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Culture - Entretien

« Le défi des festivals en 2021 ? Ramener les cinéphiles dans les grandes salles »

Le Festival international du film de Marrakech n’a pas pu avoir lieu cette année, mais les Ateliers de l’Atlas (une section du festival) créés par Rémi Bonhomme se sont tenus en ligne. Le directeur artistique fait une mise au point pour « L’OLJ ».

« Le défi des festivals en 2021 ? Ramener les cinéphiles dans les grandes salles »

Capture d’écran montrant Rémi Bonhomme lors de l’annonce du Prix Atlas à la postproduction décerné au film « Feathers of a Father » de l’Égyptien Omar el-Zouhair. Photo DR

Rémi Bonhomme débute sa carrière au Liban où il est chargé de mission culturelle à l’Institut français de Beyrouth avant de participer à la création du cinéma indépendant Metropolis et de produire le long-métrage libanais Chaque jour est une fête de Dima el-Horr. En 2009, il devient coordinateur général de la Semaine de la critique du Festival de Cannes où il initie l’atelier d’accompagnement du court au long-métrage « Next Step », qu’il dirige depuis 2014. Enfin, en 2018, Rémi Bonhomme rejoint l’équipe artistique du Festival international du film de Marrakech en qualité de programmateur et responsable des Ateliers de l’Atlas. Et quitte définitivement ses fonctions de coordinateur de la Semaine de la critique fin 2019 pour piloter la direction artistique du Festival de Marrakech.

Vous êtes entré dans vos nouvelles fonctions à Marrakech alors que le cinéma connaît sa pire année. Comment les événements se sont précipités pour vous ?

J’avais rejoint le festival en 2018 pour créer les Ateliers de l’Atlas. Et en 2020, c’était ma première année en tant que directeur artistique tout en gardant bien sûr les Ateliers. J’ai quitté donc la Semaine de la critique pour prendre en charge cette mission. Certes, j’avais occupé ce poste à la Semaine, pendant onze ans et c’était passionnant de découvrir chaque année de nouveaux talents, mais je suis arrivé à un moment où il y avait beaucoup à faire pour repositionner la Semaine à Cannes. On avait fait un très beau travail, mais j’avoue que j’étais arrivé au bout de mes idées. J’ai eu alors plusieurs propositions de festivals, mais j’ai choisi Marrakech car j’avais découvert un festival au potentiel magnifique, une plate-forme de coordination entre l’Occident et l’Orient. Mais quoi qu’il ait misé depuis longtemps sur l’accueil de grandes personnalités du cinéma, il n’était pas assez ancré dans la région et était en dehors du circuit habituel.

Pourquoi avoir voulu lancer les Ateliers de l’Atlas ? Quel était l’objectif premier pour vous ?

Parce que je trouve qu’on vit une période assez excitante pour les films arabes et africains qui circulent de plus en plus dans les grands festivals. Il y a de plus en plus d’intérêt pour la région. De plus, notre partenaire principal depuis le début, Netflix, jette un regard de plus en plus curieux et sent un besoin de diversité dans ces histoires du continent africain et du monde arabe.

La première étape consistait à créer les Ateliers. Mon objectif était de les tourner vers l’avenir, surtout le cinéma arabe et africain. À mon avis, ce sont les territoires de cinéma qui vont être prépondérants dans les années à venir. De plus, de par mon expérience avec Metropolis, j’ai réalisé que les cinémas d’art et d’essai dans cette partie du monde avaient un public jeune contrairement aux pays d’Europe. C’est toujours très enrichissant de travailler avec et pour les jeunes.

Les salles étant fermées depuis le mois de mars, on savait que le Festival de Marrakech n’allait pas avoir lieu, mais on a voulu maintenir les Ateliers qu’on avait lancés il y a deux ans en 2018. On pouvait les décliner en ligne et soutenir ainsi les réalisateurs du monde arabe et du continent africain.

Quelle a été votre démarche concernant les Ateliers de l’Atlas et comment êtes-vous parvenu à rassembler tout ce monde ?

Les Ateliers de l’Atlas ont pour mission d’accompagner une nouvelle génération de cinéastes marocains, arabes et africains, du développement à la postproduction. Ces réalisateurs continuaient à écrire et développer leurs films malgré la pandémie. C’était important d’être à leurs côtés. Et même si tout se passait en ligne, on a réussi à garder une certaine convivialité. Pour cette troisième édition, 23 projets ont été sélectionnés (sur 230 reçus). Ces projets ont été exposés pendant le marché de coproduction virtuel réunissant plus de 300 professionnels internationaux accrédités.

