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Politique - Crise au Liban

Deriane aux responsables : Formez un gouvernement, sinon tous les Libanais seront dans la rue !

L'armée rouvre la plupart des routes qui étaient bloquées depuis une semaine par les manifestants en colère contre le pouvoir.

Deriane aux responsables : Formez un gouvernement, sinon tous les Libanais seront dans la rue !

Le mufti de la République libanaise, le cheikh Abdel Latif Deriane. Photo d'archives ANI

Le mufti de la République libanaise, le cheikh Abdel Latif Deriane, a vertement critiqué les responsables du pays, les appelant à former de toute urgence un gouvernement, les mettant en garde contre la colère des Libanais qui investiraient "tous" les rues, selon lui. Des propos qui interviennent après une semaine de coupures de routes dans tout le pays par des contestataires excédés par la grave crise économique qui frappe le Liban depuis un an et demi.

"Vous avez bouché vos oreilles "

"N'est-il pas évident que nous devrions avoir un gouvernement responsable comme dans tous les pays du monde ?", a lancé le mufti de la République, à l'occasion de la fête du Voyage nocturne du Prophète. "Le monde a connu des gouvernements autoritaires, mais il ne connaît pas les gouvernement absents", a-t-il encore dénoncé.

L'édito de Issa GORAIEB

Le sabre et le goupillon

Le Liban, en proie à sa plus grave crise socio-économique en trente ans, est sans gouvernement depuis exactement sept mois, après la démission du Premier ministre Hassane Diab six jours après l'explosion meurtrière du 4 août au port de Beyrouth. Le Premier ministre désigné, Saad Hariri, a enchaîné depuis plusieurs semaines les visites à l'étranger, afin d'obtenir le soutien de la communauté internationale dans sa mission de former le prochain gouvernement. Le processus gouvernemental stagne en raison des tensions entre le chef de l'État Michel Aoun et Saad Hariri, désigné le 22 octobre 2020 pour former un cabinet de "mission" tel que préconisé par l'initiative française en faveur du Liban. Les divergences portent notamment sur la forme de la future équipe, le nombre de ministres, et la répartition des portefeuilles. Elles sont régulièrement attisées par des échanges de communiqués acerbes entre leurs formations politiques respectives.

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"Vous avez bouché vos oreilles pour ne pas entendre les cris de colère et de désespoir du peuple dans la rue, mais ces cris n'ont provoqué aucune réaction humaine ou nationale de votre part", a regretté le dignitaire sunnite en s'adressant aux dirigeants du pays sans les nommer. "Vous ne proposez pas de solutions. Pire encore, vous faites obstacle aux solutions, par la force, puis vous lancez les forces armées pour déloger les gens en colère par la force", les a-t-il accusés.

"La situation actuelle est inacceptable"

"Messieurs, permettez la formation d'un gouvernement qui puisse assumer les énormes responsabilités accumulées, puis observez-le travailler et contrôlez-le. Mais la situation actuelle est inacceptable et incompréhensible, tan au Liban qu'à l'étranger. En toute franchise et sans détours : soit la formation d'un gouvernement dès aujourd'hui, soit pas un seul Libanais ne restera chez lui. Ils seront tous dans la rue !", a mis en garde le mufti Deriane. "Si l'utilité d'un Etat qui n'assume pas ses responsabilités envers ses citoyens ne se fait plus ressentir, le chaos destructeur sera de mise, et c'est ce que nous craignons. (...) Le Liban oscille désormais entre la vie et la mort, et se trouve plus près de la mort. Que faites-vous face à cela, vous les responsables ?", a demandé le mufti.

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"Notre position est claire et sans hésitation. Nous soutenons les Libanais dans leurs demandes. Nous sommes en faveur du sauvetage du pays de ce que la classe au pouvoir nous a infligés. Nous sommes en faveur de la Constitution, de l'Accord de Taëf, (...), du vivre-ensemble islamo-chrétien (...)", a conclu le mufti.

"Concessions"
Rejoignant les appels du mufti Deriane, le président du Conseil supérieur chiite, le cheikh Abdelamir Kabalan, a pour sa part invité les responsables politiques à faire des "concessions" concernant leurs revendications respectives afin de "sauver la nation et le peuple" libanais. "Tout le monde doit faire passer l'intérêt des citoyens avant toute autre considération", a déclaré le dignitaire chiite, qui a réclamé la formation d'un "gouvernement de sauvetage et de réformes qui pourra freiner l'effondrement économique, préserver la monnaie nationale et rétablir la confiance des Libanais dans l'Etat et ses institutions".

