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Moyen-Orient - Éclairage

Les Américains peuvent-ils mettre fin à la guerre au Yémen ?

Si les récents efforts de Joe Biden peuvent faire avancer le processus de paix, ces derniers se heurtent à la complexité du conflit.

Les Américains peuvent-ils mettre fin à la guerre au Yémen ?

Un combattant houthi se tient au milieu de ruines de bâtiments à Sanaa, après un bombardement attribué à la coalition menée par Riyad, le 5 décembre 2017. Photo d’archives AFP

L’annonce sonne comme un changement de cap pour la politique étrangère américaine. Le nouveau locataire de la Maison-Blanche a appelé, jeudi, à la « fin » de la guerre au Yémen en annonçant mettre un terme au « soutien » et aux « ventes d’armes » des États-Unis à la coalition militaire menée depuis 2015 par l’Arabie saoudite contre les rebelles houthis, soutenus par l’Iran.

« Nous renforçons nos efforts diplomatiques pour mettre fin à la guerre au Yémen, une guerre qui a créé une catastrophe humanitaire et stratégique », a notamment déclaré Joe Biden dans son premier discours de politique étrangère.

Une décision qui tranche avec la politique pratiquée par Donald Trump dans la région, qui a donné un chèque en blanc à Riyad tout au long de son mandat. Dès son arrivée au pouvoir, Joe Biden avait indiqué son intention de rappeler à l’ordre l’Arabie saoudite, sous le feu des critiques aux États-Unis suite au meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans le consulat de son pays à Istanbul en 2018 et face aux violations des droits l’homme commises par la coalition au Yémen.

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Considérée par beaucoup d’observateurs de la région comme une avancée dans le processus de paix au Yémen, ces derniers s’accordent pour dire que l’annonce de l’administration Biden ne signifie pas pour autant la fin de la guerre dans le pays, et que sa marge de manœuvre reste limitée. Les États-Unis ne semblent pas en mesure d’imposer une solution pacifiée aux acteurs locaux et régionaux, notamment les puissants houthis qui ont refusés pour le moment de faire la moindre concession. Soutenus par Téhéran, ces derniers sont militairement forts, alors qu’ils contrôlent de larges pans du nord du Yémen et environ les deux tiers de la population. « Les houthis sont devenus aujourd’hui l’acteur dominant politiquement et militairement au Yémen. Leur défaite n’est pas envisageable à court terme », note Thomas Juneau, spécialiste du Golfe et professeur associé à l’université d’Ottawa. « Les principaux défis pour l’administration Biden sont de réduire les abus de la coalition au Yémen sans faire le jeu des houthis – il s’agit de s’engager avec ces derniers et l’Iran tout en les tenant responsables de leur agression », commente pour sa part Elisabeth Kendall, chercheuse en études arabes et islamiques au Pembroke College de l’Université d’Oxford.

Suite aux récentes annonces de Joe Biden jeudi, certains spécialistes craignent notamment que les insurgés ne gagnent du terrain face à l’affaiblissement à venir de Riyad. Mais difficile pour le président américain de négocier avec une organisation jugée terroriste par Washington, décision prise par Donald Trump avant la passation des pouvoirs. Une mesure qui avait également provoqué un tollé du côté des activistes et des ONG, estimant qu’elle pourrait compliquer davantage l’acheminement de l’aide humanitaire. Dès le lendemain, l’administration Biden avait d’ailleurs indiqué que cette désignation serait « réexaminée immédiatement » afin de s’assurer qu’elle « n’entrave pas l’acheminement de l’aide humanitaire ».

Complexité du conflit

« En mettant davantage de pression sur l’Arabie saoudite et sur les autres acteurs du conflit, Washington peut aider à faire avancer le processus de paix – pas plus », observe Thomas Juneau. « Il s’agit d’un conflit complexe, violent, et avec plusieurs niveaux d’acteurs qui s’affrontent. Malheureusement, même s’ils choisissent de s’impliquer plus activement que par le passé, les États-Unis ne pourront pas y mettre fin rapidement », ajoute-t-il. Le nombre d’acteurs, chacun poursuivant ses propres intérêts, rend toute issue au conflit extrêmement complexe. Deux forces principales, le gouvernement yéménite de Abd Rabbo Mansour Hadi, soutenu par la coalition, et les rebelles houthis, soutenus par Téhéran, s’affrontent depuis 2015. Mais d’autres acteurs revendiquent un rôle à jouer dans cette partition, à l’image des séparatistes du Conseil de transition du Sud (CTS), non représentatifs de tous les Yéménites du Sud. S’ajoute à cela le rôle poursuivi par les puissances régionales et internationales de la région, alors que Washington a annoncé jeudi ne pas mettre fin à ses opérations militaires dirigées contre le groupe terroriste el-Qaëda au Yémen.

Malgré les négociations de paix engagées par le passé pour trouver une issue au conflit, ces dernières se heurtent à plusieurs obstacles. Signé en décembre 2018 sous l’égide de l’ONU, l’accord de Stockholm prévoit notamment un accord de cessez-le-feu à Hodeida, dans l’ouest du pays, entre le gouvernement Hadi et les rebelles houthis, ainsi que le retrait des troupes loyalistes et insurgées de la ville et de ses trois ports. Il n’a cependant pas fait long feu, alors que les forces rebelles et loyalistes ne sont pas parvenues à s’entendre et que le gouvernement de Hadi a progressivement cherché à bâtir une alliance avec les séparatistes du CTS. Les deux formations, alliées dans la guerre qui les opposent, depuis 2014, aux houthis présents dans le nord du pays, mais qui se disputaient ces derniers mois la ville d’Aden et d’autres gouvernorats du Sud, ont notamment signé les accords de Riyad en octobre 2019, prévoyant notamment la formation d’un gouvernement de coalition, effectivement mis en place en décembre 2020. Leur but : construire un front uni face aux houthis.

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Ces derniers ont rapidement salué les annonces faites par Joe Biden jeudi au département d’État. De son côté, Riyad a soutenu la position américaine, sans mentionner la fin du soutien de Washington à la coalition menée par le royaume au Yémen. Le nouveau président américain a également annoncé la nomination de Timothy Lenderking comme émissaire pour le Yémen, diplomate aguerri ayant une connaissance approfondie de la région du Golfe. Cette nomination sonne comme un appel au dialogue alors que ce dernier avait mené des négociations entre les houthis et la coalition durant le mandat de Donald Trump. « Je pense qu’il serait très difficile de passer rapidement à un règlement politique national, et qu’un règlement précipité pourrait causer autant de problèmes qu’il en résout. Mais ce qui est possible à court et moyen terme, c’est un cessez-le-feu et le début d’une sorte de processus politique », explique à L’OLJ Peter Salisbury, spécialiste du Yémen à l’International Crisis Group.



L’annonce sonne comme un changement de cap pour la politique étrangère américaine. Le nouveau locataire de la Maison-Blanche a appelé, jeudi, à la « fin » de la guerre au Yémen en annonçant mettre un terme au « soutien » et aux « ventes d’armes » des États-Unis à la coalition militaire menée depuis 2015 par l’Arabie saoudite contre les rebelles...

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