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Rencontre

« Être acteur à LA, c’est faire partie d’une roue qui tourne à mille à l’heure »

Après 22 ans de carrière d’actrice au Liban, Alexandra el-Kahwagi réalise un jour que celle-ci fait du surplace. Elle fait ses valises et s’envole pour les États-Unis en quête d’une nouvelle vie. Travelling sur le parcours d’une battante.

« Être acteur à LA, c’est faire partie d’une roue qui tourne à mille à l’heure »

Alexandra el-Kahwagi, une actrice libanaise qui se taille une place au soleil de Los Angeles. Photo DR

« J’avais envie d’explorer cette carrière de différentes manières et d’enrichir mon savoir car je sentais que je ne pouvais aller plus loin », avoue Alexandra el-Kahwagi à partir de Los Angeles où elle réside depuis quelques années. L’actrice a quitté son pays natal après y avoir exercé, deux décennies durant, le métier d’actrice. Les États-Unis lui ont semblé un bon choix, d’abord à cause de leur florissante industrie du cinéma mais surtout, et c’est plus particulièrement vrai pour Los Angeles et New York, car l’acteur a une multitude de plateformes à explorer. « Los Angeles est une ville qui fonctionne autour de l’industrie du cinéma et de la télévision, et l’acteur y trouve plein d’écoles, de workshops, de séminaires et de projets de toutes sortes », affirme l’actrice libanaise qui a choisi l’Institut Lee Strasberg pour y perfectionner son art. C’est ce même institut qui a fait évoluer la méthode Stanislavski appelée aujourd’hui celle de l’Actors Studio, et qui utilise l’introspection, l’intuition et le subconscient. Son dada ? La session de Strasberg qui explore le "method acting". Après une année au conservatoire, elle continue de faire partie du groupe de théâtre de Lee Strasberg, dirigé par Hedy Sontag. « Une femme extraordinaire, dit Kahwagi, qui est devenue mon mentor. Elle connaît l’art de l’actorat comme aucun autre et elle a su transmettre son savoir. Elle a changé toute ma perception. On se rencontre encore une fois par semaine et on continue à développer nos idées et à répéter des scènes ensemble, même sur zoom. »

Les écueils ? Il y en avait !

Ce choix de voyager n’a pourtant pas été si facile pour Kahwagi. Partir, à l’âge de 35 ans, en laissant sa famille, ses amis, ses habitudes, et se retrouver dans un environnement complètement étranger était une gageure. « C’est la chose la plus difficile à faire, mais aussi la plus excitante. En effet, c’est une expérience qui a bousculé ma vie d’une manière très positive. Me trouver en dehors de ma zone de confort m’a permis de grandir, d’évoluer et d’apprendre des choses sur moi-même. » « Si LA, attire beaucoup d’artistes, poursuit-elle, y être acteur est une toute autre histoire. C’est un milieu agressif et compétitif. Au Liban, le milieu du cinéma me connaît bien, mais à LA il y a tout un système en place à suivre pour pouvoir faire partie du réseau des productions, comme avoir un agent, un manager des comptes sur plusieurs plates-formes en ligne. Il y a même des codes de comportement durant les sessions de casting. C’est un monde très structuré, très codé qui ne ressemble pas du tout à l’idée artistique qu’on se fait de l’actorat. Quelque part, c’est l’autre face de la médaille. »« J’ai appris qu’il fallait vivre dans une dualité, poursuit celle qui a fait partie de la première édition du concours Prix OLJ/SGBL Génération Orient en 2017 : continuer à se développer en tant qu’actrice mais être capable aussi de se promouvoir et d’être au top du jeu. Être acteur à LA, c’est faire partie d’une roue qui tourne à mille à l’heure. Il faut aller à la même vitesse, sinon on est immédiatement exclu. » Étant une personne très timide, Alexandra el-Kahwagi va apprendre à être agressive et à s’adapter au nouveau système de travail. « Une fois l’intégration faite, les opportunités se présentent vite et LA apparaît comme une vie vibrante, très productive. Encore une fois, être en dehors de ma zone de confort et dans un milieu agressif a déclenché en moi une vague de créativité audacieuse. Pour la première fois, j’osais. Tout ça n’aurait pas eu lieu si j’étais restée sur place. Cela, donc, n’a pas été facile, mais en bossant, on y a arrive et ça vaut la peine. »

