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Monde - Polémique

« Islamo-gauchisme » : la ministre française de l’Enseignement supérieur dans la tourmente

Les appels à la démission de Frédérique Vidal se sont multipliés la semaine dernière.

« Islamo-gauchisme » : la ministre française de l’Enseignement supérieur dans la tourmente

Frédérique Vidal, universitaire reconnue, spécialiste de la génétique moléculaire, est toutefois accusée de manquer de poids et de sens politiques. Archives / AFP / Pool / Thomas Coex

La très discrète ministre française de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Frédérique Vidal s’est attiré les foudres du monde politique et universitaire la semaine dernière après ses déclarations sur l’« islamo-gauchisme », un terme qui évoque une convergence entre islamistes et extrême gauche.

Jusqu’ici, la ministre était restée discrète malgré le malaise des étudiants empêtrés dans la crise de Covid, dont beaucoup lui reprochent de ne pas avoir saisi leur détresse et d’avoir réagi trop tard.

Dans un pays encore sous le coup de la décapitation d’un professeur d’histoire par un islamiste russe tchétchène en octobre, sa déclaration dimanche dernier sur la chaîne CNews au sujet de l’« islamo-gauchisme », qui, selon elle, « gangrène la société dans son ensemble et l’université, n’est pas imperméable », a suscité une fronde.

D’autant que Frédérique Vidal a enfoncé le clou mardi en annonçant avoir demandé à un organisme public de recherche scientifique français, le CNRS, « un bilan de l’ensemble des recherches » qui se déroulent en France, afin de distinguer ce qui relève de la recherche académique ou du militantisme.

Le terme « islamo-gauchisme » avait été lancé au début des années 2000 par un sociologue français, Pierre-André Taguieff, « pour signaler des formes de dérives d’une gauche très propalestinienne vers l’antisémitisme », et a ensuite été élargi et repris par l’extrême droite.

Les propos de la ministre ont suscité un tollé dans les rangs des universitaires. Plus de 600 membres de l’enseignement supérieur ont ainsi demandé samedi sa démission, dans une tribune publiée dans le quotidien Le Monde, lui reprochant de « faire planer la menace d’une répression intellectuelle » sous couvert d’enquête sur « l’islamo-gauchisme ».

Accablée sur les réseaux sociaux, Mme Vidal a aussi été recadrée par le président français, via le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal: « La priorité pour le gouvernement, c’est évidemment la situation des étudiants dans la crise sanitaire, c’est évidemment la possibilité d’apporter un soutien financier aux étudiants en difficulté, c’est évidemment de permettre aux étudiants qui le souhaitent de pouvoir revenir progressivement en présentiel à l’université », a-t-il rappelé. Emmanuel Macron a aussi répété son « attachement absolu à l’indépendance des enseignants-chercheurs », selon Gabriel Attal.

Le Centre national de recherche scientifique (CNRS) a rappelé que le terme d’« islamo-gauchisme » ne correspond « à aucune réalité scientifique ». Quant aux présidents d’université, ils ont exprimé leur « stupeur ».

« Si le gouvernement a besoin d’analyses, de contradictions, de discours scientifiques étayés pour l’aider à sortir des représentations caricaturales et des arguties de café du commerce, les universités se tiennent à sa disposition », a ironisé la Conférence des présidents d’université (CPU).

Appels à la démission

Dans une interview au quotidien Libération, l’économiste français Thomas Piketty a lui aussi demandé son départ. « Avec ses déclarations, Frédérique Vidal a démontré sa totale inculture et sa profonde ignorance de la recherche en sciences sociales. (...) Avec l’extrême droite aux portes du pouvoir dans plusieurs régions et au niveau national, c’est totalement irresponsable », a-t-il lancé.

Cette polémique relance les critiques autour de Frédérique Vidal, universitaire reconnue, spécialiste de la génétique moléculaire, mais accusée de manquer de poids et de sens politiques.

« Elle s’est clairement pris les pieds dans le tapis, mais personne dans le monde universitaire n’a intérêt à ce qu’elle parte maintenant. L’université et la recherche se sont battues pour avoir un ministère, donc un départ pourrait nous faire reculer au secrétariat d’État et être encore moins visible », craint un universitaire souhaitant garder l’anonymat.

À l’inverse, pour un chercheur souhaitant lui aussi rester anonyme, « un remplaçant à Frédérique Vidal ne pourrait être vu que comme un sauveur ».

Source : AFP


La très discrète ministre française de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Frédérique Vidal s’est attiré les foudres du monde politique et universitaire la semaine dernière après ses déclarations sur l’« islamo-gauchisme », un terme qui évoque une convergence entre islamistes et extrême gauche.Jusqu’ici, la ministre était restée discrète malgré le...

commentaires (2)

La vérité fâche !

Pierre Hadjigeorgiou

10 h 43, le 22 février 2021

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Commentaires (2)

  • La vérité fâche !

    Pierre Hadjigeorgiou

    10 h 43, le 22 février 2021

  • Bravo à madame Vidal qui a eu le courage d'énoncer en public une proposition évidente mais politiquement incorrecte.

    Yves Prevost

    08 h 24, le 22 février 2021

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