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Société - Coronavirus

La solitude du malade, une réalité à ne pas négliger

Alors que le nombre de contaminations repart à la hausse, les hôpitaux sont confrontés à une infrastructure déficiente, à la défection du personnel soignant compétent et à l’irresponsabilité de la population.

La solitude du malade, une réalité à ne pas négliger

Un écolier portant un masque sanitaire, à l’école Chakib Arslane. M. Assaf/an-Nahar

Quatre jours à peine après la levée du confinement, les contaminations au coronavirus repartent à la hausse au Liban, avec 1 520 nouveaux cas enregistrés hier et 12 décès, après 1 842 nouveaux cas la veille et 22 décès. Parmi les 20 871 cas actifs, 968 sont hospitalisés, dont 370 aux soins intensifs et 148 sous respirateur artificiel. Nouveau sujet d’inquiétude des médecins, des malades décèdent à la maison. « Fait inquiétant, deux personnes sont mortes à la maison, dont une femme de 55 ans », a ainsi twitté le directeur de l’hôpital gouvernemental Rafic Hariri de Beyrouth, le Dr Firas Abiad. « Les patients qui se présentent au service des urgences de l’hôpital dans un état critique après un traitement à domicile sont de plus en plus fréquents », constate-t-il, affirmant que certaines personnes refusent de se rendre à l’hôpital « par peur de la solitude ».

La crainte de voir un malade mourir seul

Si le nombre n’est pas particulièrement significatif, ce qui est alarmant en revanche, explique le Dr Abiad à L’Orient-Le Jour, c’est que « de plus en plus de personnes atteintes de Covid-19 se font soigner à domicile ». Parmi elles, « des patients à risques, personnes âgées, atteintes de maladies chroniques, présentant une faible immunité ». « Et en aucun cas ces patients ne doivent être soignés à la maison, car la qualité des soins n’égale jamais celle des hôpitaux, même s’ils sont suivis par un médecin », souligne-t-il. Le chirurgien comprend certes les appréhensions des proches d’un malade liées à sa solitude, à sa déprime, à la durée de son hospitalisation de plusieurs semaines parfois, à leur désir de s’occuper de lui. « Ils se disent que leur proche risque de mourir seul, sans qu’ils aient pu l’accompagner. » Le directeur de l’hôpital public reconnaît aussi « des réticences financières », les hôpitaux privés réclamant aux patients des sommes parfois importantes, liées à une couverture partielle ou à des différences de facturations. Sans parler du « tabou » que représente l’atteinte au coronavirus. « On préfère alors garder son malade à la maison, pour ne pas que l’entourage sache qu’il a contracté la maladie », note le médecin. Sauf qu’une réalité est aujourd’hui à prendre en considération : vu la hausse des cas quotidiens et le taux élevé des hospitalisations, le transport d’un patient en urgence s’avère désormais plus difficile. « Les malades risquent d’arriver trop tard à l’hôpital ou de ne pas arriver du tout », craint Firas Abiad.

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Alors pour réduire les réticences des familles et limiter la déprime des patients, l’hôpital Rafic Hariri a assoupli sa politique de visite aux patients contaminés. « Nous avons pris conscience que les soins au patient sont un processus holistique, qui concerne autant le corps que le mental », explique le directeur de l’établissement. « Les patients Covid-19 ont à présent l’autorisation d’avoir un proche dans leur chambre à l’hôpital », annonce le Dr Abiad, précisant que « cet assouplissement est soumis à des conditions strictes, assorties d’une interdiction de sortie, car il est nécessaire de protéger le personnel soignant ». Autre mesure pour rendre moins pénible l’hospitalisation, un espace a été aménagé au sein de l’établissement public, pour permettre aux familles de s’installer pour un moment et sur rendez-vous, afin de communiquer virtuellement avec le malade. « Nous donnons aux familles les moyens physiques et technologiques de se connecter avec leur malade, de le voir et de lui parler par visioconférence, car nombre d’entre eux ne disposent d’aucune connexion internet chez eux », précise-t-il. « Les patients bénéficient enfin d’un soutien psychologique, car ils dépriment jusqu’à refuser de s’alimenter, vu la longue période d’hospitalisation », note le praticien. Le Dr Abiad envisage par ailleurs de se pencher sur la réhabilitation des patients, compte tenu que certains présentent des séquelles jusqu’à huit semaines après leur guérison. Un processus encore à l’état de projet.

Cet aspect de la maladie ne doit pas pour autant faire l’impasse sur l’urgence de la situation. Le ministre sortant de la Santé, Hamad Hassan, a affirmé hier que le confinement n’avait pas permis d’atteindre les objectifs fixés, déplorant la croissance continue des contaminations au coronavirus face à une augmentation du nombre de lits jugée insuffisante. « Les deux semaines de confinement inégalement respecté ont échoué à combler les attentes au niveau national. Les contaminations montent en flèche et les lits, quoique plus nombreux et durement gagnés, ne suffiront pas », a averti le ministre sur son compte Twitter.

Salaire et honoraires ridiculement bas

Mais pour le président de l’ordre des médecins, le Pr Charaf Abou Charaf, le problème ne se limite pas au nombre de lits, mais réside plutôt dans l’absence de coordination globale, le manque de personnel soignant compétent et l’irresponsabilité de la population. « Il n’y a ni État ni peuple », résume-t-il, évoquant les failles de l’autorité publique, et à la fois celles d’une population qui ne respecte pas les gestes barrières. Car dans l’attente du vaccin, qui « ne devrait pas arriver avant le printemps prochain », le moyen le plus sûr de lutter contre le coronavirus est de se protéger pour éviter la contamination. Pour l’heure, la situation n’est pas de tout repos, constate le cardio-pédiatre, vu l’augmentation des besoins en soins intensifs. « L’infrastructure est insuffisante dans les unités d’urgence. Non seulement en matière de lits, mais de respirateurs », constate-t-il. « Malgré la générosité de certains États comme le Qatar qui ont dépêché des hôpitaux de campagne au Liban, ces structures demeurent incomplètes », déplore-t-il.

Lutter contre la pandémie implique aussi la mobilisation d’un personnel soignant compétent. Sauf que « ce personnel fait aujourd’hui défaut, plus particulièrement le personnel spécialisé pour traiter les malades en soins intensifs », regrette le Pr Abou Charaf. « Salaires et honoraires ridiculement bas depuis l’effondrement de la livre, licenciements après l’explosion du 4 août, émigrations en masse du personnel soignant, infirmières et médecins, à cause de la crise » sont autant de raisons qui nécessitent une intervention musclée de la part des autorités, insiste le président de l’ordre des médecins, rappelant que le coût moyen d’une consultation médicale en milieu hospitalier représente aujourd’hui l’équivalent de 5 dollars.

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