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Culture - Distinction

Le prix Gilder/Coigney à la fabuleuse Hanane Hajj Ali

La dramaturge, metteuse en scène, artiviste et actrice libanaise a reçu hier soir, lors d’une cérémonie en ligne, le prestigieux prix américain qui récompense une femme de théâtre non américaine au talent international.

Le prix Gilder/Coigney à la fabuleuse Hanane Hajj Ali

Hanane Hajj Ali : « Pourquoi la reconnaissance de l’artiste libanais doit-elle toujours venir de l’étranger ? » Photo Nora Nour

Elle court toujours, Hanane Hajj Ali. Avec sa pièce-événement Jogging, elle a fait le tour du monde. Hier soir, c’est sur le site web de la League of Professional Theatre Women (LPTW) qu’elle a brillé de mille feux : la dramaturge, metteuse en scène et actrice libanaise a en effet reçu, lors d’une cérémonie en ligne, tous les honneurs du prestigieux prix américain Gilder/Coigney qui récompense une femme de théâtre non américaine au talent international.

C’est lors de l’une de ses représentations au festival d’Édimbourg que Hajj Ali est remarquée par Roberta Levitow, metteuse en scène, dramaturge, cofondatrice et directrice de Theater Without Borders (Théâtre sans frontières), et membre de la League of Professional Theatre Women. Elle propose alors la candidature de l’artiste libanaise : elle s’est rendue à maintes reprises au Liban et elle connaît le travail de Hajj Ali, tout autant sur les planches que dans l’organisation d’événements artistiques, de festivals ou au sein d’ONG culturelles.

À noter que la League of Professional Theatre Women, une organisation qui met en avant le talent des femmes professionnelles du théâtre, a créé cette récompense en 2011 en l’honneur de Rosamond Gilder et Martha Coigney, deux figures légendaires féminines du théâtre international.

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Les candidates à ce prix sont évaluées sur cinq critères : elles doivent avoir atteint l’excellence artistique, en particulier dans l’exploration de nouvelles formes d’expression théâtrale, avoir reçu la reconnaissance de leur travail dans leur pays comme à l’étranger, démontrer un engagement envers le soutien des femmes par la pratique théâtrale, avoir un corps de travail qui inspire et éduque les praticiens du théâtre américain avec de nouvelles idées de l’étranger, et être en mesure de tirer parti d’une plus grande reconnaissance et d’une plus grande opportunité grâce à la remise du prix.

« Parfaitement loquace en anglais, français et arabe, Hanane Hajj Ali est une femme qui défie les conventions, les stéréotypes et les attentes. Elle est à même d’être l’ambassadrice représentant le souffle et la profondeur des identités et des réalités de la femme arabe et du théâtre dans le monde arabe », indique la LPTW dans son communiqué.

Tout au long de sa carrière qui s’étale sur quatre décennies, Hanane Hajj Ali a joué et mis en scène des productions en arabe, mais elle a également facilité et aidé des centaines de collègues, d’étudiants et diverses communautés au Liban, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

L’actrice a fait ses premiers pas sur les planches en tant que membre fondateur du groupe de théâtre Hakawati en 1978, une structure pionnière dans l’art socialement engagé. Elle y a œuvré en tant qu’actrice et auteure jusqu’en 1992.

En 1999, elle a cofondé l’association Shams qui dresse des ponts entre les différentes parties de la société libanaise et réunit de jeunes acteurs de différents milieux.

Son œuvre la plus récente, Jogging, est un monodrame « en partie autobiographique, qui brise les tabous touchant au triangle des Bermudes religion-sexe-politique », comme la présente sa créatrice. La pièce a été présentée dans divers pays de la région MENA, mais aussi en Europe – au festival d’Édimbourg où elle a valu à Hanane Hajj Ali le prix Vertebrae de la meilleure actrice en 2017 – et aux États-Unis, au Kennedy Center (Washington D.C.), en collaboration avec le Sundance Institute, et en février 2020, au Guthrie Theater à Minneapolis.

Artiviste et activiste, Hanane Hajj Ali a collaboré avec de nombreuses ONG et cofondé trois des plus importantes organisations culturelles : al-Mawred Culture Resource, Ettijahat et Action for Hope.

Il convient de noter qu’Odile Gakire Katese, du Rwanda, était la première lauréate du G/C Award en 2011. Patricia Ariza, de Colombie, a reçu le prix en 2014, et Adelheid Roosen des Pays-Bas a été honorée en 2017.

