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Lifestyle - Un peu plus

Vol au-dessus d’un nid de coucous

Vol au-dessus d’un nid de coucous

Il y a un an, on n’aurait jamais imaginé nos vies d’aujourd’hui. À cette époque-là, on plongeait dans l’effondrement économique mais le dollar n’était pas encore arrivé à 9 400 livres. On pouvait encore utiliser nos cartes de crédit à l’étranger, même si le montant autorisé était devenu risible et on avait encore un accès hebdomadaire à nos dollars. Le coronavirus faisait parler de lui, la ville de Wuhan était mise en quarantaine et l’Italie bouclait onze communes.

Un an plus tard, nous avons plongé dans l’absurdité. Le Liban prospère tel qu’on ne le connaîtra plus a disparu, et la vie des Libanais est devenue totalement folle. Les journaliers, déjà au fond du gouffre, se trouvent privés de leurs emplois à cause du confinement, confinement qui a cloué au pilori des millions de Libanais. Et nous voilà désormais contraints de nous adapter à un quotidien de plus en plus aberrant, jonglant avec des situations épouvantables et d’autres complètement risibles.

Nous sommes devenus à l’image des pays africains à la grande époque des dictatures. D’un côté, il y a les anciens pauvres, puis les nouveaux pauvres venus d’une classe moyenne qui n’en est plus une, et enfin, tout en haut de la courbe, les riches. Ceux qui ont toujours des dollars et qui ne sentent pas le vent amer frapper de plein fouet le Liban tout entier. Mais au-delà de cette disparité totalement dingue et inhumaine, le pays est entré dans un tourbillon d’inepties où le moindre événement est devenu on ne peut plus banal. Des députés et leurs proches se sont fait vacciner sans avoir été pour autant inscrits sur les listes ; la Banque mondiale menace de ne plus financer la campagne de vaccination; le juge Sawan est évincé de l’enquête sur la catastrophe du 4 août pour des raisons dites subjectives (son appartement ayant subi les conséquences de la double explosion du port) ; des manifestants descendus dans les rues de Tripoli pour crier famine sont accusés de terrorisme (ici la partialité ne fait pas défaut) ; Hariri n’a toujours pas formé son gouvernement ; Lokman Slim est assassiné ; une délégation allemande trouve des explosifs là même où le nitrate a sauté ; l’audit a été reporté aux calendes grecques; les subventions vont bientôt prendre fin ; et le Panadol est en rupture de stock. Nous sommes revenus en l’espace d’une année aux années noires où on devait demander des médicaments à ceux qui venaient de l’étranger. À leur demander du Coffee Mate qui se vend au marché noir. Dans les valises de ceux qui peuvent encore se permettre de voyager, s’accumule un bric-à-brac de choses qu’on ne trouve plus au Liban. Pénurie, étals des supermarchés qui se vident, produits exportés à des prix terrifiants… Même le prix du pain continue sa lente progression. Qui aurait dit que nous en serions là ? Même les pires pronostics n’avaient pas vu la dégringolade vertigineuse de ce tout petit pays rongé par des vautours qui n’en finissent pas de nous faire mourir. Et a contrario des oiseaux, ils ne se cachent pas.

Nos vies sont devenues saugrenues. Comme partout dans le monde, depuis le début de la pandémie, nous avons appris à porter un masque étouffant dès qu’on met le nez dehors. Nous prenons des autorisations pour aller au supermarché acheter trois fois rien à des prix exorbitants, et nous dépensons aujourd’hui 100 000 livres comme 10 000 auparavant. On enchaîne les PCR, pour se protéger et protéger les autres, et on prend soin, si on doit prendre l’avion, de ne pas le faire un lundi pour que les résultats sortent dans les 72 heures avant le départ. On fait défiler avec désolation nos feeds sur Facebook où se succèdent les faire-part de décès, et les condoléances se présentent désormais au téléphone. On partage avec nos proches les péripéties de notre contamination au corona, les hospitalisations, la fatigue, la perte de goût, et on découvre des symptômes postinfection comme des éruptions cutanées ou des problèmes intestinaux.

En gros, on ne sait plus à quel saint se vouer, et l’absurdité ayant atteint son paroxysme, on prie aujourd’hui pour que les prédictions de Michel Hayek, aussi loufoques soient-elles, se réalisent.


Il y a un an, on n’aurait jamais imaginé nos vies d’aujourd’hui. À cette époque-là, on plongeait dans l’effondrement économique mais le dollar n’était pas encore arrivé à 9 400 livres. On pouvait encore utiliser nos cartes de crédit à l’étranger, même si le montant autorisé était devenu risible et on avait encore un accès hebdomadaire à nos dollars. Le...

commentaires (2)

DOMMAGE. C,EST TRES TRISTE. PAUVRES LIBANAIS QUI NE SE REVOLTENT PAS POUR DE BON ET DEGAGENT TOUTE CETTE PEGRE QUI LES GOUVERNE.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

16 h 59, le 26 février 2021

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Commentaires (2)

  • DOMMAGE. C,EST TRES TRISTE. PAUVRES LIBANAIS QUI NE SE REVOLTENT PAS POUR DE BON ET DEGAGENT TOUTE CETTE PEGRE QUI LES GOUVERNE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    16 h 59, le 26 février 2021

  • Très bien décrit notre quotidien ! Rien à ajouter

    Hind Faddoul

    08 h 07, le 26 février 2021

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