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Moyen-Orient - Jordanie

Fracture scellée entre le prince et le roi ?

Le demi-frère du souverain hachémite refuse d’obéir aux injonctions de cesser ses « activités », et accuse le pouvoir de « corruption » et d’« incompétence ».

Fracture scellée entre le prince et le roi ?

Un Jordanien lisant son journal après l’annonce d’une tentative de coup d’État en Jordanie, samedi. Khalil Mazraawi/AFP

Accusé d’implication dans un complot « maléfique » contre son pays, le prince Hamza de Jordanie, demi-frère du roi Abdallah II, a affiché sa défiance en exprimant son refus d’obéir aux injonctions de cesser ses « activités » et de restreindre ses mouvements.

Le prince Hamza, 41 ans, a nié dès samedi les allégations à son encontre, et accusé en retour le pouvoir de « corruption » et d’ « incompétence », scellant la fracture dans la famille royale jordanienne.

Dans une conversation enregistrée et diffusée dimanche soir sur Twitter, le prince affirme à un interlocuteur non identifié : « C’est sûr que je n’obéirai pas (aux ordres du chef d’état-major, le général Youssef Huneiti) quand il me dit que je ne suis pas autorisé à sortir, à tweeter, à communiquer avec les gens et que je suis seulement autorisé à voir ma famille. »

Ce complot, le premier du genre depuis la création du royaume hachémite il y a 100 ans, a éclaté au grand jour samedi avec la mise en cause du prince Hamza dans des « activités » pouvant nuire au royaume et l’annonce de l’arrestation de plusieurs personnalités jordaniennes, dont d’anciens responsables, pour des « raisons de sécurité ».

Le même jour, le prince Hamza, fils aîné de feu le roi Hussein, et de la reine Noor, une Américaine, a affirmé qu’il était assigné à résidence dans son palais à Amman. Les autorités n’ont pas confirmé cette mesure. Le lendemain, le vice-Premier ministre Ayman Safadi a déclaré que la « sédition » avait été « tuée dans l’œuf », après avoir accusé le prince Hamza d’avoir collaboré avec une « puissance étrangère », non identifiée, pour tenter de déstabiliser le royaume et fait état de l’arrestation d’une quinzaine de personnes, dont Bassem Awadallah, un ex-conseiller du roi. En soirée, le palais royal a annoncé que Abdallah II a pris l’initiative d’une médiation avec le prince Hamza pour régler la fracture au sein de la famille royale. « Sa Majesté le roi Abdallah II a décidé de traiter la question du prince Hamza dans le cadre de la famille hachémite et il l’a confiée à (son oncle) le prince Hassan qui, à son tour, a communiqué avec le prince Hamza, et ce dernier a dit qu’il adhérait à l’approche de la famille... » a tweeté le palais. Selon des sources locales, le prince aurait également signé une lettre de serment d’allégeance au roi Abdallah II.

Internet coupé

À la demande du roi, le chef d’état-major s’est rendu samedi au domicile du prince Hamza pour lui demander de cesser « tous les mouvements et activités visant la sécurité et la stabilité de la Jordanie », mais la réunion s’est mal passée, a ajouté M. Safadi. « J’ai enregistré toute la conversation et je l’ai distribuée (...) Maintenant, j’attends de voir ce qui va arriver et ce qu’ils vont faire. Je ne veux pas bouger (pour l’instant) car je ne veux pas aggraver la situation », a dit le prince dans son dernier enregistrement en dénonçant une situation « inacceptable ».

Lors d’un exercice militaire hier dans l’est du pays, M. Huneiti a affirmé que les forces armées et les agences de sécurité avaient « la capacité, la compétence et le professionnalisme nécessaires pour faire face à toutes les situations locales et régionales, à toutes les formes de menace sur les frontières, et à toute tentative visant à saper la sécurité de la patrie, à terroriser ses citoyens, et à déstabiliser la sécurité et la stabilité du royaume ». « C’est notre engagement envers la patrie et ses dirigeants hachémites », a-t-il ajouté.

Selon des habitants lundi, internet est coupé depuis deux jours dans le quartier huppé de Dabouq, dans l’ouest de la capitale Amman, où vivent le prince Hamza, ainsi que d’autres princes et princesses.

Conformément au souhait de son père, décédé en 1999, Hamza avait été nommé prince héritier lorsque Abdallah II était devenu roi. Mais en 2004, le souverain lui a retiré ce titre pour le donner à son propre fils aîné, Hussein.

Pour Ahmad Awad, qui dirige à Amman l’institut Phenix Center for Economics and Informatics Studies, « ce qui est arrivé est une première par son intensité dans l’histoire de la Jordanie ». « C’est le début d’une crise et pas la fin. Cela montre qu’il faut des réformes tant politiques qu’économiques et démocratiques », a-t-il dit.

Soutiens étrangers ?

Selon M. Safadi, « les enquêtes (sur ce complot) ont révélé des liens entre Bassem Awadallah et des parties extérieures (...) pour mettre en œuvre des plans maléfiques visant à ébranler la stabilité de la Jordanie ». « Une personne ayant des liens avec des services de sécurité étrangers a été en contact avec la femme du prince Hamza et lui a proposé de mettre à sa disposition un avion pour quitter la Jordanie », a-t-il ajouté sans préciser l’identité de cette « personne ».

L’Israélien Roy Shaposhnik a par la suite affirmé dans un communiqué être « un ami du prince Hamza » et avoir fait un « geste humanitaire modeste » en « invitant la femme et les enfants du prince à venir chez moi en Europe ». Il a cependant souligné n’avoir « jamais été un agent du renseignement d’Israël ou d’aucun autre pays ».

Les messages de soutien au roi Abdallah II ont dans le même temps continué d’affluer de l’étranger. Les derniers en date, ceux du Koweït, des Émirats arabes unis et de Russie. « Nous soutenons les efforts des autorités légitimes de Jordanie, et personnellement du roi Abdallah II, pour assurer la stabilité intérieure » du pays, a affirmé le ministère des Affaires étrangères à Moscou. Depuis samedi soir, les monarchies du Golfe ont fait bloc derrière le souverain jordanien en lui exprimant leur plein soutien dans des déclarations distinctes. Le roi Salmane d’Arabie saoudite et le prince héritier Mohammad ben Salmane ont appelé le roi jordanien pour l’assurer de leur solidarité et de leur soutien. Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a également appelé Abdallah II et l’a assuré de « (son) entière solidarité » et de son « plein soutien », selon un communiqué de la présidence égyptienne.

Source : AFP


Accusé d’implication dans un complot « maléfique » contre son pays, le prince Hamza de Jordanie, demi-frère du roi Abdallah II, a affiché sa défiance en exprimant son refus d’obéir aux injonctions de cesser ses « activités » et de restreindre ses mouvements.Le prince Hamza, 41 ans, a nié dès samedi les allégations à son encontre, et accusé en retour le...

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