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Élections estudiantines

À Huvelin, des changements majeurs dans le panorama électoral

La campagne électorale est ouverte depuis mardi à l’USJ.

À Huvelin, des changements majeurs dans le panorama électoral

Les étudiants de la coalition du 14 Mars laissant éclater leur joie, après leur victoire aux élections de 2019 à Huvelin. Photo DR

Les préparatifs des élections estudiantines à l’Université Saint-Joseph battent leur plein sur plusieurs campus, avec un panorama politique qui diffère des années précédentes, notamment à la faculté de droit où la coalition du 8 Mars a décidé de ne pas s’engager dans la bataille électorale et où celle du 14 Mars s’y engage en rangs dispersés.

Si cette année la date du scrutin a été exceptionnellement fixée à la première semaine de décembre, alors que celui-ci se déroulait normalement au début du mois d’octobre, c’est notamment parce que le conseil de l’université a hésité avant de voter et de trancher en faveur de l’organisation des élections, à cause des conditions sanitaires liées à l’épidémie de coronavirus.

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Finalement, celles-ci se dérouleront « par campus, selon un calendrier préétabli et un ordre de passage suivant des tranches horaires fixes, de manière à étaler la présence des électeurs dans l’espace et le temps », lit-on dans un communiqué reçu par les étudiants de l’USJ. Les élections auront donc lieu en présentiel, et l’université a pour cela prévu que les bureaux de vote et les isoloirs seront ventilés et dotés de gel hydroalcoolique et que la distanciation sociale sera imposée.

L’importance du campus d’Huvelin et de la faculté de droit

Après les élections de la LAU, de l’Université Rafic Hariri et de l’AUB, où les indépendants se sont imposés, les yeux sont donc rivés aujourd’hui sur l’USJ et en particulier sur le campus des sciences sociales, plus connu sous le nom de la rue où il est situé : Huvelin. C’est là que se joue chaque année la bataille électorale la plus féroce. Par sa dimension historique, ce campus, qui accueille les facultés de droit et de sciences politiques d’une part et celle de gestion et management de l’autre, incarne un microcosme assez représentatif des élites politiques de la société libanaise, du moins de sa jeunesse politisée. S’y intéresser est donc toujours instructif pour les observateurs avérés.

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Cette année, le paysage électoral n’a rien à voir avec les années précédentes. Fait marquant à la faculté de droit : le camp du 8 Mars (coalition CPL-Marada-Hezbollah-Amal-PSNS) s’illustre par son absence. Pourtant, ses candidats étaient parvenus l’année dernière à obtenir 5 sièges au sein de l’amicale, juste derrière le 14 Mars qui avait remporté l’élection avec 6 sièges, dont la présidence. Pour différentes sources indépendantes et affiliées au 14 Mars, il s’agit pour ces partis de « s’épargner la honte de présenter leurs candidatures au nom de partis qui, en tenant la majorité parlementaire, le gouvernement et la présidence de la République, sont considérés comme responsables d’avoir mené le pays tout droit à la situation catastrophique dans laquelle nous vivons depuis un certain moment, accentuée par la double explosion du 4 août » au port de Beyrouth.

L’alliance du 14 Mars n’est pas non plus ce qu’elle était : contrairement aux années précédentes, lorsque le clivage 8 Mars-14 Mars persistait encore au campus d’Huvelin (malgré sa disparition de la scène nationale), elle se présente aujourd’hui en rangs divisés. Les candidats des Forces libanaises (FL) et des Kataëb figurent cette année sur des listes distinctes. Ces derniers se présentent sur une liste conjointe avec des indépendants. Quant au courant du Futur, il a annoncé dans un communiqué qu’il ne compte pas prendre part aux élections estudiantines de l’USJ, en raison de sa nouvelle politique qui consiste à « ne pas s’impliquer dans des tiraillements politiques et confessionnels étroits », une politique que la division des jeunes du parti aurait adoptée « depuis la révolution du 17 octobre et en particulier l’explosion du 4 août ».

Cette année, l’optimisme est de rigueur, surtout chez les partisans de la troisième liste, celle du mouvement indépendant « Taleb » affilié au Club séculaire de l’USJ, qui avait remporté deux sièges en 2019 et qui table plus que jamais sur la vague de changement qui se dessine de manière de plus en plus concrète dans le pays depuis le début des contestations.

Les femmes à l’honneur

Un débat a eu lieu hier entre les têtes de liste des trois formations et a permis de préciser les programmes et les opinions de chaque groupe. Christina Saad, candidate FL à la présidence de l’amicale, s’est vu autoriser l’organisation de ce débat par l’administration de la faculté, en présentiel pour les trois candidates au poste de présidente et en ligne pour le reste des étudiants. Du côté de la liste des Kataëb affiliés à des indépendants, la tête de liste Joëlle Jbeily explique que le nom de leur mouvement, baptisé « Nahj Jdid », représente une « nouvelle approche » politique et académique qu’ils auraient choisi de mettre en œuvre sur le campus. « C’est dans ce cadre que nous avons été la seule liste à respecter la date imposée par l’université du lancement officiel de la campagne électorale pour démarrer de manière irréprochable la nôtre », signale-t-elle.

Candidate à la présidence de l’amicale de la liste Taleb, Aya Abou Saleh affirme pour sa part que si son mouvement « a été créé sur le campus de Huvelin en 2017, il s’est étendu cette année au reste de l’université de manière à englober 13 facultés à travers les candidatures de 110 étudiants ». Elle met en évidence ensuite le fait qu’« il s’agit de la campagne électorale laïque et progressiste la plus large de l’histoire de l’USJ, plus encore que celle, récente, du Club séculaire de l’AUB ». Il faudra donc voir si le raz-de-marée souhaité par les indépendants gagnera le campus d’Huvelin qui « reflète souvent la réalité de la société libanaise ». « Espérons que ce sera le cas, car dans le contexte qui est le nôtre, les gens ont une soif de changement. Nous faisons confiance aux étudiants pour créer le renouveau », assure Aya Abou Saleh.

