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Politique - Éclairage

Le patriarche Raï à l’assaut du leadership chrétien

Le discours de Béchara Raï marginalise le président de la République Michel Aoun.

Le patriarche Raï à l’assaut du leadership chrétien

Le patriarche maronite Béchara Raï à Bkerké samedi. Anwar Amro/AFP

À son arrivée à Bkerké en 2011, en tant que patriarche maronite d’Antioche et de tout l’Orient, Béchara Raï était considéré comme une personnalité proche du pouvoir et de la ligne prônée par Damas et le Hezbollah. Cette image lui collera longtemps à la peau, confortée par ses positions jugées complaisantes par certains face aux dérives de la classe politique libanaise. Mais en octobre 2019, lorsque éclate le soulèvement populaire, le chef de l’Église maronite opère un revirement total dans ses discours. Il rejoint désormais les revendications des contestataires qui expriment leur ras-le-bol face à la corruption, à l’effondrement de la monnaie nationale, au clientélisme politico-communautaire…

« Mgr Raï a constamment été comparé au patriarche Sfeir, considéré comme le vrai patriarche et adulé pour ses positions souverainistes, notamment contre l’occupation syrienne du Liban, rappelle Joseph Bahout, le directeur de l’Institut Issam Farès de l’AUB. Dès qu’il a senti que le moment était venu, vu la faillite des forces alternatives du 17 octobre, il s’est engouffré dans la brèche. »

L'édito d'Elie Fayad

Bkerké, le retour

Au cœur des homélies dominicales de Bkerké, les souffrances de la population occupent une place de choix. La classe au pouvoir est régulièrement conspuée pour son incapacité à former un gouvernement de mission chargé de sortir le pays d’une crise inédite. Le patriarche Raï lance alors deux propositions de sortie de crise, d’abord la neutralité active, seule garante de l’indépendance du Liban, fondée sur la distanciation du pays à l’égard des conflits régionaux, ensuite plus récemment, celle de la tenue d’une conférence internationale.Samedi dernier, et malgré la pandémie de Covid-19, Béchara Raï est passé à la vitesse supérieure. Ses propositions, c’est devant un public venu le soutenir au siège patriarcal, qu’il les a réitérées. Ce public majoritairement chrétien et largement pro-Forces libanaises a applaudi le discours ferme contre l’armement du Hezbollah, et pour un État qui réfute la milice en son sein. Le chef de l’Église maronite est-il pour autant en train d’acquérir la dimension populaire qui lui manquait jusque-là ? Est-il en train de devenir un chef politique, comme l’a été le patriarche Nasrallah Sfeir, subtilisant ainsi le leadership chrétien aux autres formations ?

« Un excellent communicant »

Pour certains analystes, le leadership chrétien traditionnel a déçu ses troupes. Comme l’ensemble de la classe politique, il fait partie de ceux que la jeunesse contestataire rêve aujourd’hui de dégommer. L’action affirmée du patriarche maronite le place donc incontestablement dans une position de prendre le leadership chrétien. « Bon gré mal gré, Béchara Raï est devenu une figure politique incontestable de l’échiquier libanais, du fait que le président de la République, Michel Aoun, est particulièrement affaibli », commente Karim Bitar, analyste politique et directeur de l’Institut des sciences politiques de l’Université Saint-Joseph. « Ce qui a contribué à l’émergence de ce leadership, c’est que le patriarche a mis le doigt sur la plaie et défini une voie de sortie, alors que les leaders chrétiens ont perdu tout contact avec leur base et avec le pacte national, ajoute l’économiste Sami Nader, directeur de l’Institut du Levant pour les affaires stratégiques. Pour la première fois depuis le 17 octobre, un même discours revendique la souveraineté, la neutralité, l’État civil. Un discours, qui plus est, prononcé par une figure religieuse. » Et ce d’autant que l’État laïc est une des revendications maîtresses du soulèvement populaire, dans les affaires électorales et du statut personnel, notamment.

Nombre de facteurs ont joué, de plus, en faveur du chef de l’Église maronite. « Mgr Raï est un excellent communicant. Il aime et sait capter les caméras, faisant de cet événement un happening politique », observe Karim Bitar.

