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Nos Lecteurs ont la Parole

Liban, c’est toi les cordes de mon violon

Lorsque je tire le fil de notre histoire, voici ce qu’il révèle : nous portons le génome des problèmes en nous, en tant que peuple. Chacun se méfie du clan jugé adverse d’office, préférant nourrir son propre égo, admirant le reflet de son image qu’il prend pour parfaite en vitupérant la conjoncture. Nous avons manqué de fermeté, de vision. Nous n’avons pas su accepter nos différences et avons cheminé gaiement vers l’impasse où nous nous trouvons, en oubliant que nos destins, et ce n’est un mystère pour personne, s’enchevêtrent immanquablement et que l’un ne pourrait survivre sans l’autre. Nous sommes un peuple aussi fragmenté qu’un puzzle qui cherche désespérément plusieurs pièces qui manquent pour devenir une entité.

À quel tournant décisif, à quelle fin heureuse s’attendre lorsque toutes les fois qu’une pièce retrouvée s’ajoute au puzzle, une pièce que l’on croyait pourtant en place se cabre, s’arrache au paysage incomplet, et nous nous retrouvons à la case départ.

Cette situation instable ne présageait rien de bon. Le chaos tardait pour enfanter l’étoile du renouveau.

Je ne dors pas beaucoup. Je me sens prise au piège, trahie. J’ai cru au changement. J’ai espéré une renaissance. Un nouveau départ. Et puis plus rien. Le vide. Ce vide vertigineux qui me coupe le souffle. Comme si quelqu’un essayait de m’étouffer. Comme si mes jambes n’avançaient plus. J’en veux au monde, à cette malédiction qui me poursuit, je m’en veux. Je m’invente des vies, me projette dans les lieux que j’ai visités, me remémore les opportunités de pouvoir m’y installer et couler des jours calmes et heureux.

Des idées folles me trottent dans la tête, jouent à saute-mouton, papillonnent, libres, et je leur cours après, pour les rassembler dans un enclos, pour les dompter, pour enfin pouvoir me construire une vie en oubliant mon origine paradoxale. J’allume, j’éteins, je me retourne dans mon pseudo-sommeil. Le jour se lève enfin, je fais pareil, je m’administre une perfusion de café et me perds dans le labyrinthe de cet enclos pour me rendre compte, effondrée, que j’en avais oublié la porte ouverte.

Ces idées gonflées me donnent un sacré mal de tête. Le réveil sonne chez les voisins, me rappelle que je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Encore une nuit perdue à courir derrière l’impossible. Mes veines tambourinent aux parois de mon corps, déchirent mes tempes. Poussée de fièvre sur poussée de fièvre, je vais finir légume. Frissons violents, je regagne mon lit pour la journée avant de sombrer dans un coma forcé. Cet état des lieux est désespérant. Il n’existe aucun mot pour décrire ce que je ressens. La colère vive au fond de moi devient malsaine. Mais l’indifférence qui me guette est pire. La capacité d’adaptation est-elle sagesse ou lâcheté ? Oh ! J’aurais tellement voulu pouvoir partager ce sentiment mais c’est impossible. Toutes les combinaisons de lettres ne suffiront pas pour crier ma rage face à l’indifférence de ce pouvoir corrompu, assassin, crier ma révolte face aux inepties dont nous sommes témoins. Que nous reste-t-il d’autre que le rêve pour échapper à cette réalité amère qui tourne en rond. Le rêve nocturne ou diurne. Le songe comme moyen de survie. Garder une trace écrite de ces rêves pour me relire en cas de besoin, carburer aux songes en pleine détresse, une nécessité. Écrire. Bruire en silence.

Nous sommes comme des funambules en équilibre sur le fil ténu de l’histoire du monde. Ce fil ténu vibre lorsque l’un de nous tremble, ce fil ténu se relâche lorsque l’un de nous perd pied. Ce fil ténu tient de l’équilibre de tous. Faim, souffrance, chute libre, hésitation et c’est le fil entier qui en pâtit. Le destin de mon pays bouleversera celui du monde, comme le battement d’ailes d’un papillon au fin fond du monde provoque un ouragan ailleurs.

Nihilistes destins possibles, n’avez-vous donc pas compris que la vie n’est qu’un passage ? Où courir ? Où se cacher ? Résilience. Les vases communicants finissent par se rejoindre. Poète, reste là. Poète, réveille-toi. Endors en toi la crainte et alimente le rêve. Fais confiance au regard que tu portes sur toute chose que tu transformes. Disperse tes ondes partout où tu passes. C’est toi le guide. C’est toi le fil d’Ariane.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Lorsque je tire le fil de notre histoire, voici ce qu’il révèle : nous portons le génome des problèmes en nous, en tant que peuple. Chacun se méfie du clan jugé adverse d’office, préférant nourrir son propre égo, admirant le reflet de son image qu’il prend pour parfaite en vitupérant la conjoncture. Nous avons manqué de fermeté, de vision. Nous n’avons pas su accepter...

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