« Liberté, institutions fortes, souveraineté »

Mais les FL n’ont pas encore dit leur dernier mot. « Hormis le fait que le campus d’Huvelin revêt pour nous une importance majeure du fait qu’il était un bastion de l’opposition à l’occupation syrienne et que c’est là que le président (assassiné) Bachir Gemayel a fait ses études, j’estime que nous avons prouvé durant les 9 années successives, au cours desquelles nous tenions soit la présidence de l’amicale soit sa majorité, que nous méritons la confiance des étudiants, que nos actes parlent pour nous et que nous avons toujours placé l’intérêt des étudiants avant toute autre considération », souligne Christina Saad à L’Orient-Le Jour.

Du côté de la liste Nahj Jdid, on insiste sur le concept du mérite. « Le vote selon un critère de mérite individuel en tant qu’étudiant est primordial », estime Joëlle Jbeily. Politiquement, la liste se définit par la devise « Liberté, institutions fortes, souveraineté » qu’elle affiche sur les réseaux sociaux. À la critique selon laquelle des indépendants ne devraient pas s’affilier aux Kataëb, la candidate répond : « Ce parti est depuis des années dans l’opposition et la volonté de personnes indépendantes de partager cette liste est libre et mutuelle : personne ne peut avoir le monopole des indépendants. »

Le mouvement Taleb qui représentait jusque-là l’option indépendante sur le campus avance lui aussi trois maîtres mots qui résument les valeurs défendues par ses partisans : « Laïcité, démocratie participative, justice sociale ». Leur candidate Aya Abou Saleh rappelle que les partisans de ce groupe ont « refusé le statu quo avant même que les manifestations (antipouvoir) ne commencent, avant la crise financière et l’explosion au port, parce que nous sentions que nous allions droit dans le mur ». « Nous aimerions que les étudiants tiennent compte de cela », dit-elle.

Le scrutin sera donc serré à la faculté de droit. En dépit des spéculations des uns et des autres, une certitude se dégage déjà : le président de l’amicale sera cette fois-ci une présidente.

À la faculté de gestion et de management

Occupant l’autre aile du campus, la faculté de gestion et de management (FGM) sera, elle, le théâtre d’un affrontement assez traditionnel, puisque malgré la toute récente division en deux listes distinctes des FL et du Nahj Jdid des Kataëb alliés à des indépendants, les deux formations seront en lice avec les partis du 8 Mars unifiés au sein de l’alliance habituelle et classique Amal-CPL-Hezbollah qui tentera de récupérer la majorité que le 14 Mars leur avait reprise en 2019. Les aounistes auraient en effet adopté la stratégie d’être présents dans certaines facultés où ils réussissent historiquement à gagner, à l’instar de l’ESIB à Mansourieh où ils placent leurs paris chaque année.

Sur les autres campus, 39 membres de Taleb, antenne du Club séculaire de l’USJ, ont déjà été intégralement élus d’office, en l’absence de listes adverses, notamment sur celui des sciences humaines (CSH) situé rue de Damas, alors même que le CSH se caractérisait les années précédentes par de traditionnelles victoires de la coalition 8 Mars qui n’a pas pu cette année former de liste. Sur le campus de Zahlé, ce sont 4 membres des FL qui ont été élus d’office, aucune liste ne s’étant présentée contre eux. Les résultats du scrutin dans le reste de l’université seront dévoilés jeudi 3 décembre à 16 heures sur le site web de l’USJ.


Les préparatifs des élections estudiantines à l’Université Saint-Joseph battent leur plein sur plusieurs campus, avec un panorama politique qui diffère des années précédentes, notamment à la faculté de droit où la coalition du 8 Mars a décidé de ne pas s’engager dans la bataille électorale et où celle du 14 Mars s’y engage en rangs dispersés.Si cette année la date du...

commentaires (2)

Ces élections annuelles sont une honte et un frein à la renaissance du Liban. L'Université devrait former les esprits au lieu de les figer dans l'absurdité. Je pense que les représentants des étudiants devraient être choisis par tirage au sort, au lieu de mettre de l'huile sur le feu des luttes politiques, qui se résument à savoir à quelle puissance il serait judicieux de subordonner le pays.

MGMTR

11 h 45, le 27 novembre 2020

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Commentaires (2)

  • Ces élections annuelles sont une honte et un frein à la renaissance du Liban. L'Université devrait former les esprits au lieu de les figer dans l'absurdité. Je pense que les représentants des étudiants devraient être choisis par tirage au sort, au lieu de mettre de l'huile sur le feu des luttes politiques, qui se résument à savoir à quelle puissance il serait judicieux de subordonner le pays.

    MGMTR

    11 h 45, le 27 novembre 2020

  • ""le camp du 8 Mars s’illustre par son absence.il s’agit de « s’épargner la honte de présenter leurs candidatures au nom de partis considérés responsables d’avoir mené le pays tout droit à la situation catastrophique dans laquelle nous vivons "" AH SI SEULEMENT CES JEUNES LA PRENAIENT L'INITIATIVE DE, EUX ACCUSER LEURS SPONSORS DE CRIMES CONTRE PEUPLE.

    gaby sioufi

    09 h 02, le 27 novembre 2020