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« Béchara Raï a toujours été attiré par la lumière, les médias, la politique politicienne », ajoute Joseph Bahout. Il faut aussi compter avec le rôle traditionnellement rassembleur de Bkerké, qui a une « légitimité patriotique historique, dès lors qu’il est question de défendre le Liban, sa souveraineté, sa Constitution », renchérit Sami Nader.

Combat de coqs maronites

En se positionnant ainsi, le prélat vient directement concurrencer le chef de l’État Michel Aoun, autant dans sa position d’arbitre au-dessus de la mêlée que de leader sur la scène chrétienne. « Mgr Raï tombe en plein dans le combat de coqs maronites, Michel Aoun dont le mandat se termine, Gebran Bassil qui essaie d’en hériter, Samir Geagea en embuscade et une présidentielle en préparation », résume Joseph Bahout. Il évoque aussi « un syndrome de répétition de l’histoire, compte tenu que dans l’équation maronite, il y a toujours eu une sorte de bicéphalité entre le président et le patriarche ».

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Alors que le Courant patriotique libre tentait de monopoliser jusque-là le discours chrétien, que les FL avaient du mal à contester, le patriarche a démontré samedi qu’il pouvait en être le principal garant politique, retirant de ce fait aux aounistes leur principale arme politique. En ce sens, le discours de samedi est un message envoyé autant au Hezbollah qu’au président de la République.

La nature même du leadership de Bkerké, qui lui impose d’avoir un pied dedans et l’autre en dehors de la scène politique, devrait toutefois limiter son action. « Il est nécessaire d’éviter les risques de récupération de la part des partis politiques. C’est la raison pour laquelle Bkerké doit rester au-dessus de la mêlée et se contenter d’incarner un magistère moral plutôt qu’une figure politicienne », insiste Karim Bitar. « Le patriarche peut juste tendre la perche, sans pour autant se mêler d’élections. Mais il ne peut non plus reculer », renchérit Sami Nader, rappelant les attentes d’une communauté internationale soucieuse d’aider le Liban.


À son arrivée à Bkerké en 2011, en tant que patriarche maronite d’Antioche et de tout l’Orient, Béchara Raï était considéré comme une personnalité proche du pouvoir et de la ligne prônée par Damas et le Hezbollah. Cette image lui collera longtemps à la peau, confortée par ses positions jugées complaisantes par certains face aux dérives de la classe politique libanaise. Mais...

commentaires (1)

Le fait de s’imposer comme représentant des chrétiens en général tout en défendant la souveraineté du pays qui est celle de tous les libanais est un moyen de rassembler les libanais au lieu de les diviser avec des slogans qui divisent comme le fait le CPL prétextant représenter les chrétiens qui ne veulent pas de lui pour semer la zizanie. On aurait aimé que tout autre drapeau que celui de la nation soit interdit dans les manifestations de rassemblement pour éviter tout quiproquo. Les drapeaux des FL n’avaient rien à faire dans l’esplanade et aucun parti ne devrait se mettre en avant dans des manifestations qui se veulent laïques et nationales. Seul le drapeau libanais doit flotter pour représenter notre union et personne ne doit récupérer ce sursaut national au risque de le faire capoter.

Sissi zayyat

12 h 49, le 01 mars 2021

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Commentaires (1)

  • Le fait de s’imposer comme représentant des chrétiens en général tout en défendant la souveraineté du pays qui est celle de tous les libanais est un moyen de rassembler les libanais au lieu de les diviser avec des slogans qui divisent comme le fait le CPL prétextant représenter les chrétiens qui ne veulent pas de lui pour semer la zizanie. On aurait aimé que tout autre drapeau que celui de la nation soit interdit dans les manifestations de rassemblement pour éviter tout quiproquo. Les drapeaux des FL n’avaient rien à faire dans l’esplanade et aucun parti ne devrait se mettre en avant dans des manifestations qui se veulent laïques et nationales. Seul le drapeau libanais doit flotter pour représenter notre union et personne ne doit récupérer ce sursaut national au risque de le faire capoter.

    Sissi zayyat

    12 h 49, le 01 mars 2021

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