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Liban Pop

Dana Hourani et toutes les femmes en elle

La chanteuse et artiste visuelle offre une ode aux femmes et à Beyrouth et revient pour « L’Orient- Le Jour » sur ses débuts dans le monde de la musique, se présentant aujourd’hui en tant que « chanteuse d’abord ».

Dana Hourani et toutes les femmes en elle

Extrait du clip « Enti ana » de Dana Hourani, sans doute son projet le plus accompli de sa carrière musicale naissante. Photo DR

Dana Hourani confie avoir fait de Beyrouth son alter ego. Sa ville, qu’elle vient de retrouver depuis quelques jours, lui ressemblerait à bien des égards. Sur son nouveau titre Enti ana (Tu es moi), l’artiste ne manque pas de le clamer haut et fort, même si la chanson n’était initialement pas destinée à la capitale libanaise meurtrie. « Je voulais offrir un message aux femmes de ma vie qui ont fait de moi celle que je suis aujourd’hui, explique-t-elle, mais également aux femmes en général, mères, sœurs, filles ou grands-mères. Alors que le projet prenait vie, les auteurs et moi avons remarqué que l’on parlait sans le vouloir de Beyrouth, car on ne peut que penser à notre ville en écoutant ce titre. »

« Tu es le ciel, tu es moi. Celle qui parle avec raison, celle qui parle avec le cœur, celle qui se réjouit à voix haute, celle qui pleure en silence » : Dana Hourani répète son refrain comme une incantation, un appel à « la libération de ces femmes, tendres et courageuses à la fois ». Dans son clip, réalisé par Nadim Hobeika, elle illustre le combat intérieur vécu par ces héroïnes à travers ses danses. D’abord, dans un cadre opalin, elle chante leurs rêves et leurs multiples talents, puis les tristes réalités auxquelles elles font face dans un cadre plus sombre. Pour finir, malgré elle, par se séparer d’une femme âgée (Beyrouth ?), avant de s’enfuir dans la nuit.

Un rêve ancien

Si Dana Hourani rappelle, dans cette ode aux femmes, qu’« elles peuvent jouer plusieurs rôles », elle en illustre un bon exemple, puisque c’est une carrière très différente qu’elle s’était choisie il y a déjà quelques années. La jeune maman, qui réside aux Émirats, s’était fait connaître en tant qu’influenceuse sur les réseaux sociaux, s’associant à diverses marques connues et attirant un public séduit par ses looks rétro-chic et ses collaborations. Fashionista ? Aujourd’hui, l’artiste se présente d’abord en tant que chanteuse. « Je travaille enfin dans le monde de la musique auquel je rêvais, dit-elle sans cacher son sourire. Je chante depuis l’âge de 12 ans puis j’ai arrêté de le faire pendant 8 ans quand j’ai déménagé à Dubaï, cette ville dont le côté «corporate» ne m’a plus vraiment inspirée. Je savais en tout cas que ce rêve n’était pas très accessible. Je ne savais pas par où commencer ni quelle porte ouvrir. À qui m’adresser ? »

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La réponse lui vient alors d’un ami proche, Christian Daccache, fondateur du Bureau des Créateurs, qu’elle sollicite pour agrandir son business d’influenceuse et qui accepte de la soutenir à une seule condition : qu’elle poursuive une carrière dans la musique. Il lui propose une première collaboration sur Kawkab Tany avec Anthony, du groupe Adonis, et qui introduit Dana à la scène musicale indie du Liban. Sur son premier single, Ella Enta, la jeune femme s’engage dans un style marqué par des effets d’arrangements rétro, qu’elle laisse tomber par la suite sur ses trois autres singles : « Ce style qui masquait un peu ma voix correspondait à l’univers de la chanson, mais ne mettait pas ma voix en avant. »

Dépoussiérer les classiques

Sa musique ? Dana Hourani la définit comme un mélange entre l’Orient et l’Occident, une musique arabe aux « vibes indie pop ». « J’ai grandi dans un cadre où la musique arabe était très présente puis j’ai commencé à écouter des chansons anglaises durant mon adolescence, raconte-t-elle. J’aime ce mariage et ce genre qui existait bien avant moi, mais qui n’est toujours pas très répandu et j’espère attirer une nouvelle audience vers la musique arabe. Le défi était que ma musique plaise aux arabophones et je suis heureuse de voir que ça a marché plus rapidement que prévu. » Pour cela, Dana Hourani a même revisité le classique Zourouni (1917) de Sayed Darwich, repris plus tard par Feyrouz, qu’elle a imprégné de son univers musical. « Je cherchais une chanson classique et légendaire. Quand on m’a proposé Zourouni, je n’ai pas hésité, dit-elle. Ma mère écoutait beaucoup Feyrouz et surtout cette chanson. La nouvelle génération ne la connaît pas forcément dans une version et un son qu’ils pourraient apprécier. » « C’était donc une belle opportunité de réinterpréter ce classique pour le transmettre de génération en génération », ajoute Dana.

