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Culture - Peinture

Entrez dans l’univers des contes grotesques et sarcastiques de Nour el-Saleh

À l’affiche de deux galeries londoniennes, en ce mois de mars, une jeune artiste libanaise au coup de pinceau aussi sûr que son univers est singulier. Découverte d’un talent émergent (d)étonnant ! 

Entrez dans l’univers des contes grotesques et sarcastiques de Nour el-Saleh

Des hommes-rats émergent souvent des peintures de Nour el-Saleh.

Des personnages hideux jusqu’à la caricature : chairs flasques, teint terreux, regards torves, lèvres distordues et silhouettes contorsionnées… Tous immanquablement affublés de nez crochus plus que proéminents ! Voilà ce que représente inlassablement Nour el-Saleh dans ses toiles aux proportions gigantesques qui semblent rallier tous les suffrages auprès des galeristes londoniens.

Installée dans la capitale britannique depuis cinq ans, cette Libanaise de 23 ans fait actuellement partie de la sélection de jeunes talents présentés par la galerie digitale anglaise Purslane, jusqu’au 8 avril, dans le cadre d’une exposition collective solidaire au bénéfice des femmes et des enfants victimes de violence domestique. Puis, à partir du 23 mars, elle exposera en solo à la V.O Curations Gallery de Londres, une série de grandes huiles réunies sous l’intitulé Where The Grass Is Synthetic (Là où l’herbe est synthétique). Ensuite, il est prévu que son travail fasse l’objet d’un accrochage individuel à Los Angeles dès que les mesures sanitaires et de confinement le permettront.

Auparavant, elle avait déjà inscrit sur son curriculum vitae plusieurs expositions individuelles à Londres (Old Brompton Gallery, Daniel Benjamin Gallery et une précédente à la V.O Curations), à Moscou ainsi qu’à Mexico City (un stand exclusif au sein de la foire artistique ZONA MACO Arte Contemporáneo).


Nour el-Saleh, 23 ans, et déjà un univers singulier. Photo DR

Coup d’œil sur l’univers de cette artiste qui monte, incontestablement.

Née au Liban, Nour el-Saleh a cependant grandi aux Émirats arabes unis, à Abou Dhabi, où elle a fait toute sa scolarité. Attirée par le dessin dès son plus jeune âge, elle s’y adonne avec son père, architecte, lui aussi dessinateur à la veine de caricaturiste à ses moments perdus. Peu exposée à l’art contemporain durant son enfance, elle trouve ses modèles dans la peinture figurative ancienne et développe une prédilection pour les scènes de genre et les tableaux fantasmagoriques. Son bac en poche, elle s’envole pour Londres où elle entame un premier cursus artistique, englobant peinture, sculpture, photographie, arts conceptuels divers, à la Central Saint Martins School, suivi d’un diplôme de la très compétitive Slade School of Fine Art, décroché avec les honneurs. Et la voilà qui parachève sa formation par un troisième cycle à la Royal Drawing School of London.


« Téléphone cassé », huile sur toile (230 x 190cm) de Nour el-Saleh.

Fascination pour l’étrange

Dire que les assemblées de figures grotesques que peint Nour el-Saleh offrent un premier abord rébarbatif est un euphémisme. Et pourtant ses toiles grouillantes de scènes surréalistes et de personnages bizarroïdes, difformes et même souvent monstrueux, qui semblent sortis d’un univers de contes moyenâgeux pour éternels enfants, ne manquent pas d’exercer, sur celui qui prend la peine de les observer, une étrange fascination. Celle que l’on éprouve face à la laideur poussée à son paroxysme. Mais aussi et surtout, celle qui se dégage de tout univers singulier et fécond, riche en ressentis, en narrations, en imaginaire... Celui de Nour el-Saleh l’est assurément.

Imprégné de ses expériences de vie dans différents environnements, mais aussi de son penchant pour la psychanalyse, il traduit un regard incisif, plein d’ironie sur les vanités, les duplicités, les faux-semblants et les idées préconçues qui régissent les groupes sociaux. Ceux que l’on observe en particulier dans « les petits théâtres de nos sociétés orientales », avoue-t-elle. À l’instar de ces figures de commères malveillantes que l’on retrouve souvent dans ses toiles, ou celles de ces fourbes – à tête humaine et aux silhouettes de rat – courbés devant de hideux puissants… Et dont les traits semblent parfois directement inspirés de certains faciès célèbres de notre ménagerie politique. Ce dont elle se défend. « Je ne représente pas des personnes spécifiques, assure-t-elle. Mais des archétypes psychologiques que mon inconscient fabrique sans doute à partir de figures que je vois de manière récurrente dans les médias. » Expliquant que les personnages « exagérés » qu’elle peint directement, sans aucun croquis préliminaire, proviennent d’histoires courtes qu’elle compose dans sa tête, à la manière de sombres contes pour enfants, avant de les laisser se déployer spontanément, par le biais de son inconscient, sur l’espace de la toile.


L’artiste devant l’une de ses grandes œuvres. Photo DR


Des nez, des rats et des vilains...

Bien que narratives, il est difficile de percevoir le sens caché de ses œuvres, de les « lire » et les interpréter de manière claire et définitive. En fait, il faut entrer dans les toiles de Nour el-Saleh comme on pénètre un monde onirique. Avec une approche émotionnelle, instinctive et dénuée de tout a priori. À partir de là, se révèle un art rebelle qui privilégie l’expérimentation de l’effroi, de la répulsion, de la colère aussi parfois, à celle de la simple beauté. Un univers qui emprunte ses personnages hybrides et extravagants aux peintures infernales d’un Jérôme Bosch, ses scènes surréalistes et ses figures carnavalesques à celles d’un James Ensor et sa théâtralité caricaturale à celle d’un Toulouse-Lautrec. Et qui puise, par-dessus tout, son idée forte dans la lecture de On Ugliness (Histoire de la laideur) d’Umberto Eco, l’ouvrage de référence de la jeune peintre. Laquelle, à partir de cet ensemble d’influences clairement revendiquées compose, avec une indéniable habilité technique, son propre corpus d’œuvres axées sur les altérations des êtres, des lieux et de la mémoire… Et exprimées à travers la disgrâce et la vilenie de la figure humaine.

Des œuvres qui ne sont évidemment pas de celles qu’on choisit de mettre dans son salon en fonction de la couleur du canapé. Et un art à l’étrangeté parfaitement assumé. Tout comme ce grand nez qui a tant fait souffrir Nour el-Saleh à l’adolescence et dont elle a fini par accepter la place qu’il occupe dans son visage, confie-t-elle, d’une voix rieuse. Expliquant par là l’une des raisons qui l’ont amenée à l’exploration de ce genre de peinture. « Depuis j’adore peindre les nez. Au point que j’entame toujours la représentation d’un visage par le nez », affirme celle dont tout le travail consiste finalement à dévoiler le grotesque qui se dissimule sous la beauté, et à rechercher le mystère qui se cache sous le banal. À suivre !


Des personnages hideux jusqu’à la caricature : chairs flasques, teint terreux, regards torves, lèvres distordues et silhouettes contorsionnées… Tous immanquablement affublés de nez crochus plus que proéminents ! Voilà ce que représente inlassablement Nour el-Saleh dans ses toiles aux proportions gigantesques qui semblent rallier tous les suffrages auprès des galeristes...

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