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Politique - Focus

Téhéran bloque-t-il la formation du gouvernement libanais ?

Si les détracteurs du Hezbollah l’accusent d’être la véritable cause de la paralysie actuelle, le discours de Hassan Nasrallah d’hier soir tend à fragiliser cette thèse.

Téhéran bloque-t-il la formation du gouvernement libanais ?

Un combattant du Hezbollah brandissant les drapeaux du parti chiite et de l’Iran. Photo d’archives AFP

Qu’est-ce qui empêche la formation du gouvernement libanais ? C’est la question à un million de dollars à laquelle tout le monde tente de répondre depuis des mois. Est-il possible, compte tenu de la situation d’effondrement généralisé dans laquelle se trouve le pays, que le blocage soit uniquement lié à des luttes internes de pouvoir ? Chacun avance sa théorie, qui mêle le plus souvent des considérations locales et des enjeux régionaux. Les raisons invoquées par les premiers concernés en sont le meilleur exemple.

Le Premier ministre désigné Saad Hariri fait assumer au président de la République Michel Aoun et à son gendre la responsabilité du blocage. Il les accuse de tout faire capoter faute de pouvoir obtenir le tiers de blocage et la réhabilitation politique du chef du CPL Gebran Bassil. Souhaitant éviter la confrontation avec le Hezbollah, Saad Hariri ne l’accuse pas, ni lui ni son parrain iranien, d’entraver la formation du gouvernement. Il aurait même fait passer cette consigne à tous les membres de son bloc. Mais plusieurs personnes dans son proche entourage n’hésitent pas, en privé, à pointer du doigt le parti chiite. « Si le Hezbollah avait voulu un gouvernement, il aurait exercé des pressions pour l’avoir », dit un proche du chef du courant du Futur qui a souhaité garder l’anonymat. Signe que le sujet le préoccupe tout de même, Saad Hariri s’est renseigné sur la position de l’Iran par rapport à ce dossier, lors de sa rencontre avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, à Abou Dhabi le 9 mars dernier. Le diplomate russe lui a assuré que l’Iran, partenaire de Moscou en Syrie, ne cherchait pas à bloquer la formation du cabinet, d’après le proche de Saad Hariri. Du côté de Michel Aoun et de Gebran Bassil, on soupçonne Saad Hariri de ne pas vouloir former de gouvernement pour des raisons liées à ses contacts à l’étranger. Selon MM. Aoun et Bassil, le Premier ministre désigné est soumis à des conditions qui lui sont imposées par les puissances sunnites régionales, principalement l’Arabie saoudite. Le royaume refuse pour l’instant de soutenir son ancien poulain à qui il reproche d’être trop conciliant avec le Hezbollah, considéré comme une menace par Riyad. Selon les aounistes, Saad Hariri attend ainsi la conclusion d’un nouvel accord irano-américain qui obligerait le royaume à adopter une vision plus réaliste de la situation au Liban.

La « carte libanaise »
C’est cet accord, qui ressemble pour l’instant à un mirage, qui constitue pour beaucoup le principal potentiel levier de déblocage de la scène politique libanaise. Autant les États-Unis que l’Iran souhaitent, pour des raisons différentes, ressusciter l’accord sur le nucléaire, mais cette ambition se heurte aujourd’hui aux exigences antinomiques des deux pays. De nombreux observateurs locaux estiment ainsi que l’Iran a intérêt à conserver pour l’instant sa « carte libanaise » pour pouvoir l’utiliser au moment où débuteront les négociations sérieuses. Le discours de Hassan Nasrallah du 18 mars dernier, dans lequel il avait « conseillé » la formation d’un gouvernement techno-politique (et non de technocrates comme souhaité par Saad Hariri), a été interprété dans le sens d’une volonté de retarder la formation du cabinet.

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Plusieurs diplomates occidentaux en poste à Beyrouth partagent cette lecture. « L’équation adoptée par le Hezbollah est désormais claire, explique un diplomate onusien de haut rang. Ce parti n’est pas focalisé sur les détails. Qu’importe la forme du cabinet, il sait au final qu’il ne se fera pas sans lui et qu’il pourra en tirer bénéfice. Il ne souhaite cependant pas faire pression sur Michel Aoun ni entrer en conflit avec Saad Hariri. Son souci est ailleurs : qu’il y ait un gouvernement ou pas, il veut rester maître du jeu. L’approche qu’il a du Liban est plus vaste, et tient compte des dossiers régionaux et de la situation en Iran. »

