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Moyen-Orient - Nucléaire

Pourquoi l'Iran reprend-il l'enrichissement à 20 % ?

Comment en est-on arrivé là et quelles sont les conséquences diplomatiques de la décision iranienne ? 

Pourquoi l'Iran reprend-il l'enrichissement à 20 % ?

Un drapeau iranien flottant devant le siège de l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA), à Vienne, en Autriche, le 9 septembre 2019. Photo REUTERS/Leonhard Foeger

L'Iran a recommencé lundi à enrichir l'uranium à 20 %. Ce nouveau désengagement par rapport à ses obligations nucléaires s'explique par des enjeux politiques locaux et le bras de fer qui l'oppose à Washington.

Comment en est-on arrivé là ?

En 2015, la République islamique et le Groupe des Six (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Allemagne) s'entendent à Vienne sur un Plan d'action global commun (PAGC) censé régler la question nucléaire iranienne après douze années de tensions. L'accord offre à l'Iran un allègement des sanctions internationales en échange d'une limitation drastique de son programme nucléaire et de garanties prouvant qu'il ne se dote pas de la bombe atomique.

En 2018, Donald Trump retire les Etats-Unis du PAGC et rétablit les sanctions américaines qui avaient été levées contre Téhéran. L'Iran plonge en récession. L'année suivante, Téhéran décide de s'affranchir progressivement de ses engagements pris à Vienne pour forcer (jusqu'ici sans succès) les autres partenaires de l'accord à l'aider à contourner les sanctions américaines.

Se disant prêt à revenir à l'application stricte de l'accord s'il obtient satisfaction, l'Iran décide, entre autres mesures, d'enrichir l'uranium au-delà de la limite prévue à Vienne (3,67 %), mais sans dépasser 4,5 %.

Pourquoi cette décision maintenant ?

La décision de passer à 20% (seuil rapprochant des 90 % nécessaires pour une arme nucléaire) n'émane pas du gouvernement modéré-réformateur du président Hassan Rohani, principal artisan de l'accord de Vienne côté iranien, mais du Parlement, tenu depuis février par les conservateurs. Après l'élimination d'un physicien nucléaire dans une attaque que Téhéran attribue à Israël, les députés ont voté en décembre une loi imposant une reprise immédiate de l'enrichissement à 20 % (que l'Iran pratiquait avant le PAGC), à hauteur de 120 kg par an.

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"Le gouvernement de Rohani traîne clairement des pieds pour mettre en œuvre la loi [...] mais il ne pouvait pas totalement [l']ignorer", déclare à l'AFP, François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran, pour qui il s'agit avant tout d'"une affaire de politique intérieure". "Il a donc choisi de relancer l'enrichissement à 20 % [...] mais sans hâte excessive et sous le contrôle étroit" de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), ajoute-t-il.
Pour les plus conservateurs, la mesure "est un moyen de démontrer [...] que les assassinats ciblés [...] ne freinent pas le programme nucléaire iranien mais au contraire conduisent à [son] accélération", relève Clément Therme, spécialiste de l'Iran au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences-Po Paris.

Quelles conséquences diplomatiques ?

La reprise de l'enrichissement à 20% survient peu avant la prise de fonctions de Joe Biden à la Maison Blanche le 20 janvier. Le président élu a signalé son intention de ramener les Etats-Unis dans le giron du PAGC, mais pose des conditions inacceptables pour l'Iran. Et comme Paris et Berlin, M. Biden dit vouloir négocier plus largement avec la République islamique, notamment sur la question de ses missiles et de son influence régionale, ce que Téhéran ne voit pas nécessairement d'un bon œil. Si M. Rohani a multiplié les signes d'ouverture vis-à-vis de la future administration américaine, il exige avant tout la levée inconditionnelle des sanctions américaines. 

Pour Téhéran, "il s'agit de faire monter les enchères face à la volonté de la future administration Biden mais aussi de Paris et de Berlin de négocier au-delà des questions nucléaires", explique M. Therme à l'AFP. Avec la reprise de l'enrichissement à 20 %, "la République islamique espère que l'obsession nucléaire occidentale favorisera un retour à une stratégie de négociation fondée sur un échange entre [d'un côté] la levée des sanctions et [de l'autre] des restrictions sur les ambitions nucléaires iraniennes en évacuant les autres dossiers", ajoute-t-il.

M. Rohani privilégie-t-il vraiment la diplomatie ?

"Oui", assure M. Nicoullaud, car si M. Rohani obtient la levée des sanctions, "son courant politique, centriste et modéré, retrouvera des couleurs [...] mais il faut qu'il aille vite", ajoute le diplomate à la retraite, rappelant l'échéance de la présidentielle iranienne (18 juin).
M. Rohani "a fondé sa stratégie internationale sur la désescalade et la volonté de parvenir à instaurer dialogue et détente", rappelle M. Therme, et il continue sur cette voie.

L'Iran se rapproche-t-il dangereusement de la bombe comme l'en accuse Israël ?

"Non", répond M. Nicoullaud : "Il faudrait qu'il produise environ 250 kilos d'uranium à 20%, puis qu'il l'enrichisse encore jusqu'à 90%, pour avoir de quoi fabriquer une première bombe." "Le signal est donc symbolique, même si le symbole est fort", juge l'ancien ambassadeur. Selon lui "l'enrichissement à 20% s'arrêtera dès qu'un accord sera trouvé" avec Washington.

Pour M. Therme, l'Iran "reste dans sa stratégie calibrée de pressions sur l'Occident pour rester dans le cadre d'une négociation strictement nucléaire".


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