Les Ateliers se sont déroulés en trois parties. On a fait une sélection de projets en développement, sur l’étape de scénarios et de postproduction. Des consultations auprès de scénaristes, de monteurs, de producteurs et des compositeurs de films ont été réalisées. Ceux qui étaient intéressés les ont consultés quelques semaines avant le début des Ateliers. Puis, au cours des quatre jours d’Ateliers, on a présenté les projets avec les professionnels du monde entier. Il y avait 300 accrédités cette année. On a donc organisé un marché de coproduction où les producteurs et les distributeurs ont pris rendez-vous concernant les projets qui les intéressent. Ainsi, on est parvenu à organiser plus de trois cent cinquante rendez-vous. Ça leur permet de rencontrer les partenaires potentiels pour leurs films en très peu de temps. C’était un réel défi.

Outre les rencontres, qu’est-ce qui a marqué les Ateliers cette année ?

On a organisé trois conférences : d’abord une conversation avec le cinéaste sénégalais Alain Gomis qui avait gagné l’Ours d’argent à Berlin pour son film Félicité. Une deuxième table ronde sur la coproduction et une troisième qui regroupait trois cinéastes dont la Libanaise Joana Hadjithomas, Samira Lotfi, d’Égypte, et Tala Hadid, du Maroc… Elles ont toutes les trois parlé de la manière de garder le plaisir de faire un film quand le processus de développement est très long, notamment dans le monde arabe, et quand il est confronté à des changements (comme ceux qu’on vit à présent) ou des développements politiques qui peuvent opérer sur le scénario et l’essence même du film comme le film de Joana Hadjithomas qui a commencé avant la révolution. On a aussi mis en place un système d’aide financière pour cette année. En général, on remet des prix à la fin des Ateliers. Cette année, on voulait soutenir tous les projets sélectionnés. On avait une enveloppe de 100 000 euros et on a pu ainsi distribuer des bourses tout en maintenant des prix pour certains projets choisis par le jury.

Malgré la pandémie et la crise financière que vit le Liban, on pouvait noter cependant une présence libanaise au cours de ces Ateliers…

Oui, d’abord j’étais très content de la sélection de ces 23 projets en développement et en postproduction. Il y avait entre autres deux projets libanais : celui du cinéaste Michel Kammoun, Le frère, qui rappelle le style de ses débuts et de son film Falafel. Pour le second, il s’agit du documentaire de Myriam Hage sur la révolution et dont le tournage avait été interrompu par la pandémie. Il faut dire que Beyrouth est une ville magique qui se prête elle-même à un festival international. Mais l’instabilité et le contexte complexe ont rendu la tâche difficile. En revanche, la force de Beyrouth a toujours été de créer des petits événements, parce qu’il y a une vie culturelle très riche, que ce soit dans le cinéma ou l’art contemporain. D’ailleurs, c’est ce qu’on a essayé de faire avec Metropolis. Au-delà de la programmation des sorties de films, on créait des manifestations qui rythmaient toute l’année. Certes le Liban mériterait un grand festival, mais il y a tellement d’autres urgences maintenant.

Que prévoyez-vous (si nous pouvons encore prévoir !) pour l’année prochaine ?

En dépit de tout, les Ateliers en ligne étaient une belle réussite. C’était beau de voir tous ces projets connectés en ligne et échanger malgré les distances. Quant à l’année prochaine, nous y réfléchissons déjà. Nous sommes assez attentifs à ce qui se passe dans les grands festivals. Les deux prochaines grandes manifestations sont Rotterdam qui a lieu en janvier et Berlin en février. Rotterdam sera en ligne et bien que Berlin ait annoncé une édition en présentiel, nous ne savons pas encore s’il aura lieu ainsi. Il faudra donc s’adapter à la situation. Et même si la règle dans les festivals dicte de sélectionner les films de l’année, nous savons d’ores et déjà que nous projetterons certainement des films qui n’ont pas été montrés l’an dernier. L’enjeu du festival en 2021 est d’accompagner la relance et surtout reprendre le lien avec les publics qui ont perdu le chemin des salles, car ce sont vraiment les festivals qui redonnent le plaisir de la salle.

Rémi Bonhomme débute sa carrière au Liban où il est chargé de mission culturelle à l’Institut français de Beyrouth avant de participer à la création du cinéma indépendant Metropolis et de produire le long-métrage libanais Chaque jour est une fête de Dima el-Horr. En 2009, il devient coordinateur général de la Semaine de la critique du Festival de Cannes où il initie l’atelier d’accompagnement du court au long-métrage « Next Step », qu’il dirige depuis 2014. Enfin, en 2018, Rémi Bonhomme rejoint l’équipe artistique du Festival international du film de Marrakech en qualité de programmateur et responsable des Ateliers de l’Atlas. Et quitte définitivement ses fonctions de coordinateur de la Semaine de la critique fin 2019 pour piloter la direction artistique du Festival de Marrakech. Vous êtes...
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