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Culture - Édition

Sur les traces de Georges Baz, personnage essentiel du paysage musical libanais

Dans son huitième ouvrage de la collection « Figures musicales du Liban » aux éditions Geuthner, l’auteure part sur les traces de ce compositeur et critique musical, surnommé par ses pairs le « Debussy libanais ».
Sur les traces de Georges Baz, personnage essentiel du paysage musical libanais

Georges Baz, surnommé le « Debussy libanais ». Photo DR

Tombé dans l’oubli, Georges Baz a joué un rôle considérable dans la vie musicale au Liban des années 1950-1980. Zeina Saleh Kayali nous emmène dans ce huitième ouvrage de la collection qu’elle a créé aux éditions Geuthner, Figures musicales du Liban, sur les traces de ce compositeur et critique musical dont la musique a un jour résonné dans les quatre coins du palais de l’Élysée en présence même du général de Gaulle.

À l’instar de l’Europe, qui tout au long des siècles précédents a laissé sombrer dans l’oubli plusieurs de ses compositeurs, lesquels avaient pourtant donné vie aux plus belles mélodies de notre temps, le Liban a infligé un sort similaire à de nombreux artistes libanais. Georges Baz en est le parfait exemple. C’était sans compter avec Zeina Saleh Kayali, « exhumeuse » du passé et justicière à sa manière, qui a décidé de lui consacrer son dixième ouvrage. Dans ce livre, elle rend hommage à ce compositeur et critique musical libanais qui « n’a pas eu, de son vivant, la reconnaissance qu’il méritait ».


Georges Baz, surnommé le « Debussy libanais ». Photo DR


Dans un entretien accordé à L’Orient-Le Jour, la chroniqueuse musicale explique que Georges Baz faisait partie de ce qu’elle appelle les « pères fondateurs de la musique savante libanaise », avec Boghos Gélalian et Toufic Succar. Selon elle, il est tristement tombé dans l’oubli tout d’abord parce qu’il était extrêmement discret et ne savait pas « se vendre », mais aussi parce que « sa musique très raffinée et élégante n’a peut-être pas été comprise à sa juste valeur ». La musicographe espère qu’à travers son ouvrage, justice sera rendue à cet « être modeste, doux et lumineux, dont le travail acharné et l’œuvre sont essentiels au paysage musical libanais ». En effet, Georges Baz était à la fois musicien, compositeur et critique musical. Trois « casquettes » indissociables, car son immense culture musicale faisait de lui un « très fin critique et le fait que lui-même était musicien et compositeur donnait à ses articles une dimension de profonde compréhension du sujet », souligne Zeina Saleh Kayali.

« Réminiscence entre Debussy et Satie, esprit cumulé de l’impressionnisme et de petites trouvailles personnelles. » C’est ainsi que Georges Baz définissait sa musique. « Elle est à l’image de sa personnalité élégante et raffinée. Ce n’est pas pour rien que ses collègues au Conservatoire l’appelaient le “Debussy libanais” », indique Mme Saleh Kayali, tout en expliquant que son langage musical s’apparente de façon générale à l’impressionnisme, ce qui ne l’a toutefois pas empêché de faire quelques incursions dans le dodécaphonisme. Son empreinte musicale inspirera d’ailleurs plusieurs générations de musiciens et futurs compositeurs, dont Naji Hakim et Gabriel Yared.

Par ailleurs, l’auteure précise dans cette biographie qu’en tant que critique musical à L’Orient et à La Revue du Liban, Georges Baz a été un témoin privilégié de son temps, à une époque où le Liban s’ouvrait à la musique classique et recevait les plus grands interprètes internationaux : « La ville de Beyrouth comptait parfois quatre concerts de qualité le même soir (heureux temps !). Georges Baz se faisait un point d’honneur de ne manquer pratiquement aucune manifestation et écrivait des articles toujours bienveillants, sans complaisance. Il avait trouvé l’art et la manière de rendre compte des concerts avec un mélange d’objectivité et de sensibilité. » Baz avait en effet compris que la critique tend à élever l’art en le rapprochant des intentions du compositeur. Aujourd’hui, certains profitent malencontreusement de la scène musicale pour exhiber leur ego surdimensionné. La maturité musicale classique au Liban a encore un long chemin à faire pour souscrire à ce regard critique.

Zeina Saleh Kayali, qui livre là le huitième opus de sa collection chez Geuthner, estime que celle-ci « constitue une démarche documentaire importante, la première dans son genre, visant à donner des sources écrites à la musique savante libanaise dans le but de lui assurer une visibilité et une diffusion ». Elle considère que le fait que ces ouvrages soient accompagnés d’une clé USB permet aux lecteurs d’écouter une musique qui n’avait parfois jamais été publiée avant et dont les manuscrits dormaient jusque-là dans les tiroirs. « L’hommage national viendra je l’espère dans un second temps », lance-t-elle.

Quant aux prochains volumes, ils seront consacrés au pianiste Henri Goraïeb, qui vient de nous quitter, aux compositeurs Toufic Succar et Boghos Gélalian, ainsi qu’à la fondatrice du Festival al-Bustan Myrna Boustani et au chef de chœur Tino Fargialla.


Tombé dans l’oubli, Georges Baz a joué un rôle considérable dans la vie musicale au Liban des années 1950-1980. Zeina Saleh Kayali nous emmène dans ce huitième ouvrage de la collection qu’elle a créé aux éditions Geuthner, Figures musicales du Liban, sur les traces de ce compositeur et critique musical dont la musique a un jour résonné dans les quatre coins du palais de...

commentaires (2)

Merci Alain Andrea pour ce magnifique article Et merci Zeina d’avoir si joliment raviver le souvenir de Goerges qui était la gentillesse et la discrétion faites homme , le talent en plus Il m’avait fait cadeau de délicieuses berceuses de sa composition pour le remercier de m’occuper de ses petits enfants . Demeurées inédites puisque réservées au strict champ familial elles sont le reflet exact de ce qu’il était : discret , élégant , simple et pétri d’affection .

Noha Baz

08 h 41, le 27 janvier 2021

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Commentaires (2)

  • Merci Alain Andrea pour ce magnifique article Et merci Zeina d’avoir si joliment raviver le souvenir de Goerges qui était la gentillesse et la discrétion faites homme , le talent en plus Il m’avait fait cadeau de délicieuses berceuses de sa composition pour le remercier de m’occuper de ses petits enfants . Demeurées inédites puisque réservées au strict champ familial elles sont le reflet exact de ce qu’il était : discret , élégant , simple et pétri d’affection .

    Noha Baz

    08 h 41, le 27 janvier 2021

  • Merci Alain Andrea pour votre intéressant article sur Georges Baz. En 1958 je faisais partie des Jeunesses Musicales et on avait des rencontres avec Georges Baz, un des fondateurs des JML et musicien discret et passionné et il m'avait dédicacé "sur la plage de Marmara" pour piano dont je possède deux exemplaires à Montréal. Mirella Aprahamian

    MIRAPRA

    03 h 20, le 16 janvier 2021

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