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Covid-19

La stratégie post-bouclage du gouvernement reste floue

Le but du reconfinement est d’augmenter les capacités des hôpitaux et le nombre de tests PCR effectués au quotidien.

La stratégie post-bouclage du gouvernement reste floue

Avec le bouclage, près de cent nouveaux lits en unités de soins intensifs seront prêts dans plusieurs hôpitaux du pays. Joseph Eid/AFP

Le bouclage généralisé du pays, contesté surtout par un secteur économique déjà boiteux, devra prendre fin le 30 novembre à 5h. Son but principal, comme l’avaient annoncé les responsables, est essentiellement de permettre au secteur hospitalier saturé et épuisé de se remettre sur pied et de se préparer en augmentant sa capacité d’accueil des patients du Covid-19.

Rien jusqu’à présent ne laisse présager que le gouvernement a mis au point une stratégie pour la période post-bouclage, sachant qu’il se soucie à l’heure actuelle d’« aplanir la courbe des contaminations » et non de « l’écraser ». « Pour pouvoir l’écraser, il faut envisager un bouclage de quatre à six semaines, ce que nous ne pouvons pas nous permettre avec la crise économique et financière qui sévit dans le pays », affirme à L’Orient-Le Jour Petra Khoury, conseillère du Premier ministre sortant pour les affaires de la santé et présidente de la Commission nationale chargée de la lutte contre le Covid-19. « Ce bouclage a pour objectif d’augmenter les lits dans les unités de soins intensifs, poursuit-elle. Nous allons pouvoir gagner 100 lits supplémentaires. Mais aussi à augmenter le nombre de tests de dépistage PCR et à améliorer le traçage. La semaine prochaine, nous devrons discuter des modalités de réouverture par secteur. »

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« Le gouvernement suit une politique de mitigation, alors qu’il nous faut endiguer la pandémie », martèle Jade Khalifé, médecin, consultant indépendant en santé publique et membre du Comité indépendant pour la lutte contre le Covid-19. « Nous avons remarqué que les pays qui se sont contentés de la mitigation, consistant justement à aplanir la courbe au détriment de l’endiguement pour éliminer ultérieurement l’épidémie, ont échoué dans leur lutte contre le Covid-19. Le virus se propage très rapidement et aucun système de santé au monde, et nous l’avons constaté dans les pays les plus développés, ne peut contenir l’augmentation exponentielle des cas. L’amélioration des capacités des hôpitaux est une solution temporaire. Ce qu’il faut, c’est une stratégie pour baisser la courbe et atteindre zéro cas. Les pays qui ont misé sur la stratégie d’endiguement ont réussi à maîtriser la pandémie, comme la Nouvelle-Zélande, l’Australie, la Chine, la Thaïlande, le Sénégal, le Laos, le Cambodge et d’autres aussi », poursuit-il.

Pour le Dr Khalifé, il faut également « imposer une quarantaine de deux semaines à tous les voyageurs qui arrivent au Liban dans un bâtiment centralisé et mieux appliquer le plan de zonage pour aboutir à des régions classées zones vertes ». « Le bouclage localisé doit surtout être appliqué aux grandes villes qui connaissent les taux les plus élevés de contaminations au coronavirus », note-t-il.

Communication quotidienne

Un avis que conteste Salim Adib, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’Université américaine de Beyrouth, estimant qu’il est déjà trop tard pour « endiguer l’épidémie ». « Le virus s’installe de façon endémique dans le pays, constate-t-il. Nous allons vivre avec le coronavirus, au même titre que les autres virus. Parler de zéro cas est une illusion. »

Pour lui, « il faut commencer à communiquer avec le public sur les gestes à adopter pour rester en bonne santé ». « Et de manière quotidienne, insiste-t-il. De plus, il faut s’assurer que le système de santé est capable de recevoir tous les patients de Covid-19. Il n’est pas question dans un pays qui compte 15 000 lits de se retrouver dans une situation de tri quotidien pour trouver une place non payante à des patients qui ont besoin d’être traités. Qu’un patient meure du Covid-19 à domicile est inacceptable. » Mercredi, un homme de 60 ans est décédé des suites de la maladie dans sa maison, au Kesrouan.

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Pour le Dr Adib, le Liban vit actuellement, « pour la première fois, la vraie épidémie de Covid-19 ». « De février jusqu’en juin, on a réussi à faire échouer l’importation du virus. Ce qui n’a pas été le cas avec l’ouverture incontrôlée de l’aéroport qui a conduit à la dissémination du coronavirus sur l’ensemble du territoire », soutient-il.

Cette épidémie se traduit par 1 500 à 2 000 tests positifs par jour « qui incluent des personnes qui se testent pour la seconde fois et d’autres qui ont commencé ou qui finissent leur infection », sachant que « plus on fait de tests, plus on trouve de cas positifs ». « Toutefois, la proportion des cas sérieux nécessitant une hospitalisation n’a pas changé, fait remarquer le Dr Adib. Ce sont 5 % des personnes testées – environ 30 à 50 personnes par jour – et moins de 1 % qui ont besoin d’admission dans les unités de soins intensifs. Et ce sont des lits à ces personnes que le gouvernement doit assurer. »

« Il faudrait aussi travailler avec les secteurs industriels pour générer dans chaque industrie des protocoles de protection, sans arrêter le travail. On ne peut pas faire de la santé publique en ignorant les besoins économiques et sociaux des gens. La détresse économique et sociale a des conséquences plus lourdes que celles générées par l’épidémie. Il faut faire preuve de responsabilité et travailler avec les différents secteurs pour mettre en place des protocoles de protection qui soient fonctionnels, à commencer par le secteur scolaire », fait enfin remarquer le Dr Adib.


Le bouclage généralisé du pays, contesté surtout par un secteur économique déjà boiteux, devra prendre fin le 30 novembre à 5h. Son but principal, comme l’avaient annoncé les responsables, est essentiellement de permettre au secteur hospitalier saturé et épuisé de se remettre sur pied et de se préparer en augmentant sa capacité d’accueil des patients du Covid-19.

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commentaires (1)

Mais ont-ils jamais eu une stratégie d’intérêt public pour quoi que ce soit???

Je partage mon avis

18 h 44, le 20 novembre 2020

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Commentaires (1)

  • Mais ont-ils jamais eu une stratégie d’intérêt public pour quoi que ce soit???

    Je partage mon avis

    18 h 44, le 20 novembre 2020