Une expérience fabuleuse

Durant ses premières années de solitude – avant de rencontrer deux amies libanaises installées à LA qui deviendront sa famille, et avant de faire la connaissance de son « homme » –, l’actrice aura la chance mais aussi le temps d’approfondir sa technique, de découvrir de nouvelles méthodes : « J’ai passé beaucoup de temps à lire des livres de maîtres comme Constantin Stanislavski, Uta Hagen… et beaucoup d’autres. L’art de l’actorat a pris une toute autre dimension dans ma vie. C’est devenu un métier personnel et intime. Plus qu’un métier, c’est devenu un mode de vie. Être acteur, c’est avant tout être humain. Aujourd’hui, il n’y a pas de différence entre mon art et moi. Nous sommes un. » Pour la jeune femme, chaque artiste a ses outils. Si le pianiste a son piano, le peintre ses pinceaux, l’écrivain sa plume, l’acteur, lui, a son corps comme outil de travail. À LA, elle va s’entraîner à parfaire cet outil et à maîtriser le jonglage entre les nuances qu’il a à lui offrir. Par ailleurs, l’actrice va développer en elle un amour pour le théâtre : « Je suis tombée follement amoureuse de ce monde, affirme-t-elle. Il y a un élan qui n’existe pas au cinéma. Un fil invisible qui te guide du début jusqu’à la fin et qui te permet de vivre des moments fabuleux sur scène. »

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Après avoir semé, Alexandra el-Kahwagi voit venir la saison des moissons et l’actrice se voit proposer des projets très intéressants qui enrichiront son parcours. Elle aura l’opportunité de jouer dans « NCIS Los Angeles », une série télévisée diffusée sur la chaîne CBS depuis 2009. « J’étais fière de faire partie de la production auprès d’acteurs comme Chris O’Donnell. »

Dans la vie d’un acteur, le hasard fait souvent bien les choses. Au cours de la troisième édition de l’Asian World Film Festival, où elle officiait en hôtesse à la cérémonie de clôture, elle fait la connaissance d’un jeune réalisateur qui lui donne un rôle dans un court-métrage en 2018. Elle figure également dans un autre court-métrage, Oasis, signé par un réalisateur canadien. « On vient de finir la postproduction et il est supposé tourner dans différents festivals (cela dépend du Covid-19) », dit-elle. Et de poursuivre sur sa lancée : « Un autre projet qui me tient à cœur et dont j’ai fait partie, c’est le Sundance Directors Lab. La réalisatrice Mounia Akl y a présenté son film Costa Brava Lebanon et elle m’a choisie comme actrice pour cette phase de développement de son scénario. J’ai aimé travailler avec elle tout comme j’ai eu la chance de travailler avec l’acteur Saleh Bakri ainsi qu’avec Ed Harris qui supervisait le projet à Sundance. C’est un homme exceptionnel et humble, et les conversations avec lui sont enrichissantes. »

De plus, l’actrice reconnaît avoir fait la connaissance du milieu cinématographique américain indépendant. « C’est un milieu qui m’inspire et c’est dans cette direction que je me dirige dans mon travail. » Dans l’avenir très proche, elle va faire partie de deux grandes productions. « L’industrie de la TV aux États-Unis est de plus en plus ouverte sur le Moyen-Orient. Cette région est le “hot topic” pour l’instant et on y cherche des productions qui incluent des sujets diversifiés. C’est le moment pour créer son projet. Je suis en train de développer deux sujets de séries dans lesquelles je pourrais jouer. L’un autour d’un sujet existentialiste et l’autre plus léger sur la vie d’acteur à LA. »

Depuis la crise économique et le drame du 4 août, Alexandra el-Kahwaji a vu de loin son pays se noyer et la double explosion dans la capitale l’a bouleversée. « Je voulais à tout prix rentrer au Liban. Ce n’était pas facile de voir Beyrouth dans cet état et encore plus difficile de repartir. J’ai été rongée par la “survival guilt” (la culpabilité du survivant) mais malheureusement, je sais que pour le moment je ne peux rien faire au pays et pour le pays. Ce qui me console, c’est que l’expérience et le savoir que je suis en train d’acquérir vont, d’une manière ou d’une autre, être dirigés vers le Liban. C’est alors que je ferai des choses à propos du Liban et pour le Liban. » Une promesse qu’elle porte tout près de son cœur...



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