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Coronavirus

Hassan annoncera dimanche un déconfinement progressif, malgré des chiffres toujours alarmants

Entre une économie qui s’effondre et une situation sanitaire qui ne s’améliore pas, les autorités sont prises en étau. Les hôpitaux, eux, craignent la saturation cet hiver.

Hassan annoncera dimanche un déconfinement progressif, malgré des chiffres toujours alarmants

Les commerces seront autorisés à reprendre leurs activités progressivement, selon les secteurs. Anwar Amro/AFP

Réuni hier pour faire le bilan de près de deux semaines d’un bouclage qui ne semble pas avoir porté ses fruits, le Comité ministériel chargé du suivi de la pandémie du coronavirus a décidé de remettre l’annonce de son plan de déconfinement progressif à dimanche. Malgré les chiffres qui restent mauvais, le Liban se dirige donc vers la réouverture de certains secteurs pour éviter une accélération de l’effondrement de l’économie. Mais les hôpitaux parviendront-ils à tenir le coup si les cas de contamination explosent cet hiver ?

« Nous n’avons pas pu parvenir aux résultats souhaités du bouclage et devons donc prévoir un plan de sortie progressif, au cours duquel nous évaluerons la situation de manière hebdomadaire », a déclaré le ministre sortant de la Santé, Hamad Hassan, à l’issue d’une réunion du comité ministériel. Il a annoncé qu’une nouvelle réunion aura lieu dimanche, à la veille de la levée du bouclage, afin de prendre des mesures concrètes et présenter un nouveau plan qui soit « en phase avec la société libanaise ». Le ministre a par ailleurs déploré que, malgré les deux semaines de confinement (du 14 au 30 novembre), le taux de tests positifs n’avait pas baissé et tournait toujours autour de 15 %. « Nous aurions souhaité une baisse de ce taux, à 10 ou 12 % », a-t-il ajouté. Il a cependant annoncé que, lors des douze derniers jours de confinement, 60 lits ont été ajoutés dans les unités de soins intensifs des hôpitaux gouvernementaux et 34 dans les établissements privés, tout en estimant que ce chiffre était « inférieur aux attentes et ambitions du ministère de la Santé ».

Le reconfinement du pays avait surtout pour objectif de permettre aux hôpitaux de s’équiper, alors que les lits disponibles pour les patients souffrant du virus se faisaient rares, et de donner l’opportunité au personnel sanitaire de reprendre son souffle. Ce nouveau bouclage a toutefois été vivement critiqué par le secteur économique, déjà à genoux en raison de la crise financière et économique qui frappe le pays depuis plus d’un an.

Prenant la parole après M. Hassan, le ministre sortant de l’Économie, Raoul Nehmé, a, lui, insisté sur la nécessité de la réouverture des commerces, tout en invitant les citoyens à prendre leurs précautions. « Nous devons rouvrir le pays parce que l’économie ne pourra plus tenir. Les restaurants et les centres commerciaux doivent reprendre le travail », a-t-il dit tout en insistant sur le fait que les citoyens « doivent se conformer (aux gestes barrières) ». Des propos qui résument le dilemme des autorités, contraintes de trancher entre la préservation de l’économie et la protection de la santé des Libanais.

« Nous craignons de ne pas avoir assez de places dans les hôpitaux »

Interrogé par L’Orient-Le Jour, Sleiman Haroun, président du syndicat des hôpitaux privés, dit craindre le pire pour le secteur de la santé une fois le bouclage levé. « Nous avons peur du déconfinement. Ces deux semaines de bouclage n’ont pas donné les résultats escomptés », déplore M. Haroun. « Si les contaminations flambent, nous craignons de ne pas avoir assez de places dans les hôpitaux. Nous avons certes beaucoup augmenté la capacité des hôpitaux privés dernièrement. Mais il y a peu de places disponibles dans les services anti-Covid malgré l’ajout de lits. À chaque fois que nous augmentons les capacités d’un établissement, nous remarquons que les nouveaux lits se remplissent assez vite », souligne-t-il encore.