La chanteuse assure sur ce plan qu’elle aime « expérimenter toutes les facettes de l’art pour faire parvenir des messages ». Dans ce contexte, elle avait également fait de Do Not Worry (Ne vous inquiétez) sa devise pour sa capitale, Beyrouth, le temps d’une vidéo qui lui a cependant attiré les foudres de nombreux internautes libanais. En pleine révolution, ces derniers avaient trouvé le message inopportun, jugeant qu’il y avait effectivement « de quoi s’inquiéter » au pays du Cèdre dans un moment si délicat. Certains allant même jusqu’à l’accuser de vouloir tirer un certain profit du drame vécu par ses compatriotes. Si elle ne désire pas s’attarder sur ces critiques, Dana assure que son but a toujours été de mettre en avant la capacité des Libanais à rebondir, et à rester résilients et optimistes. Celle qui visite très souvent son pays natal et s’estime encore être « une vraie Libanaise », malgré les années d’émigration, assure qu’il faut montrer « qui sont les vrais Libanais et faire de la lumière sur leurs talents ».

L’artiste peut en tout cas compter sur une très jeune génération de talents locaux qu’elle sollicite à chacun de ses projets pour faire aboutir sa vision, et qui révolutionnent les scènes indie locale et arabe également. Parmi eux, le nom d’Anthony Khoury ne cesse de revenir. « L’important pour moi, dès le départ, était de me faire entourer d’experts, chacun dans son domaine, confie Dana qui prépare actuellement son premier album dont la sortie est prévue au mois de mars avec une tournée qui devrait suivre. On attire les personnes qui nous ressemblent, qui vont dans la même direction. J’ai la chance d’être aidée par de vrais artistes, des créatifs qui ont la passion et ce qu’il faut pour réussir. Cela me permet de conserver mon identité et de rester moi-même, ce qui est très difficile dans l’industrie de la musique où le business prévaut généralement. » Et d’ajouter : « Le talent ne suffit pas toujours, et il faut trouver la bonne image. J’avais la chance d’avoir une image bien établie avant de commencer à chanter et j’ai juste appliqué mon identité visuelle sur ma musique. Mon univers musical était prédéfini. »


Dana Hourani confie avoir fait de Beyrouth son alter ego. Sa ville, qu’elle vient de retrouver depuis quelques jours, lui ressemblerait à bien des égards. Sur son nouveau titre Enti ana (Tu es moi), l’artiste ne manque pas de le clamer haut et fort, même si la chanson n’était initialement pas destinée à la capitale libanaise meurtrie. « Je voulais offrir un message aux femmes...

commentaires (2)

Enti ana, très belle chanson : hymne à la femme, dans laquelle peut se reconnaître toute femme courageuse, affectueuse, altruiste, mère, soeur, fille, grand-mère. J'ai connu Dana Hourani dans une diffusion de sa chanson "zourouni" sur une chaîne de télé. Je l'ai recherchée sur youtube, puis j'ai écouté par la même occasion "kawkab tani" "ella enta" etc. Toutes ces chansons que je trouve l'une plus belle que l'autre, je les écoute, depuis, presque tous les jours. Magnifique Dana

BAPTISTE Hoda

20 h 55, le 03 décembre 2020

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Commentaires (2)

  • Enti ana, très belle chanson : hymne à la femme, dans laquelle peut se reconnaître toute femme courageuse, affectueuse, altruiste, mère, soeur, fille, grand-mère. J'ai connu Dana Hourani dans une diffusion de sa chanson "zourouni" sur une chaîne de télé. Je l'ai recherchée sur youtube, puis j'ai écouté par la même occasion "kawkab tani" "ella enta" etc. Toutes ces chansons que je trouve l'une plus belle que l'autre, je les écoute, depuis, presque tous les jours. Magnifique Dana

    BAPTISTE Hoda

    20 h 55, le 03 décembre 2020

  • J'ai aime cet article en concernant cette chanteuse.

    Stes David

    13 h 20, le 03 décembre 2020