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Nos Lecteurs ont la Parole

Comment parler du Moyen-Orient sans parler du Liban ?

Le Liban, c’est l’art de la guerre et celui de l’amour. La force et la fragilité. L’excès et la frugalité. L’indéfectible lien de la famille, ayant participé au fil des siècles à l’élévation de riches diasporas à travers le monde, face aux guerres politiques balayant le pays au gré du vent, comme l’éternelle menace d’un ouragan.

Le Liban, c’est la poésie. C’est Beydoun, Schehadé et Khoury-Ghata. C’est les mots qui se touchent, sensuellement. Les mots qui se délient aussi, parfois.

Le Liban, c’est le yin et le yang, la complémentarité en moins. Le contraste, le mystère. Ceux restés bloqués au pays envient ceux qui partent, mus par une rage saine, la rage de s’élever, toujours plus haut, au-dessus d’un destin fatal.

Le Liban, c’est aussi un esprit entrepreneurial inné. Le Libanais en costard semble vouloir briser le cou à la vie, à la guerre civile, à la crise économique. Dans son esprit, il y a toujours ce petit garçon moyen-oriental qu’il faut rassurer, à qui il faut dire que tout est possible.

Pendant le naufrage, le Libanais ne pense pas à prendre la place du capitaine : il construit un nouveau bateau.

J’ai toujours rêvé d’un mariage libanais, époustouflant, plein de lumières : une explosion. Je ne pensais pas à ce genre d’explosion, devant ma télévision, ce mardi 4 août 2020.

La gorge nouée, je regardais les macabres images d’une ville balayée, en une fraction de seconde. Et ces cris, ces cris, terribles, résonant dans des murs glacés par l’éternel haleine de la mort dans un Moyen-Orient essoufflé.

L’explosion ressemblait à un big bang, mais sans espoir de voir une nouvelle planète éclore. Après la stupeur, sont venus les cris, le sang, puis les reproches.

Il y a eu des cagnottes, de généreux donateurs de la part de toute la diaspora libanaise, et ce constat : l’argent peut tout sécher, mais pas les larmes d’un peuple fragilisé au fil des années.

Il y a eu les notes de piano de cette Libanaise, d’un certain âge. Elle jouait Old Land Syne, en français, Ce n’est qu’un au revoir, dans un décor apocalyptique, une maison sur le point de s’écrouler sur ses épaules frêles, semblant avoir supporté bien plus lourd que ça. Derrière mon écran de télévision, je l’ai écoutée jouer avec mon âme de française. Oui, j’ai écouté. Je savais que je ne pourrais jamais réellement l’entendre. Vous savez, une Libanaise, c’est un océan d’émotions. Un océan torturé et calme à la fois. L’éclat silencieux, l’excitation muette. Le tintement délicat de vagues farouches, dont on ne peut jamais saisir la direction.

Beyrouth, c’est la mer et la montagne, les hauteurs et les plateaux bas, comme le grand écart des idéaux qui y cohabitent.

Dans les journaux, il a été dit que l’explosion a été ressentie jusqu’à Chypre ! Quelle ironie, que l’écho d’un drame ait soudain le pouvoir de briser les frontières.

Ce n’est pas un port qui a explosé, ce jour-là, ce sont les cœurs de millions de gens.

Beyrouth.

« Le puits même d’où fusent vos rires fut souvent rempli de vos larmes », disait Khalil Gibran, enfant du pays. Amis libanais, je vous l’assure, demain, de la ville remplie de vos larmes fuseront des rires.

Le Liban, c’est la petite sœur prometteuse qu’on veut protéger, celle qui essuie des coups, cachée derrière une jolie robe en dentelle. Celle qui sourit tristement et qui hausse timidement les épaules quand on lui demande si ça va.

C’est cet océan, tumultueux, indomptable, alimenté par quelques ruisseaux de diamants. C’est le pays que je regardais, ce mardi 4 août 2020, dévasté.

C’est là où j’irai, après tout ça. Parce que les petites sœurs prometteuses ne doivent jamais, jamais être abandonnées.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Le Liban, c’est l’art de la guerre et celui de l’amour. La force et la fragilité. L’excès et la frugalité. L’indéfectible lien de la famille, ayant participé au fil des siècles à l’élévation de riches diasporas à travers le monde, face aux guerres politiques balayant le pays au gré du vent, comme l’éternelle menace d’un ouragan. Le Liban, c’est la poésie. C’est...

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