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Sport - Portrait

Rami Rasamny, l’alpiniste au grand cœur...

Le jeune homme de 34 ans met à profit sa passion de la montagne et des activités de plein air pour lever des fonds humanitaires et venir en aide aux Libanais nécessiteux.

Rami Rasamny, l’alpiniste au grand cœur...

Les alpinistes libanais Rami Rasamny et Avedis Kalpakian se préparent à accomplir un exploit, cette saison ou la prochaine, en s’attaquant au mont Gasherbrum II (8 034 m) au Pakistan, dans la chaîne de l’Himalaya, sans l’aide d’oxygène. S’ils réussissent, ils deviendront la première cordée arabe à réaliser un tel exploit. Photo fournie par Rami Rasamny

Le 8 mars, l’alpiniste libanais Rami Rasamny, âgé de 34 ans, a couru de la base du mont Kilimandjaro (Tanzanie) jusqu’au sommet (5 895 m) et retour en 14 heures et 23 minutes, devenant le Libanais et Arabe le plus rapide à gravir le plus haut sommet du continent africain, et l’un des rares alpinistes de la planète à le faire par la voie dite Arrow Glacier (Glacier de la flèche).

Organisée par l’ONG humanitaire Mission Lebanon, dont Rami est l’un des fondateurs et un membre non actif, cette ascension, baptisée The KilimanjaRun, visait initialement à collecter 5 895 dollars de fonds – un dollar par mètre gravi – pour financer le projet de la chef Tina Wazirian de distribution gratuite de plats cuisinés aux victimes de l’explosion du port de Beyrouth et de la grave crise économique et sociale que traverse le pays du cèdre. Un but plus que largement atteint, les fonds récoltés avoisinant les 8 000 dollars jusqu’à présent. Et le compteur tourne encore, selon Fundahope, une plateforme internet de collecte de fonds humanitaires créée par de jeunes Libanais concernés par le sort de leur pays, les donations continuant à affluer.

Le 8 mars dernier, Rami Rasamny n’en était pas à son coup d’essai. En septembre 2020, il avait parcouru le Liban du Sud au Nord, bouclant la piste du Lebanon Mountain Trail (LMT, 470 km) en 7 jours, 10 heures et 14 minutes – record national à la clé. Là encore dans un but humanitaire : il avait levé 14 000 dollars d’aides à la Croix-Rouge libanaise (CRL).

Le 8 mars, Rami Rasamny a gravi le mont Kilimandjaro (5 895 m) et en est redescendu en 14 heures et 23 minutes, devenant le Libanais et Arabe le plus rapide à atteindre le plus haut sommet d’Afrique. Photo fournie par Rami Rasamny

Affronter ses démons

« Depuis octobre 2019, le Liban a traversé une série de crises, notamment l’explosion au port de Beyrouth, le verrouillage dû au Covid-19 et une économie en grande souffrance, les Libanais en subissant les très lourdes conséquences. J’ai ainsi voulu apporter, à mon niveau personnel, mon aide à mes concitoyens en alliant ma passion de la montagne et de l’alpinisme aux œuvres humanitaires », répond Rami Rasamny, interrogé sur son engagement qui ne date pas d’hier. « J’ai entamé mon engagement humanitaire en 2014 déjà, relate Rami, en réalisant deux projets pour l’ONG Himaya puis deux autres au profit de l’ONG BzKidz de Bourj Hammoud. Dans la vie, nous faisons des choix, et ces choix peuvent influencer les personnes qui nous entourent. Nos choix sont plus grands que nous-mêmes et définissent ce que nous sommes. »

Pour appuyer ces propos, le jeune homme nous raconte son expérience lors de l’ascension du Kilimandjaro : « J’étais parti pour l’une des excursions les plus immersives de ma vie. Quelques instants avant mon départ, j›ai reçu un SMS. C’était un amas de mots horribles à mon encontre (…). Quelle qu’ait été l’intention de l’envoyeur, cela a eu pour effet de me démoraliser. C’était aussi le dernier message que j’ai lu avant d’éteindre mon téléphone, d’allumer ma lampe frontale, de calmer mes nerfs et de commencer à courir. Plus j’essayais de ne pas y penser, en montant à travers la sombre forêt tropicale, plus ce message était au centre de mes préoccupations (…). La montagne ne m’a pas protégé de mes démons ! J’étais découragé. Mais, tel un miroir où je me reflétais, la montagne me rappelait (…) que moi, et moi seul, avais placé ces démons sur mon chemin et que j’étais seul à pouvoir les supprimer. Tout en tenant à moi-même ces réflexions, j’avançais inlassablement, inexorablement vers le sommet, sans me laisser abattre. Neuf heures plus tard, j’étais sur le toit de l’Afrique, un endroit où les démons sont enterrés et où les héros (…) naissent, devenant par là même maîtres de leur destin et non ses victimes. »