Officiellement, l’Iran a annoncé clairement qu’il voulait faciliter ce processus, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif. Ce dernier l’a affirmé à son homologue russe, ajoutant même que son pays n’était pas favorable à l’octroi du tiers de blocage à quelque partie que ce soit. Mais le ministre iranien, dans le camp des modérés, n’a pas vraiment la main sur le dossier libanais qui est géré par les gardiens de la révolution. Une déclaration récente faite par un autre responsable iranien, Hussein Amir Abdel Lahyan, responsable du dossier libanais et adjoint du président du Parlement iranien pour les affaires internationales, donne un autre son de cloche sur la vision iranienne du blocage actuel. Dans un tweet datant du 29 mars dernier, il a accusé l’Arabie saoudite, les États-Unis et la France d’empêcher la formation d’un gouvernement fort et pouvant compter sur la « résistance », en référence au Hezbollah. Beaucoup font ainsi le parallèle entre la situation actuelle et celle qui prévalait lors de la formation du gouvernement de Tammam Salam en 2014. La naissance du cabinet avait alors été retardée de onze mois, et celui-ci n’avait été formé qu’à la suite d’une session de négociations entre les États-Unis et l’Iran à Oman. À l’époque, Tammam Salam avait reçu un coup de fil du président américain Barack Obama, lui affirmant qu’il y aurait probablement un déblocage prochain. En parallèle, Mohammad Javad Zarif s’était rendu au Liban et le cabinet s’était formé peu après.

« Le Hezb a besoin de ce gouvernement »
Selon un diplomate européen ayant requis l’anonymat, il semble que l’Iran soit le principal élément de blocage du processus actuel. « Nous sommes convaincus que même si le président Aoun modifiait ses conditions, d’autres nœuds apparaîtraient, tels que la nécessité de représenter le bloc de la Rencontre consultative (sunnites du 8 Mars, NDLR) ou celle de trouver un consensus au préalable autour du programme du gouvernement et de ses plans... » affirme-t-il.

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Le Hezbollah n’a effectivement fait aucune concession en faveur de l’initiative française qui l’avait pourtant impliqué dans le processus. Cette attitude pourrait être liée à une volonté iranienne de négocier directement avec les États-Unis. L’arrivée au pouvoir de Joe Biden, qui prône une approche plus diplomatique vis-à-vis de l’Iran, devrait toutefois faciliter les choses. C’est l’une des raisons avancées par les milieux du Hezbollah pour démonter les théories qui accusent le parti de vouloir gagner du temps. « La position américaine est dorénavant beaucoup plus malléable puisque Washington n’est plus hostile à un gouvernement où le Hezbollah serait représenté de manière indirecte, quitte à ne pas collaborer avec ses ministres », dit un proche du parti de Dieu. « Le Hezbollah ne peut être l’auteur du blocage puisqu’il a besoin de ce gouvernement, mais refuse catégoriquement qu’il soit formé sans lui, afin que les équilibres soient respectés. » Selon ce proche du parti chiite, « l’Iran n’entre pas dans les détails de la formation du gouvernement ».

Le discours de Hassan Nasrallah d’hier soir donne du crédit à cette thèse. « Le pays est à bout de souffle et n’a plus le luxe du temps. Il est grand temps de mettre tout de côté, les attentes et les divergences, et de se lancer dans une sérieuse tentative de sortir le pays de l’impasse actuelle », a déclaré le secrétaire général du parti dans une volonté manifeste de pousser tout le monde, y compris ses alliés, à faire des compromis. Après la démission de Saad Hariri, le parti de Dieu avait appuyé la nomination de Hassane Diab, estimant que le vide pourrait être propice au chaos. Même si le parti distribue des dollars et des aides à ses plus proches partisans, sa base sociale souffre de la crise économique et pourrait être de plus en plus difficile à contenir. Ce changement dans le discours du chef du Hezbollah augure-t-il d’un déblocage prochain ? Rien n’est moins sûr. Car pour certains analystes, si le parti chiite veut voir naître le nouveau cabinet, il n’est pas le seul décideur : pour l’Iran, les jeux ne sont toujours pas faits et le temps n’est pas (encore) au compromis. 

Le CPL et le PDL insistent sur la solidité de leur alliance
Le Courant patriotique libre de Gebran Bassil et le Parti démocratique libanais de Talal Arslane ont réaffirmé hier leur alliance politique, alors que le processus gouvernemental est paralysé en raison notamment de rivalités politiques et personnelles entre le fondateur du CPL, le chef de l’État Michel Aoun, et le Premier ministre désigné, Saad Hariri. Lors d’une réunion entre des responsables des deux partis, le CPL et le PDL ont insisté sur « l’alliance et la coordination » qui les unissent, « la poursuite de la lutte contre la corruption et l’obtention d’un retour sécurisé des déplacés » syriens. Si les deux partis n’ont évoqué à aucun moment de manière explicite le dossier de la formation du gouvernement, ils ont parlé toutefois de « coopération continue et solide sur les dossiers politiques internes en tous genres ». Ils ont également appelé à intensifier les réunions bipartites dans toutes les régions où les deux formations sont présentes.