Surprise et étonnement

À l’annonce de sa nomination, la première réaction de Hanane Hajj Ali a été la surprise. « Quand j’ai vu les personnalités en lice pour le prix, je me suis dit que si j’arrive à la sélection finale, c’est déjà beaucoup. »

Elle a également été « très surprise, très heureuse aussi et fière, bien entendu », lorsqu’elle a été déclarée lauréate du prix 2020. « Je suis aussi reconnaissante, bien sûr, car ce genre de prix offre une belle visibilité au travail que nous fournissons dans le domaine culturel au Liban », dit-elle à L’Orient-Le Jour. D’autant plus qu’une autre femme de théâtre libanaise, Maya Zbib, figurait également parmi les cinq finalistes du Gilder/Coigney.

Que représente ce prix pour l’infatigable Hanane Hajj Ali sur le plan personnel ? « À chaque fois que je reçois une reconnaissance quelconque, que ce soit le prix de la meilleure actrice à Édimbourg ou les insignes de chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres du ministère français de la Culture, ma joie est contrebalancée par une certaine amertume », indique l’actrice. « Pourquoi la reconnaissance de l’artiste libanais doit-elle toujours venir de l’étranger ? » se demande-t-elle. « Pourquoi le secteur culturel au Liban est-il tant négligé, oublié, dédaigné ? L’excellente réputation des artistes libanais à l’international est le résultat d’énormes efforts déployés à l’échelle individuelle. Il est grand temps que la culture devienne un tronc essentiel dans nos sociétés et dans la construction de notre pays. Ces prix internationaux me ramènent toujours vers l’urgence de l’action sur le plan local », estime l’heureuse lauréate.

Concrètement, cette récompense lui donne une impulsion supplémentaire. « Le chemin est ardu, mais nous arriverons sûrement à accomplir quelque chose. Quand je vois les résultats positifs de nos actions culturelles en Égypte ou au Soudan, je me dis que l’espoir est toujours présent. Il faut persister pour changer radicalement notre situation actuelle, pour imposer des politiques culturelles justes et équitables. »

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Pour Hanane Hajj Ali, il est évident que ce prix lui offrira la possibilité de collaborer avec des institutions et des artistes qu’elle n’aurait jamais pu rencontrer autrement.

En tant que femme faisant du théâtre, en quoi son travail est-il différent de celui d’un homme ? La réponse fuse : « Ce n’est pas un hasard si la femme est la colonne vertébrale de 99 pour cent de mes pièces. La femme muselée, à l’identité effacée, à la mémoire atrophiée. En tant que femme, je possède les outils pour sonder l’âme de mes consœurs, connaître leurs soucis, défricher leurs idées, leur langage et leur personnalité. Je considère que je suis chanceuse dans cet aspect-là. Ceci dit, je réfléchis toujours à l’échelle humaine, et non pas pour un genre spécifique. »

Une conférence en ligne à ne pas rater jeudi 18 février. Photo DR

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« En dépit des effondrements, du musellement, des virus, la liberté prévaudra. Le théâtre portera toujours la voix de la justice et de la vérité. Et cette voix ne pourra jamais être muselée », conclut Hanane Hajj Ali, la pasionaria inflexible des planches libanaises... à l’international.

Conférences à suivre en ligne

Dans le cadre de la remise du prix Gilder/Coigney, la League of Professional Theatre Women propose plusieurs conférences ou entretiens mettant en avant le travail de femmes de théâtre de divers horizons. La lauréate Hanane Hajj Ali donnera un entretien ce mercredi 17 février à 20h, heure de Beyrouth, sous l’intitulé : « Comment continuer à créer lorsque tout s’effondre autour de vous ». Jeudi 18 février à 20h, heure de Beyrouth, trois artistes libanaises, Hanane Hajj Ali, Lina Abyad et Maya Zbib, seront sous les projecteurs pour parler de « Femmes sur les planches et dans la rue ». Pour pouvoir suivre les entretiens en

ligne, détails sur la page http ://theaterwomen.org


Elle court toujours, Hanane Hajj Ali. Avec sa pièce-événement Jogging, elle a fait le tour du monde. Hier soir, c’est sur le site web de la League of Professional Theatre Women (LPTW) qu’elle a brillé de mille feux : la dramaturge, metteuse en scène et actrice libanaise a en effet reçu, lors d’une cérémonie en ligne, tous les honneurs du prestigieux prix américain...

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