Pour se refaire une santé,
Et à tous démontrer
Que coriace elle restait,
La hyène envoya
Des messagers
Auprès de ses sujets
Pour les informer
Que parole bientôt elle prendrait.
Tambour battant,
Les représentants,
De leurs sbires entourés,
Notifièrent la piétaille
Et toute leur marmaille
De se tenir prêts
À écouter
Le discours ardent
De Sa Majesté.
Comme par magie,
Après des mois de léthargie,
La vie dans la jungle alors reprit.
L’agitation battit son plein,
Les rumeurs allèrent bon train,
Chacun y mettant du sien.
« Le vent a tourné,
Elle va se désister »,
Souhaitèrent les simplets.
« Vous vous trompez,
Rien ne va changer »,
Répondirent les obstinés.
« Pardi les amis !
Ce ne sera que comédie »,
Risquèrent quelques fourmis.
En somme, toute une cacophonie
Qui retentit
Jusqu’à l’infini.
Ayant abreuvé
La hyène vénérée
De promesses insensées
Qu’il devait afficher
Dans son discours prochain,
Le putois savait
De quoi il en retournait.
Mais il se garda bien d’en souffler
Un seul mot à ses affidés,
Car il considérait
Que la surprise
Est de mise
Et que rien ne vaut un pied de nez
À tous ces écervelés
Qui osent encore questionner
Son chef bien-aimé.
Jaloux de ce dernier
À qui il vouait malignité,
Et auquel il préparait
Un grand croche-pied,
Le rat maugréa quelques mots,
Puis se tourna vers le renard,
Lui chuchota quelques propos,
Lui chatouilla le dos,
Et lui jura fidélité.
En grand seigneur, le rusé canidé
L’assura de toute son amitié
Et l’invita à souper.
Sa panse bien gonflée,
Le rat le quitta rassasié,
Sans toutefois déceler
Le sourire narquois
Du matois
Qui son heure attendait
Pour toute la mise rafler.
Son long monologue achevé,
Et éreinté par l’effort déployé,
La hyène partit se recoucher,
Sans même se soucier
De savoir si les thèses avancées
Avaient convaincu ses sujets.
Pour ne rien changer,
Le corbeau s’en lava les mains,
Le zèbre protesta en vain,
Le serpent calcula ses gains
Et la belette ânonna son refrain.
Quant au crapaud orphelin,
Il sautilla de coin en coin,
À la recherche de l’âme bienfaisante
Qui lui tendrait la main,
Pour pouvoir mettre en train
Un ministère de coquins.
Sonnés par les absurdités,
Mensonges et insanités
De la hyène et ses alliés,
Dégoûtés d’être ballottés,
Fatigués de ne pas être écoutés,
Révoltés de toute cette iniquité
Et devant supporter
Par-dessus le marché,
Et au prix de notre santé,
Un virus qui ne veut pas nous lâcher,
Nous ne nous lasserons pas de vous répéter :
« Allez-vous-en, déguerpissez,
Bande de malfamés !
Vous êtes la lie de notre société. »
Que nos souhaits soient ou non réalisés,
Que nos prières soient ou non exaucées,
Sachez toutefois que dans la postérité,
Jamais vous ne rentrerez,
Mais qu’aux gémonies vous êtes sûrement voués.
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