Montagnard aguerri et déterminé, Rami Rasamny estime que « personne n’aime être mis au défi ». « Personne n’aime voir chambouler ses certitudes, ses plans, sa vision du monde ou la façon dont il perçoit les gens. Nous aimons contrôler les événements », assure-t-il. « Mais quelque chose viendra (toujours) bouleverser nos certitudes et nos plans, poursuit-il. (…) Notre réaction face au défi, c’est ce qui détermine la voie que nous suivrons à l’avenir. Nous pouvons le combattre, sans toutefois de résultat. Il est préférable de s’adapter au changement et d’improviser. Toutes nos expériences, chaque décision prise ou relation que nous ayons eue se produisent exactement telles qu’elles doivent l’être, au moment où elles se font, pour que nous soyons exactement là où nous en sommes à un moment précis de nos vies. »

Ainsi, les défis, l’alpiniste de 34 ans ne les craint pas. Il se les lance même… Aujourd’hui, Rami Rasamny prépare sa prochaine expédition avec son compatriote Avedis Kalpakian, lui aussi alpiniste. Le tandem espère devenir la première cordée arabe à gravir un sommet de plus de 8 000 m sans l’aide d’oxygène. Ils s’attaqueront au mont Gasherbrum II (8 034 m) dans la portion pakistanaise de la chaîne de l’Himalaya et espèrent accomplir leur exploit cette saison, ou la prochaine, s’ils arrivent à réunir les fonds nécessaires à leur expédition.

Rami Rasamny a fondé Life Happens Outdoors (LHO), une association qui promeut et organise des activités de plein air. Photo fournie par Rami Rasamny

Conversion et dépassement de soi

Pourtant, rien ne prédestinait le jeune homme, avocat de formation né à Londres en février 1987, à être le grand sportif qu’il est maintenant. À 19 ans, Rami était un fumeur invétéré et buveur excessif, pesait 110 kg et pouvait à peine monter un escalier. Ses parents, qui appréciaient les activités de plein air, l’avaient pourtant initié à l’environnement de haute altitude dès l’âge de 2 ans. Toutefois, à l’adolescence, il avait suivi une trajectoire on ne peut plus éloignée. Mais en février 2006, un événement est venu bousculer celui qui croquait la vie à pleines dents, mais par le mauvais bout, de son propre aveu. « Je me suis réveillé en pleine nuit avec une envie de cigarette, dit-il. Je n’en ai pas trouvé, j’étais à court et en manque. C’est à cet instant précis que j’ai réalisé à quel point je m’étais éloigné de mes rêves d’enfant : conquérir les sommets, vivre des aventures extraordinaires et défricher les sentiers. »

Qui veut, peut… Rami Rasamny a voulu. Reprenant en main son hygiène de vie, il a arrêté de fumer, de boire comme un Polonais, s’est mis au sport et a perdu du poids. Chemin faisant, il a fondé Life Happens Outdoors (LHO), une association qui promeut et organise des activités de plein air. Dans le cadre de ces activités, Rami a rencontré la nutritionniste Ghida Arnaout, elle-même sportive et alpiniste, qui devait par la suite l’aider à développer LHO. Devenus également partenaires dans la vie, le couple convole en justes noces aujourd’hui à Londres.

« Créer cette communauté de grands sportifs a été ma façon d›aider les gens à réaliser leurs conversions, comme j’ai opéré la mienne, à travers leurs propres expériences en plein air », affirme Rami. « J’ai souhaité partager mon expérience avec les autres, ces gens qui pensent être incapables d’accomplir de grandes choses, afin qu’ils soient inspirés de changer leur mode de vie pour se surpasser », poursuit le jeune homme, ajoutant : « Pour le moment, je n’organise que des activités à l’étranger pour les Libanais. Toutefois, en 2022, j’espère pouvoir ramener des touristes étrangers au Liban, afin de développer les activités de plein air dans mon pays et le faire découvrir autrement. Ainsi, pour mieux me consacrer à ma passion, en 2012, j’ai abandonné ma profession d’avocat et en 2017, mon travail de consultant pour faire des activités de plein air mon seul métier. »


Le 8 mars, l’alpiniste libanais Rami Rasamny, âgé de 34 ans, a couru de la base du mont Kilimandjaro (Tanzanie) jusqu’au sommet (5 895 m) et retour en 14 heures et 23 minutes, devenant le Libanais et Arabe le plus rapide à gravir le plus haut sommet du continent africain, et l’un des rares alpinistes de la planète à le faire par la voie dite Arrow Glacier (Glacier de la...

commentaires (2)

Libanais c’est tout ,pas arabe

Robert Moumdjian

04 h 16, le 07 avril 2021

Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • Libanais c’est tout ,pas arabe

    Robert Moumdjian

    04 h 16, le 07 avril 2021

  • Fantastique! Et quelle chance de pouvoir abandonner la profession d'avocat(quoi de plus emmerdant?) pour se consacrer aux activités de plein air...

    Georges MELKI

    12 h 13, le 31 mars 2021

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