Pour mémoire

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Hier encore, le bilan quotidien du ministère de la Santé a fait état de 1 782 nouveaux cas de coronavirus et six décès. Ces chiffres font grimper à 123 941 le nombre cumulé des contaminations depuis l’apparition du virus dans le pays en février, au nombre desquels 980 décès et 74 008 guérisons. Parmi les personnes actuellement contaminées, 950 sont hospitalisées, dont 358 aux soins intensifs.

Le président de la commission parlementaire de la Santé, le député Assem Araji, dit, lui aussi, s’attendre » à plus de contaminations sur la période à venir ». « Les deux mois à venir seront difficiles au niveau sanitaire, avec l’hiver qui commence », avertit le député, interrogé par L’OLJ. « Avec le ministre de la Santé, nous étions favorables à une fermeture de quatre à six semaines. Au final, nous avons fermé pendant deux semaines, et rien n’a changé », poursuit-il, tout en reconnaissant l’existence « d’un problème économique ». M. Araji révèle par ailleurs que « la réouverture des commerces sera progressive et que les restaurants pourront ouvrir à 50 % de leur capacité » à partir de la semaine prochaine. « Le ministre de l’Intérieur est favorable au maintien du couvre-feu et de la circulation alternée. Les boîtes de nuit, les cinémas et les théâtres ne seront pas autorisés à rouvrir tout de suite », a-t-il expliqué.

Le Dr Abdel Rahman Bizri, spécialiste en maladies infectieuses et membre de la Commission nationale pour les maladies infectieuses et contagieuses, préconise pour sa part la mise en place de « nouvelles normes » en vue de reprendre les activités économiques, tout en se prémunissant contre le virus. « La propagation du Covid-19 pourrait encore continuer pendant une ou deux années au minimum. On ne peut pas passer notre temps à confiner et déconfiner le pays en permanence. Il faut essayer de vivre normalement, mais en adoptant de nouvelles normes. On ne peut plus s’asseoir à 30 par exemple dans un endroit fermé, il va falloir s’adapter », explique le spécialiste à L’OLJ.

L’enseignement hybride à partir de lundi

Parmi les secteurs qui s’apprêtent à reprendre du service la semaine prochaine, celui de l’éducation. Le ministre sortant de l’Éducation, Tarek Majzoub, a fait savoir hier que l’enseignement hybride (en présentiel et à distance) sera de nouveau adopté à partir de lundi, alors que les écoles étaient fermées durant le reconfinement et que les cours étaient donnés en ligne uniquement. Une décision accueillie favorablement par de nombreux parents d’élèves.

« L’enseignement en ligne est une catastrophe pour les moins de 10 ans. De plus, les enfants ont besoin de se rendre à l’école, pour leur bien-être psychologique », a indiqué à L’OLJ Lina Comaty, membre d’un collectif de parents d’élèves inscrits dans 15 écoles libanaises, qui avait milité pour la réouverture du secteur. « L’éducation est un besoin et un droit. Ce secteur ne doit pas être marginalisé. Les écoles s’étaient bien conformées aux directives anti-Covid auparavant », a-t-elle ajouté.

Le directeur de l’hôpital gouvernemental Rafic Hariri de Beyrouth, le Dr Firas Abiad, semble pour sa part moins enthousiaste concernant la réouverture des écoles. « Les écoles sont-elles vraiment en train de respecter la distanciation sociale ou d’aseptiser les classes comme il le faut ? Les autorités vont-elles pouvoir contrôler tous les établissements scolaires ? » se demande-t-il, interrogé par L’OLJ.


Réuni hier pour faire le bilan de près de deux semaines d’un bouclage qui ne semble pas avoir porté ses fruits, le Comité ministériel chargé du suivi de la pandémie du coronavirus a décidé de remettre l’annonce de son plan de déconfinement progressif à dimanche. Malgré les chiffres qui restent mauvais, le Liban se dirige donc vers la réouverture de certains secteurs pour éviter...

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