à la dépréciation de la monnaie nationale (dont la parité officielle avec le dollar américain à 1 507,5 livres libanaises fait pâle figure face à la valeur repère du marché parallèle tournant dernièrement autour des 12 000 livres le dollar), le taux d’inflation s’est établi à 12,96 % en glissement trimestriel, selon l’Administration centrale de la statistique (ACS). L’indice ACB/Fransabank pondère les résultats d’un échantillon d’entreprises représentant l’ensemble des filières du commerce de détail en fonction du taux d’inflation calculé par le CAS. Ainsi, le chiffre d’affaires réel des commerces de détail (calculé en retirant l’effet de la hausse des prix) s’est établi à -82,24 % (en y incluant les carburants) en glissement annuel. Aucun des secteurs listés n’a rendu de bilans positifs au dernier trimestre de 2020. Le rapport trimestriel indique ainsi que l’indice de onze secteurs a chuté en moyenne de plus de 90 %, tels les parfums et cosmétiques (-92,73 %), les objets et équipements sportifs (-94,86 %) et les instruments de musique (-98,7 %), tandis que neuf autres ont baissé de plus de 80 %, comme les restaurants et snacks (-88,45 %), les supermarchés et magasins d’alimentation (- 88, 33 %) et les centres commerciaux (-89,22 %). Parmi les cinq secteurs restants, seuls les produits pharmaceutiques, les équipements auditifs et de vue et les équipements médicaux ont baissé de moins de 50 %, avec -12,45 %, -34,27 % et -45,97 %, respectivement. Le secteur des carburants a vu ses ventes augmenter de 7,21 % en volume.

« Le Liban endure une dépression économique sévère et prolongée. » C’est en ces termes que la Banque mondiale (BM) a décrit cette semaine la situation du pays du Cèdre dans la fiche technique publiée en marge de ses réunions printanières annuelles organisées conjointement avec le Fonds monétaire international (FMI). Des réunions à l’issue desquelles les deux...

commentaires (6)

Merci qui? Le mandat soit disant fort….je ris. Il est en effet très fort pour rétablir le prestige de l’état et étendre sa juridiction à tout le pays. Il est très fort pour décider de la guerre ou de la paix. Assez tourner autour du pot et faire la politique de l’autruche. Il faut un régime VRAIMENT FORT et un président élu PAR LE PEUPLE quelle que soit sa communauté. Le système Libanais ne marche plus depuis 1973 ,maintenant ..il faudra attendre quand pour le changer ??encore un siècle!!!

Liban Libre

23 h 52, le 08 avril 2021

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Commentaires (6)

  • Merci qui? Le mandat soit disant fort….je ris. Il est en effet très fort pour rétablir le prestige de l’état et étendre sa juridiction à tout le pays. Il est très fort pour décider de la guerre ou de la paix. Assez tourner autour du pot et faire la politique de l’autruche. Il faut un régime VRAIMENT FORT et un président élu PAR LE PEUPLE quelle que soit sa communauté. Le système Libanais ne marche plus depuis 1973 ,maintenant ..il faudra attendre quand pour le changer ??encore un siècle!!!

    Liban Libre

    23 h 52, le 08 avril 2021

  • NOUS SOUHAITONS, JE SOUHAITE, SOUTENIR L,OLJ. C,EST NOTRE JOURNAL. MAIS UNE DEMANDE. SOUTENEZ-NOUS VOUS AUSSI, SOUTENEZ VOS ABONNES, VOS INTERNAUTES ET LEURS LIBRES EXPRESSIONS DANS LE FORUM, LEUR UNIQUE VOIX, EN NE LES CENSURANT PAS TANT QU,ILS RESPECTENT LES REGLES ETABLIES ET N,INSULTENT PERSONNE. MERCI.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    18 h 58, le 08 avril 2021

  • ET LES MAFIEUX QUI L,ONT GOUVERNE ET GOUVERNENT EN EXPANSION FINANCIERE ULTIME, BIEN QUE TOUT EST BIEN CACHE DANS DES OFFSHORE ET DES NOMS DE PARENTS, DE FEMMES, DE FILS, FILLES ET DE GENDRES.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    18 h 14, le 08 avril 2021

  • Ce rapport a omis de préciser à partir de quel pourcentage de taux d’inflation il serait possible à Aoun d’imposer ses alliés comme seuls sauveurs et en intronisant son gendron président pour sauver le pays. Il est impensable de voir ce qui se passe dans ce pays sans que son peuple ne bouge leurs fesses pour dégager tous les responsables de leurs malheurs et de sauver leur honneur et leur pays. INCROYABLE, DU JAMAIS VU.

    Sissi zayyat

    14 h 19, le 08 avril 2021

  • je me demande dans quelle mesure sont fiables les chiffres emis par la BM et d'autres instances, locales et/ou int'l !

    gaby sioufi

    10 h 46, le 08 avril 2021

  • ET IL VEUT PREPARER SON GENDRE A LA SUCCESSION ET IL SBLOQUENT ENSEMBLE DEPUIS HUIIT MOIS LA FORMATION DU GOUVERNEMENT. ET C,EST LA COURS DES MIRACLES ET DES MISERABLES QU,ILS VPNT LAISSER EN HERITAGE AU PEUPLE LIBANAIS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 20, le 08 avril 2021

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