Dans un message adressé aux Libanais à l'occasion de la commémoration de l'Isra et Miraj, le voyage nocturne du Prophète, de La Mecque à Jérusalem, suivi de l’ascension du Prophète vers le trône divin, célébrés cette année le 11 mars, le cheikh Kabalan a souligné que "les citoyens libanais ne peuvent plus supporter les conséquences des politiques corrompues qui ont fait crouler le pays sous les dettes". "Les citoyens ne sont pas responsables de la faillite du Trésor public et ne devraient pas vivre dans la pauvreté alors que les corrompus profitent en pillant les fonds publics et les ressources du peuple", a-t-il ajouté, avertissant contre les répercussions d'une levée des subventions sur les vivres et le carburant.

L'armée rouvre les routes

Face à une dépréciation record de la livre par rapport au dollar, la colère populaire a éclaté la semaine dernière et s'est traduite par des blocages de routes dans tout le pays. Ces barrages ont occasionné des accidents de la circulation meurtriers et quelques échauffourées entre contestataires et automobilistes excédés. Lundi, les autorités avaient officiellement demandé à l'armée de rouvrir les routes bloquées. Sur le terrain mercredi, l'armée, après avoir semblé réticente à rouvrir ces routes, a finalement délogé sans heurts les manifestants qui bloquaient la plupart des axes routiers à travers le territoire, en justifiant cette décision par les accidents de la route provoqués par les barrages installés par les contestataires. "A la suite des accidents dramatiques de la route et les débordements qui ont eu lieu, et pour sauvegarder la sécurité des citoyens, des unités de l'armée ont rouvert ce matin les routes bloquées", s'est contentée d'annoncer la troupe sur son compte Twitter.

Des militaires montent la garde sur le bord de l'autoroute de Zouk, dans le Kesrouan, le 10 mars 2021. Photo REUTERS/Mohamed Azakir

Le mufti de la République libanaise, le cheikh Abdel Latif Deriane, a vertement critiqué les responsables du pays, les appelant à former de toute urgence un gouvernement, les mettant en garde contre la colère des Libanais qui investiraient "tous" les rues, selon lui. Des propos qui interviennent après une semaine de coupures de routes dans tout le pays par des contestataires excédés par la...
commentaires (3)

Il a un beau visage le mufti . Heureusement qu'il y a les radios occidentales pour connaître les nouvelles au Liban , ils ont dit que comme l'Iran ne peut plus donner de l'argent au Hezbollah alors que font les chiites au Liban ils demandent au gouvernement de les faire travailler dans l'administration ...

Eleni Caridopoulou

19 h 18, le 10 mars 2021

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Commentaires (3)

  • Il a un beau visage le mufti . Heureusement qu'il y a les radios occidentales pour connaître les nouvelles au Liban , ils ont dit que comme l'Iran ne peut plus donner de l'argent au Hezbollah alors que font les chiites au Liban ils demandent au gouvernement de les faire travailler dans l'administration ...

    Eleni Caridopoulou

    19 h 18, le 10 mars 2021

  • A ceux qui nous gouvernent : Vous bloquez le pouvoir depuis des mois pour des futilités, telles un ministre qui ne plaît pas à Michel Aoun ou un autre qui ne plaît pas à Saad Hariri, sachant que le pays croule sous le poids de 1 700 000 déplacés syriens et de 350 000 réfugiés palestiniens. Les premiers sont un cadeau de la Syrie et les seconds un cadeau de l’ONU. L’accident du port de Beyrouth qui a détruit le tiers Est de la capitale est le fruit d’une bombe équivalant à 10 % de celle de Hiroshima. Malgré cela, vous continuez à vous chamailler sur la marque de cravate de tel ou tel ministre, sans vous demander qui sont les responsables nationaux et internationaux de cet arsenal de nitrate qui a été à l’origine de la catastrophe. Ceci est le comble de la honte.

    Un Libanais

    18 h 58, le 10 mars 2021

  • Comme si le vénérable Mufti ne sait pas que les «responsables» se foutent éperdument que le peuple soit dans les rues ou dans les égouts.

    Romulus Maximus

    17 h 26, le 10 mars 2021

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