Qu’est-ce qui empêche la formation du gouvernement libanais ? C’est la question à un million de dollars à laquelle tout le monde tente de répondre depuis des mois. Est-il possible, compte tenu de la situation d’effondrement généralisé dans laquelle se trouve le pays, que le blocage soit uniquement lié à des luttes internes de pouvoir ? Chacun avance sa théorie, qui mêle le plus...

commentaires (8)

C'est connu que le cancer au début attaque un organe mais une fois en métastase, il envahit tout le corps... Et c'est là que l'intérêt du corp disparaît au profit du cancer ... Sommes nous déjà en métastase ou avons nous encore des chances de nous en sortir???

Wlek Sanferlou

01 h 52, le 02 avril 2021

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Commentaires (8)

  • C'est connu que le cancer au début attaque un organe mais une fois en métastase, il envahit tout le corps... Et c'est là que l'intérêt du corp disparaît au profit du cancer ... Sommes nous déjà en métastase ou avons nous encore des chances de nous en sortir???

    Wlek Sanferlou

    01 h 52, le 02 avril 2021

  • Mr. Harriri donnez votre démission . On aura un iranien comme premier ministre et le drapeau du Hezbollah , le drapeau du cedre sera pour les vrais libanais a l'étrange ??????

    Eleni Caridopoulou

    20 h 33, le 01 avril 2021

  • pas encore convaincus des personnes qui continuent a montrer les persans du doigt. Khamenai n'a pas besoin d'intervenir , il lui suffit de tirer profit des merdeux libanais qui font tout mais pas ce qui est de leur devoir . tenant compte d'un fait intelligemment observe par aoun & par hassan nasrallah qui ne peuvent survivre l'un sans l'autre.

    Gaby SIOUFI

    17 h 36, le 01 avril 2021

  • Téhéran et ses barbus sont férocement attirés par le Liban tel des tiques . Les libanais doivent s’unifier et les affronter sans égards autrement ils continueront de sombrer chez nous.

    Wow

    12 h 57, le 01 avril 2021

  • On trouve un peu de tout et de son contraire dans cet article. Le HB n’a pas intérêt à bloquer la formation mais ne veut rien céder et veut faire partie de ce gouvernement pour continuer à être le maître de la situation. L’’Iran n’intervient pas dans la formation mais les gardiens de la révolution gère le dossier libanais. C’est quoi cette analyse? Hariri ne veut pas rentrer en conflit avec le HB et ne le dénonce pas publiquement de tout torpiller mais ne veut pas fâcher les saoudiens qui refusent d’avancer leurs aides tant que HB fait partie du gouvernement. Le CPL et le DPL renforcent leur alliance pour bloquer Hariri dans son travail et l’empêcher de former le gouvernement. Les États Unis veulent négocier avec l’Iran mais ne veulent pas céder à leurs conditions qui deviennent de plus en plus irrecevables. Alors le Liban est le centre de tous les problèmes de la région alors qu’il n’a aucun intérêt à en tirer mais sera sacrifié. Il servira de bouc émissaire quelque soit la solution grâce aux protagonistes vendus qui ne voient que leurs intérêts personnels et laissent le pays aux mains des mercenaires pour l’achever et tout cela au vu et au su des libanais qui sont cantonnés dans le rôle de spectateurs comme si tout cela ne les concerner pas. Que dit l’opposition? Ou en est la relève? Pourquoi le marchandage continue alors que ce pays est tiraillé par des pays qui tirent leur force de sa faiblesse vu qu’on entend pas les voix s’élever pour dire STOP et tout chambouler.

    Sissi zayyat

    11 h 29, le 01 avril 2021

  • Question à un million de dollars à laquelle tout le monde tente de répondre depuis des mois ?? Tiens !!! La réponse ne coute qu’UN CENT (dixième de dollar) : Bye Bye M. INUTILE membre des KOULONS. Un an et demi de tragédie révolutionnaire ( au fait OU SONT ILS ???) a dû lui donner tout le temps de méditer ?? Non, le voilà de retour et qui continue à faire du tourisme (déjà six mois )INCAPABLE DE DÉCISION : parfait exemple du Complexe de Castration… ALLONS , QUE PEUT ON ESPERER ?!

    aliosha

    11 h 25, le 01 avril 2021

  • LA REPONSE VIENT TOUTE SEULE. C,EST DE L,IRAN ET DE LEURS MERCENAIRES ET PARAVENTS QUE VIENNENT TOUS LES MALHEURS QUI FRAPPENT LE LIBAN,

    CENSURER EST UN CRIME. NI REABONNEMENT NI SOUTIEN.

    08 h 49, le 01 avril 2021

  • Pourquoi a-t-il attendu un an et demi pour faire cette déclaration ? Toute analyse devrait principalement répondre à cette question ?

    Zovighian Michel

    06 h 37, le 01 avril 2021

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